Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mars 2026, Mme A... B..., représentée par Me Scordo, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) à titre principal, d’ordonner la suspension immédiate de l’exécution de la décision d’évacuation forcée du 26 mars 2026, notifiée le 27 mars 2026, ainsi que de toute mesure prise ou à prendre en exécution de ce courrier ;
2°) à titre subsidiaire, si l’arrêté de mise en sécurité est considéré comme le fondement de l’évacuation, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 10 mars 2026 du maire de la commune de Chaussan portant mise en sécurité en procédure urgente de l’immeuble sis 36 impasse de la Saignette à Chaussan, dans l’attente du jugement au fond ;
3°) de mettre solidairement à la charge de l’Etat et de la commune de Chaussan la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, son évacuation étant prévue le 1er avril au matin ; elle ne pourra plus bénéficier de son prestataire d’aide à domicile alors qu’elle est bénéficiaire de l’allocation adulte handicapée ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de propriété, à son droit de disposer librement de son bien et au droit au respect de sa vie privée :
* elle est propriétaire indivisaire de l’immeuble en cause et la mesure la prive de la jouissance effective de sa propriété ;
* l’interdiction totale d’habiter et d’utiliser les locaux la prive de la libre disposition de son bien, alors que le rapport d’expertise n’a constaté le péril imminent que sur le volume nord du bâtiment et n’a préconisé que l’évacuation du premier étage ; le volume sud ne présente aucun danger structurel majeur ;
* l’évacuation forcée de son domicile, eu égard à sa situation, porte une atteinte grave au droit au respect de sa vie privée ;
- la mesure d’évacuation est manifestement illégale : l’arrêté du 10 mars 2026 ne constitue pas en lui-même un titre exécutoire au sens de l’article L. 411-1 du code des procédures civiles d’exécution, l’évacuation d’un lieu habité ne pouvant être poursuivi qu’en vertu d’une décision de justice ou d’un procès-verbal de conciliation exécutoire ; les pouvoirs de police du maire au titre de l’article L. 511-19 du code de la construction et de l’habitation ne lui permettent de mettre en œuvre effectivement une évacuation en cas de refus de l’occupant ;
- l’arrêté de mise en sécurité du 10 mars 2026 est manifestement illégal : les mesures prescrites excèdent le champ des mesures indispensables prévues par l’article L. 511-19 du code de la construction et de l’habitation ; la mesure n°4 relative aux canalisations est imprécise et non nécessaire ; l’interdiction totale d’habiter est disproportionnée, alors que le volume sud ne présente pas de désordres et que les volumes nord et sud sont structurellement distincts ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie.
Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l’article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d’urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. À cet égard, la seule circonstance qu’une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n’est pas de nature à caractériser l’existence d’une situation d’urgence au sens de ces dispositions. Il appartient au juge des référés d’apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l’ensemble des circonstances de l’espèce, si la condition d’urgence particulière est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu’il entend défendre mais aussi l’intérêt public qui s’attache à l’exécution des mesures prises par l’administration.
Il résulte de l’instruction que Mme B... est propriétaire indivisaire avec son frère d’une maison d’habitation sise 36 impasse de la Saignette à Chaussan, où elle réside. Par un courrier du 8 avril 2025, le maire de la commune de Chaussan a, sur le fondement de l’article L. 511-1 du code de la construction et de l’habitation, engagé une procédure contradictoire préalable à la prise d’un arrêté de mise en sécurité de la maison, et a laissé à la requérante un délai d’un mois pour faire valoir ses observations et intentions concernant la mise en œuvre des travaux de réparation nécessaires. Par une ordonnance du 20 février 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Lyon, saisi par la commune de Chaussan sur le fondement de l’article L. 511-9 du code de la construction et de l’habitation, a désigné un expert aux fins d’examiner l’immeuble et de dresser constat de l’état des bâtiments. Par un rapport du 26 février 2026, communiqué à cette date aux parties, l’expert a conclu à l’existence d’un péril imminent. Par un arrêté du 10 mars 2026, le maire de la commune de Chaussan a, sur le fondement de l’article L. 511-19 du code de la construction et de l’habitation, édicté une interdiction immédiate d’habiter les lieux, ainsi que diverses autres mesures reprises du rapport de l’expert. Par un courrier du 26 mars 2026, cosigné par la sous-préfète en charge du sud du département du Rhône et le maire de la commune de Chaussan, Mme B... a été informée que son évacuation était prévue le 1er avril 2026 au matin. La requérante demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, à titre principal, d’ordonner la suspension immédiate de l’exécution de la décision d’évacuation forcée du 26 mars 2026, notifiée le 27 mars 2026, ainsi que de toute mesure prise ou à prendre en exécution de ce courrier, et à titre subsidiaire, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 10 mars 2026 du maire de la commune de Chaussan portant mise en sécurité en procédure urgente de l’immeuble sis 36 impasse de la Saignette à Chaussan.
Pour justifier d’une situation d’urgence, Mme B... se prévaut de ce que le courrier du 26 mars 2026 et l’arrêté du 10 mars 2026 la privent de la libre disposition de son bien, son évacuation étant prévue le 1er avril 2026 au matin, et qu’elle va être privée des interventions de son prestataire d’aide à domicile alors qu’elle bénéficiaire de l’allocation adulte handicapée et dans une situation fragile. Toutefois, en premier lieu, alors que Mme B... a été informée en avril 2025 de l’engagement d’une procédure contradictoire préalable à la prise d’un arrêté de mise en sécurité concernant son logement, et des conséquences auxquelles elle s’exposait en l’absence de réalisation de travaux, il ne résulte pas de l’instruction qu’elle aurait informé la commune des travaux qu’elle comptait entreprendre, ni même qu’elle aurait effectivement entrepris des travaux. En second lieu, les conclusions du rapport d’expert du 26 février 2026 ont mis en évidence des désordres graves sur le bâtiment en cause, avec un risque d’écroulement du volume nord de l’habitation. Si Mme B... indique qu’elle pourrait demeurer dans la partie sud du bâtiment, qui serait structurellement distincte du volume nord, il résulte du même rapport d’expert qu’il a préconisé non pas seulement l’évacuation de Mme B... du 1er étage, mais bien une interdiction d’habiter qui a vocation à s’appliquer à l’ensemble de l’immeuble. Il résulte en outre de ce même rapport que le volume sud est également atteint de désordres importants d’infiltrations, avec la présence d’eau dans le pisé, et il ne résulte pas suffisamment clairement du rapport ni des autres éléments produits par la requérante qu’elle pourrait effectivement résider dans le volume sud de son immeuble sans encourir de risques significatifs en cas d’écroulement du volume nord. En troisième lieu, il résulte du courrier du 26 mars 2026 qu’une solution d’hébergement meublé a été proposée à Mme B..., ce courrier faisant état de ce que le loyer correspondrait à un montant équivalent à 10% de ses revenus, avec la possibilité d’un accompagnement financier à la prise en charge de ce loyer, ainsi que la mise en place d’un suivi social pour l’organisation du déménagement. Enfin, en dernier lieu, il résulte de ce même courrier que le service de prestation d’aide à domicile qui accompagne Mme B... va poursuivre ses prestations dans ce nouveau logement. Dans ces conditions, eu égard d’une part à l’état du bâtiment, dès lors que l’absence de tout risque sérieux pour les occupants du bâtiment et la sécurité publique n’est pas assurée, d’autre part à la prise en charge assurée pour Mme B..., la condition d’urgence requise par les dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative n’est pas satisfaite.
Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris ses conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B....
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône et à la commune de Chaussans.
Fait à Lyon, le 1er avril 2026.
Le juge des référés,
C. Bertolo
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,