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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1913704

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1913704

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1913704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET CHATAIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I/ Par une requête enregistrée sous le n° 1913704, des mémoires complémentaires et des pièces, enregistrés respectivement les 25 juin 2019, 5 novembre 2020, 4 décembre 2020,

2 mars 2021, et un mémoire récapitulatif, enregistré le 31 décembre 2021, la société Les Ateliers de Reims (ADR), représentée par Me Fayat, demande au tribunal :

1°) de constater l'illégalité de la décision de résiliation du marché n° 2016086- lot n° 8 du 16 avril 2019 ;

2°) de résilier le marché n° 2016086 - lot n° 8 aux torts exclusifs du centre national cinématographique (CNC) ;

3°) de condamner le CNC à lui verser la somme de 684 517,80 euros augmentée des intérêts moratoires à compter du 23 mai 2019 capitalisés, le cas échéant, au 24 mai 2020, puis à chaque échéance annuelle ;

4°) rejeter les demandes, fins et conclusions du CNC formées à l'encontre de la société ADR ;

5°) de mettre à la charge du CNC la somme de 5 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

En ce qui concerne la recevabilité de sa requête :

-ses conclusions indemnitaires sont recevables, dès lors que la décision de rejet du mémoire en réclamation est datée du 21 juin 2019 notifiée le même jour, si bien que le contentieux est lié ;

-ses conclusions tendant au constat de l'illégalité et à la requalification de la décision de résiliation sont recevables, dès lors qu'elle ne demande pas l'annulation de la décision de résiliation et la reprise des relations contractuelles mais de constater l'illégalité de la décision de résiliation, de prononcer la résiliation du marché aux torts du CNC et de l'indemniser des préjudices correspondants ;

En ce qui concerne les fautes justifiant la demande de résiliation du marché au tort exclusif du CNC :

-le CNC n'a pas respecté les délais contractuels, soit la date de fin de marché au

11 avril 2019 prévue par l'acte d'engagement la date du 18 avril 2017 qui aurait dû être prévue par l'ordre de service n° 1 du 18 avril 2017, qui prescrivait le démarrage des travaux et a fixé la date de la fin des travaux au 18 mars 2018, la période des travaux du 31 octobre au 30 mars 2018, fixée par l'ordre de service n° 2, puisque la société ADP n'a pas pu intervenir en octobre 2017, en raison d'un retard de chantier qu'elle a subi, en a averti le maître d'œuvre mais n'a pu intervenir qu'à partir de mars 2018, avec une situation de co-activité ; le CNC n'a pas davantage respecté le calendrier, dès lors que le planning contractuel, annexé à l'ordre de service n° 2, ne fixait aucun délai pour la diffusion des plannings et des plans d'exécution, elle a remis son planning d'intervention par courriel du 16 juin 2017 et avait besoin de la validation du plan de cloisonnement et de pose de celui-ci, toujours pas intervenue au 18 juillet 2017, le plan de cloisonnement ne lui ayant été communiqué qu'à l'automne 2017 et, par ailleurs le compte-rendu de chantier du 21 novembre 2017 fait état du retard de plusieurs corps d'Etat, ces différents éléments l'ayant obligée à modifier à plusieurs reprises ses plans d'exécution ; ne pouvant intervenir qu'après que plusieurs autres lots, en particulier la menuiserie intérieure et la peinture, sont terminés, ADR n'est pas responsable du retard accumulé par d'autres entreprises pour l'exécution d'autres lots ; le CNC a commis une faute en refusant de modifier par avenant la réception partielle de l'ouvrage, suivie par une mise à disposition partielle entraînant une occupation partielle du site dans la mesure où cela entraînait une modification substantielle des conditions initiales de l'exécution initiale du contrat et des conséquences financières ;

-l'activité simultanée avec les autres corps d'Etat, non prévue contractuellement, l'a empêchée d'intervenir dans les bâtiments B et C, où la maçonnerie n'était pas terminée, ni dans le bâtiment A, qui n'est pas encore cloisonné, ce qui est établi par constat d'huissier du

17 mai 2018 ; le CNC a imposé la mise à disposition du bâtiment A à partir du 29 juin 2018, alors que les travaux n'étaient pas achevés, aucun des documents du marché ne prévoyant une mise à disposition anticipée ni prise de possession anticipée sans modifier préalablement le marché par voie d'avenant et contrairement aux stipulations contractuelles, ce qui a ralenti les travaux, l'ordre de service n° 19 du 29 août 2018 méconnaissant les articles 12 du CCAP et 19.2.1 du CCAG, faute de cet avenant ; le CNC a également commis une faute en ne modifiant pas par avenant les articles 4 et 14.6 du CCAP, dès lors qu'une durée globale d'exécution des travaux était prévue et qu'une réception partielle est intervenue ;

-le CNC a commis une faute en ne payant pas les situations de travaux n° M1808045 d'août 2018 pour un montant de 99 942,85 euros HT, de septembre 2018, pour un montant de 201 609,17 euros incluant la situation du mois d'août, adressée le 25 septembre suivant et la situation de septembre 2018 pour un montant de 58 968,61 euros adressée le

30 novembre 2018, dans le délai contractuel d'un mois, le solde restant dû s'élevant à un montant total de 222 193,42 euros HT en prenant en compte les avenants n° 1 à 3, malgré plusieurs mises en demeure ;

-les avenants n° 2 et 3 qui ont pour objet de régulariser les ordres de service n° 7 à 23 portant sur des travaux supplémentaires qui lui ont été commandés, pour un montant total de 46 840,63 euros HT n'ont pas été régularisés pour y inclure l'incidence des délais et des conditions financières des modifications des travaux qui lui ont été demandés, ce qui l'a contrainte à refuser de signer ces avenants ;

En ce qui concerne l'illégalité manifeste de la résiliation du marché aux frais et risques d'ADR :

-la décision de résiliation a été prise aux termes d'une procédure irrégulière, dès lors que la mise en demeure du 19 novembre 2018, qu'elle a reçue, a été suivie d'exécution puisqu'elle est intervenue pour lever les réserves, faisant obstacle à la mise en œuvre de la procédure prévue à l'article 48 du CCAG travaux ; la procédure permettant de prononcer la résiliation aux frais et risques définie par les articles 47.1.1 et suivants et 48 du CCAG travaux n'a pas été entièrement respectée, faute de notification du procès-verbal de la visite contradictoire des travaux du 29 avril 2019 et du fait que la décision de résiliation a été prise immédiatement, en lui notifiant des devis de 173 893,20 euros TTC pour la reprise totale de l'ensemble de l'habillage de la salle de projection ;

-elle-même n'a commis aucune faute particulièrement grave alors qu'en revanche, le CNC a commis des fautes de nature à l'exonérer de ses responsabilités : la décision de résiliation du 16 avril 2019 vise non seulement les réserves de la grande salle de projection dont l'accès lui a été interdit mais des réserves sur les 9 étages des bâtiments A, B et C, qui ne correspondent pas aux réserves indiquées dans la décision du 14 septembre 2018 de réception des travaux, les malfaçons ne figurant pas dans le procès-verbal de réception de travaux étant acceptées par le CNC, ce dernier ne pouvait pas s'en servir pour justifier la résiliation du marché ; les réserves concernant la salle de projection sont trop vagues, comme la mention " finitions inacceptables " et ne sont donc pas opposables ; en raison de l'interdiction d'accès à la salle de projection, qu'elle a contestée, elle n'a pas pu lever les réserves la concernant ; la salle de projection est exploitable, puisque le CNC l'a utilisée et s'est servi de cette utilisation pour exiger d'elle un planning d'intervention ; le devis joint à la décision de résiliation relatif aux frais de levée de réserve est irrecevable, dans la mesure où il concerne une prestation qui ne porte pas sur la levée de réserves émises au procès-verbal de la réception des travaux du 14 septembre 2018 ;

-le CNC ne saurait soutenir que l'absence ou la tardiveté des réserves auraient mis en péril l'achèvement de l'ouvrage et la continuité du service public, au motif que la situation aurait paralysé le fonctionnement du CNC, ce qui n'est pas prouvé ; l'EXE5 n'était pas annexé à l'EXE6 relatif à la décision de réceptionner l'ouvrage du 14 septembre 2018, les réserves se limitant, dans le procès-verbal de réception, s'agissant de la salle de projection, à des reprises de tissu mural pour les retendre ; lors des réunions des 28 février et 9 mars 2018, la maîtrise d'œuvre a tenté de lui imposer les réserves émises dans l'EXE5 afin de lui opposer les réserves absentes de l'EXE6, raison pour laquelle elle a refusé de signer le procès-verbal de constat de levée des réserves EXE8 ; la grande salle de projection était conforme à sa destination, dès lors que le CNC a prononcé la réception des travaux et les avis des sociétés Artis et Texaa ne peuvent être pris en compte, notamment parce que la première était sous-traitante de celle qui a obtenu le marché de substitution ; elle n'est pas responsable de la désorganisation du chantier et son interlocuteur a toujours été le même ; la qualité des livrables était suffisante, dès lors que le chantier a été réceptionné et que l'avis donné par les sociétés Artis et Texaa venait de commerciaux et non de techniciens ; son offre n'était pas insincère et l'augmentation des coûts vient de la désorganisation du chantier ; le CNC n'a pas mis de locaux à sa disposition. ;

En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices :

-le préjudice est constitué par l'intégralité des sommes dues au titre de son marché et non encore payées par le CNC, soit les situations de travaux d'août 2018 n° M1808045, d'un montant de 99 942,85 euros, de septembre 2018 n° M1809028, d'un montant de 201 609,17 euros et M1811041, d'un montant de 58 968,61 euros, soit une somme totale de 222 193,42 euros HT, assortis des intérêts moratoires, pour le marché de base, les travaux supplémentaires, objet des avenants n° 2 et 3, pour des montants respectifs de 19 789,10 euros et 27 051,53 euros, soit un total de 46 840,63 euros HT, les rémunérations complémentaires à savoir les devis portant sur les travaux supplémentaires demandés par la maîtrise d'oeuvre non régularisés par ordres de service, pour un montant de 51 524,95 euros, dont il faut soustraire l'écart de somme entre les projets d'avenant n° 2 et 3 pour un montant de 1 453,20 euros et ajouter l'incidence sur le prorata, pour un montant de 7 255,12 euros, soit un montant total de 57 326,87 euros, le préjudice financier en raison du retard dans l'exécution des travaux et l'activité simultanée des entreprises, l'occupation du site par le CNC le 4 juillet 2018 comportant le non amortissement des frais généraux, pour un montant de 39 547,07 euros et l'incidence liée aux dépassements des délais, pour un montant de 190 607,08 euros, soit un total de 230 154,15 euros, le préjudice causé par la résiliation illégale du marché pour des frais d'un montant de 39 260,01 euros, et la révision des prix pour un montant de 18 889,86 euros à titre provisoire, soit, après déduction des sommes réglées par le CNC de 810 642,04 euros et le montant dû à ses sous-traitants au jour du dépôt de sa requête, soit le 27 juin 2019, la somme totale de 631 979, 18 euros TTC ;

- elle n'a pas signé le décompte général et définitif qui lui a été notifié le

15 décembre 2020, soit en cours d'instance, selon lequel elle doit au CNC la somme de 653 728,30 euros, du fait des conclusions reconventionnelles de celui-ci et a déposé un mémoire en réclamation le 12 janvier 2021, en application de l'article 47.2 .1 du CCAG et a réactualisé le montant du décompte à la somme de 684 515,80 euros TTC, augmentée des révisions et des intérêts moratoires, demandant au tribunal de céans d'établir le règlement définitif de son marché ;

-le CNC doit être condamné au paiement de la somme de 684 515,80 euros TTC augmentée des intérêts moratoires à compter du 23 mai 2019, capitalisés le cas échéant, au

24 mai 2020 puis à chaque échéance annuelle ;

En ce qui concerne les demandes reconventionnelles du CNC, pour un montant total de 48 735,94 euros :

-s'agissant des devis litigieux, le devis n° 14 du 27 avril 2018, pour un montant de 2 669, 24 euros HT était justifié, du fait de la modification de la place des blocs portes ; le devis n° 19 bis du 9 juillet 2018, pour un montant de 12 008,33 euros TTC, s'explique par l'obligation d'adapter sur site la profondeur des cache-radiateurs en raison de l'augmentation de la hauteur de la façade, qui est différente entre la hauteur effective et les plans ; le devis

n° 20 bis du 9 juillet 2018, d'un montant de 16 646,28 euros HT concerne l'ajout de boutons déportés n'était pas prévu à l'article I.23 du CCTP ; le devis n° 23 bis du 26 mars 2018, d'un montant de 2 761,60 euros, correspond aux frais de stockage des compactus, comptabilisés à la suite de l'impossibilité de les poser, du fait que la salle n'était pas achevée ; le devis n° 24 bis du 9 juillet 2018, d'un montant de 7 251,02 euros HT, est relatif à la modification des espaces de détente à la demande du CNC ; le devis n° 25 bis du 9 juillet 2018, d'un montant de 2 555,84 euros HT, est relatif à la modification des espaces restauration, demandée par le maître d'ouvrage ; le devis n° 26 bis du 9 juillet 2018, d'un montant de 7 632,64 euros HT porte sur le placage des portes appartenant au lot n°7, non réalisés par le titulaire de ce lot ; enfin, le devis n° 34, du 9 juillet 2018, d'un montant de 2 923,15 euros, correspond à l'habillage du mur d'escalier desservant le sous-sol depuis le hall d'accueil, prestation supplémentaire demandée par le CNC sans régularisation ;

-s'agissant des pénalités pour l'achèvement des travaux, d'un montant de 96 312,92 euros, dont 2 000 euros de CSPS du 16 avril au 14 septembre 2018, dès lors qu'elle ne peut être tenue responsable des retards causés par les titulaires des autres lots, les pénalités ne pouvaient être appliquées que sur le constat du maître d'œuvre d'un retard, selon l'article 12.8 du CCAP, ce qui n'a pas eu lieu, le lot n'étant pas une tâche principale, il ne peut être à l'origine du retard dans l'achèvement des travaux, les constats d'huissier montrant que les autres lots n'étant pas finis, elle ne pouvait intervenir ; ainsi, le 26 avril 2018, soit 10 jours après la date retenue par le CNC pour appliquer les pénalités de retard, le chantier n'était pas en état pour lui permettre d'intervenir ; les nouvelles dates d'achèvement des travaux fixées par l'ordre de service n° 19 du 29 août 2018, soit le 14 septembre 2018 pour les travaux des bâtiments B et C et le 29 juin 2018 pour le bâtiment A ont bien été respectés, dès lors que les travaux ont bien été réceptionnés à ces dates ; l'application des pénalités méconnaît l'article 12.8.1 du CCAP ;

-le procès-verbal refusant la réception des travaux signé le 30 avril 2018 par le CNC vise les OPR des lots CVC, DFO, CFA et GROS ŒUVRE, ce qui montre que c'est bien en raison du retard de ces lots que les travaux n'ont pas été réceptionnés, de même que la réunion de chantier plénière du 16 mars 2018, qui montre que le bâtiment n'était pas hors air ; la co-activité prévue initialement n'est pas celle que dénonce la société ADR, la mission de l'OPC du maître d'œuvre n'avait pas intégré, dans son planning initial, le déménagement du CNC dans les lieux, dès le 29 juin 2018 ; les lots cloisons et menuiseries ont été retardés, les portes relevant du lot n° 8 ont été modifiées par l'avenant n°1 du 9 février 2018 et l'ordre de service n° 5 et 6 a été signé par le maître d'ouvrage le 12 février 2018 ; le dépôt du compactus a été réalisé dans les temps, le 28 novembre 2017, ce qui ressort de la réunion de chantier du 7 décembre 2017 ; pour les espaces de tisanerie, ils ont été achevés en mai 2018 par le lot gros œuvre et elle n'est donc par à l'origine du retard ;

-s'agissant de la créance de 191 654,15 euros relative au marché de substitution, la somme ne résulte que de devis, pas de factures acquittées et le CNC ne démontre pas avoir respecté la procédure définie à l'article 48 du CCAG travaux en cas de résiliation aux frais et risques de l'entreprise ;

-le marché de substitution ne lui est pas opposable, dès lors que le CNC a attendu plus d'un an, depuis la résiliation aux frais et risques du marché, pour refaire la salle de projection, qu'il estimait pourtant indispensable à l'exécution de sa mission, en l'absence de faute suffisamment grave justifiant une résiliation à ses torts exclusifs ; en outre, la passation de ce marché n'a pas respecté les dispositions de l'article 48 du CCAG travaux interdisant que le coût puisse être imputé à la société requérante dans le décompte général et définitif ni l'article 48.4 du CCAG travaux, dès lors qu'elle n'a pas été informée de la notification du marché de substitution et n'a pas pu en suivre l'exécution ; en particulier, il ne saurait lui être reproché le retard de la nouvelle société au motif que la salle de projection a été partiellement ouverte au public, dès lors que le marché de la société requérante ne prévoyait pas l'ouverture au public ; le nouveau marché n'est pas identique à celui qu'elle avait elle-même conclu, dès lors qu'il comporte de nouvelles prestations ;

-s'agissant des pénalités de retard en raison de l'absence ou de la tardiveté de la levée des réserves, d'un montant de 142 360 euros, la demande est irrecevable, dès lors que la demande ne figure pas dans le décompte des travaux indiqué dans la décision de résiliation du

16 avril 2019 ; ces pénalités sont infondées, dès lors que les réserves ont été levées et qu'elle n'a pu accéder à la salle de projection, occupée dès le 13 août 2018 ; le CNC ne peut pas lui appliquer des pénalités de retard postérieurement à la date de résiliation de son marché et sont exclusives de l'indemnisation de tout autre préjudice, en l'absence de dispositions contraires dans le CCAP.

Par des mémoires en défense enregistrés respectivement les 8 et 29 novembre 2019,

18 novembre et 17 décembre 2020 et un mémoire récapitulatif enregistré le 1er mars 2021, le centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), représenté par Me Granrut, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de rejeter la requête de la société Ateliers de Reims ;

2°) d'homologuer le décompte qu'elle a établi ;

3°) à titre reconventionnel, de condamner la société Ateliers de Reims à lui verser la somme de 653 728,30 euros, intégrant les pénalités de retard dans la levée des réserves ;

4°) de mettre à la charge des Ateliers de Reims la somme de 10 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'irrecevabilité de la requête :

- les conclusions indemnitaires sont prématurées puisque la demande indemnitaire en forme de mémoire en réclamation a été introduite le 20 mai 2019 et la requête le 25 juin 2019, alors qu'aucune décision implicite de rejet n'était encore intervenue et que la décision expresse de rejet n'a pas été attaquée dans le cadre du présent recours ;

-les conclusions tendant au constat de l'illégalité et à la requalification de la décision de résiliation sont irrecevables, dès lors que l'entreprise n'entend pas exercer un recours en reprise des relations contractuelles ;

En ce qui concerne le bien-fondé de la mesure de résiliation et le rejet des conclusions indemnitaires :

-il n'a commis aucune faute ;

-à supposer même qu'il ait commis une faute, celle-ci n'est pas d'une gravité suffisante pour justifier une résiliation à ses torts ;

- il a en effet respecté ses délais contractuels, en particulier pour le calendrier de l'opération, tel que prévu aux articles 19.1.1 du CCAG travaux et 12.2 et 12.3 du CCAP ; il a transmis un planning conforme aux stipulations contractuelles de l'article 12.4 du CCAP, avec une date de début des travaux au 31 octobre 2017 et une date de fin au 30 mars 2018, permettant à la société Ateliers de Reims d'intervenir et de réaliser ses prestations dans les temps, les retards de celle-ci ne lui étant pas imputables ; les retards sont antérieurs à la mise en demeure du 3 avril 2018, le planning transmis par l'entreprise l'ayant été tardivement et comportant des erreurs ; le suivi de la société ADR dans la réalisation de ses ouvrages a été renforcé à la suite de la réunion du 11 septembre 2018 ;

- la durée contractuelle du marché prévue à l'article 4 du CCAP, a été respectée : il comprend la fin de la période de garantie de parfait achèvement ;

- le délai d'exécution du marché fixé selon les modalités prévues aux articles 12.6 et 8.1 du CCAP a été dépassé en raison d'un retard d'ADR, il n'y avait donc pas lieu de conclure un avenant ; à supposer qu'elle ait commis une faute en ne respectant pas les délais contractuels, celle-ci n'était pas d'une gravité suffisante pour retenir la résiliation à ses torts exclusifs ;

-il n'a pas commis de faute en prévoyant des réceptions partielles malgré l'article 14.6 du CCAP, dès lors que la résiliation en cours d'exécution implique la possibilité d'une réception partielle et que les personnes publiques disposent d'un pouvoir unilatéral de modification du contrat ; en l'espèce, la réception partielle par les ordres de service n° 17 et 19 n'ont pas eu d'incidence sur la réalisation des prestations d'ADR, qui a eu à sa disposition des espaces de travail pour faciliter le dépôt de son matériel, a bénéficié de facilités pour travailler en locaux occupés dans le cadre d'horaires décalés, aucune co-activité ne pouvant expliquer les retards et les fautes, à les supposer établies, ne sauraient justifier une inexécution de la part d'ADR, l'exception d'inexécution ne pouvant être opposée à un co-contractant ;

-la résiliation, justifiée et non fautive, s'explique par la tardiveté et l'absence de levée des réserves, en raison de l'impossibilité d'utiliser la salle de projection et des défaillances techniques de la société ADR ; elle s'explique également par un long processus de conciliation qui n'a pas abouti, la levée des réserves du 7 mai 2019 n'ayant pas concerné les réserves de la grande salle de projection ; elle trouve son origine dans d'autres griefs tels que la désorganisation du chantier par l'entreprise ADR, liée à sa désorganisation interne et à l'existence de dysfonctionnements au sein de la société, comme l'absence de suivi des sous-traitants ; elle s'explique également par le manquement à l'obligation de résultat et la qualité insuffisante des livrables, en méconnaissance de l'article 7.2 du CCAP, plusieurs ouvrages n'ayant pas été réalisés dans les règles de l'art, comme les caches radiateurs, le tissu et la menuiserie dans les salles de projection, constatés par les sociétés Texaa et Artis ; elle se justifie aussi par l'absence de sincérité de l'offre de la société ADR, qui a méconnu l'article 7.2 du CCAP ; pourtant le CNC a accompli des efforts et tenté d'accompagner la société et a renoncé à la reprise des travaux à l'exception de la grande salle de projection ; le titulaire du marché n'a pas répondu aux relances et mises en demeure qu'il lui a adressées ;

- les conclusions indemnitaires doivent être rejetées : le solde d'ADR est débiteur, dès lors qu'elle a réglé la somme de 865 434,35 euros et qu'elle entend solliciter la somme complémentaire de 631 979,18 euros ; aucune rémunération complémentaire ne saurait être réclamée en l'absence d'ordres de service, en vertu des articles 12.3 et 14 du CCAG travaux pour les devis n° 14, 19 bis, 20, 23 bis, 24 bis, 25 bis, (compensation avec le 34), 26 bis et 34 ;

En ce qui concerne les demandes reconventionnelles du CNC dues au titre du décompte définitif :

-les sommes dues s'élèvent à 94 312,92 euros pour les retards de livraison, qui ont été calculées en application des articles 12.4 et 12.8 du CCAP, à la somme de 191 654,15 euros au titre de la prise en charge du marché de substitution, dont la requérante a été informée, et enfin, en application de l'article 12.8.2 du CCAP à la somme de 191 654,15 euros, au titre des pénalités de retard dans la levée des réserves ; les sommes dues venant en déduction du solde du marché dû à l'entreprise, l'entreprise est redevable de la somme totale de 653 728,30 euros ;

En ce qui concerne la décision de rejet du 21 juin 2019 du mémoire de réclamation du 23 mai 2019 :

-s'agissant du planning, de la durée contractuelle et de l'exécution, la société ADR n'a pas proposé de solutions, ne saurait prétexter une co-activité pour expliquer les retards et l'absence d'anticipation de la société ADR a entraîné des retards justifiant le paiement des pénalités correspondantes ; s'agissant du délai d'exécution du marché, le retard est imputable exclusivement à la société ADR et ne relevait d'aucun des cas de prorogation prévus par l'article 19.2.2 du CCAG travaux et ne pouvait résulter que d'un avenant, conformément à l'article 19.2.1du CCAG travaux et pas d'un ordre de service, qui n'est prévu que dans des cas dérogatoires ;

- la nécessité de procéder à une réception partielle des travaux s'est imposée du fait des manquements et des retards dont la société est responsable et la co-activité ne saurait être invoquée par la requérante ;

-l'absence de paiement des devis est justifiée, de même que les pénalités mises à la charge d'Ateliers de Reims, dès lors que la requérante n'a pas subi les conséquences des retards des autres lots, les retards ne sont pas justifiés, le délai d'exécution n'a pas été modifié par l'ordre de service n° 19 ; les montants retenus sont justifiés, dès lors que le solde de la société ADR est insuffisant eu égard notamment aux pénalités de retard dont elle est débitrice ; la décision de résiliation est justifiée par les malfaçons dans la salle de projection qui lui ont causé un préjudice ;

En ce qui concerne le décompte général définitif :

-le montant est justifié, la société ADR a été informée du marché de substitution ;

-les pénalités de retard ne sont pas abusives, dès lors que l'article 20.1 du CCAG n'est pas applicable, les travaux ne sont pas achevés, le décompte général définitif du nouveau marché ne prive pas le litige de son objet et elle sollicite l'homologation de ce décompte par le juge ;

-le juge peut arrêter le décompte définitif même en cas de résiliation.

Une ordonnance en date du 3 janvier 2022 a fixé la clôture d'instruction au

18 janvier 2022.

Un mémoire, produit pour la société ADR par Me Fayat, a été enregistré le

31 janvier 2022.

II/ Par une requête enregistrée sous le n° 1917607, des mémoires complémentaires, enregistrés respectivement les 9 août 2019, 2 février, 24 février 2021, un mémoire récapitulatif, enregistré le 31 décembre 2021, la société Les Ateliers de Reims (ADR), représentée par

Me Fayat, demande au tribunal :

1°) de constater l'illégalité de la décision de résiliation du marché n° 2016086- lot n° 8 du 16 avril 2019 ;

2°) de résilier le marché n° 2016086 - lot n° 8 aux torts exclusifs du centre national cinématographique (CNC) ;

3°) de condamner le CNC à lui verser la somme de 684 517,80 euros augmentée des intérêts moratoires à compter du 23 mai 2019 capitalisés, le cas échéant, au 24 mai 2020, puis à chaque échéance annuelle ;

4°) rejeter les demandes, fins et conclusions du CNC formées à l'encontre de la société ADR ;

5°) de mettre à la charge du CNC la somme de 5 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

En ce qui concerne la recevabilité de sa requête :

-ses conclusions indemnitaires sont recevables, dès lors que la décision de rejet du mémoire en réclamation est datée du 21 juin 2019 notifiée le même jour, si bien que le contentieux est lié ;

-ses conclusions tendant au constat de l'illégalité et à la requalification de la décision de résiliation sont recevables, dès lors qu'elle ne demande pas l'annulation de la décision de résiliation et la reprise des relations contractuelles mais de constater l'illégalité de la décision de résiliation, de prononcer la résiliation du marché aux torts du CNC et de l'indemniser des préjudices correspondants ;

En ce qui concerne les fautes justifiant la demande de résiliation du marché au tort exclusif du CNC :

-le CNC n'a pas respecté les délais contractuels, soit la date de fin de marché au

11 avril 2019 prévue par l'acte d'engagement, la date du 18 avril 2017 qui aurait dû être prévue par l'ordre de service n° 1 du 18 avril 2017, qui prescrivait le démarrage des travaux et a fixé la date de la fin des travaux au 18 mars suivant, la période des travaux du 31 octobre au 30 mars 2018, fixée par l'ordre de service n° 2, puisque la société ADP n'a pas pu intervenir en octobre 2017 en raison d'un retard de chantier qu'elle a subi, en a averti le maître d'œuvre mais n'a pu intervenir qu'à partir de mars 2018, avec une situation de co-activité ; il n'a pas davantage respecté le calendrier, dès lors que le planning contractuel annexé à l'ordre de service n° 2 ne fixait aucun délai pour la diffusion des plannings et des plans d'exécution, elle a remis son planning d'intervention par courriel du 16 juin 2017 et avait besoin de la validation du plan de cloisonnement et de la pose de celui-ci, toujours pas intervenue au 18 juillet 2017, le plan de cloisonnement ne lui ayant été communiqué qu'à l'automne 2017 et, par ailleurs le compte-rendu de chantier du 21 novembre 2017 fait état du retard de plusieurs corps d'Etat, ces différents éléments l'ayant obligée à modifier à plusieurs reprises ses plans d'exécution ; ne pouvant intervenir qu'après que plusieurs autres lots, en particulier la menuiserie intérieure et la peinture, sont terminées, elle n'est pas responsable du retard accumulé par d'autres entreprises pour l'exécution d'autres lots ; le CNC a commis une faute en refusant de modifier par avenant la réception partielle de l'ouvrage, suivie par une mise à disposition partielle entraînant une occupation partielle du site dans la mesure où cela entraînait une modification substantielle des conditions initiales de l'exécution initiale du contrat et des conséquences financières ;

-l'activité simultanée avec les autres corps d'Etat, non prévue contractuellement, l'a empêchée d'intervenir dans les bâtiments B et C, où la maçonnerie n'était pas terminée ni dans le bâtiment A, qui n'est pas encore cloisonné, ce qui est établi par constat d'huissier du 17 mai 2018 ; le CNC a imposé la mise à disposition du bâtiment A à partir du 29 juin 2018, alors que les travaux n'étaient pas achevés, aucun des documents du marché ne prévoyant une mise à disposition anticipée ni prise de possession anticipée sans modifier préalablement le marché par voie d'avenant et contrairement aux stipulations contractuelles, ce qui a ralenti les travaux, l'ordre de service n° 19 du 29 août 2018 méconnaissant les articles 12 du CCAP et 19.2.1 du CCAG, faute de cet avenant ; le CNC a également commis une faute en ne modifiant pas par avenant les articles 4 et 14.6 du CCAP, dès lors qu'une durée globale d'exécution des travaux était prévue et qu'une réception partielle est intervenue ;

-le CNC a commis une faute en ne payant pas les situations de travaux n° M1808045 d'août 2018 pour un montant de 99 942,85 euros HT, septembre 2018, pour un montant de 201 609,17 euros incluant la situation du mois d'août, adressée le 25 septembre suivant et la situation de septembre 2018 pour un montant de 58 968,61 euros adressée le 30 novembre 2018, dans le délai contractuel d'un mois, le solde restant dû s'élevant à un montant total de 222 193,42 euros HT en prenant en compte les avenants n° 1 à 3, malgré plusieurs mises en demeure ;

-les avenants n° 2 et 3 qui ont pour objet de régulariser les ordres de service n° 7 à 23 portant sur des travaux supplémentaires qui lui ont été commandés, pour un montant total de 46 840,63 euros HT n'ont pas été régularisés pour y inclure l'incidence des délais et des conditions financières des modifications des travaux qui lui ont été demandés, ce qui l'a contrainte à refuser de signer ces avenants ;

En ce qui concerne l'illégalité manifeste de la résiliation aux frais et risques du marché :

-la décision de résiliation a été prise aux termes d'une procédure irrégulière, dès lors que la mise en demeure du 19 novembre 2018 qu'elle a reçue a été suivie d'exécution puisqu'elle est intervenue pour lever les réserves, faisant obstacle à la mise en œuvre de la procédure prévue à l'article 48 du CCAG travaux ; la procédure permettant de prononcer la résiliation aux frais et risques définie par les articles 47.1.1 et suivants et 48 du CCAG travaux n'a pas été entièrement respectée, faute de notification du procès-verbal de la visite contradictoire des travaux du 29 avril 2019 et du fait que la décision de résiliation a été prise immédiatement, en lui notifiant des devis de 173 893,20 euros TTC pour la reprise totale de l'ensemble de l'habillage de la salle de projection ;

-elle-même n'a commis aucune faute particulièrement grave alors qu'en revanche, le CNC a commis des fautes de nature à l'exonérer de ses responsabilités : la décision de résiliation du 16 avril 2019 vise non seulement les réserves de la grande salle de projection dont l'accès lui a été interdit mais des réserves sur les 9 étages des bâtiments A, B et C, qui ne correspondent pas aux réserves indiquées dans la décision du 14 septembre 2018 de réception des travaux, les malfaçons ne figurant pas dans le procès-verbal de réception de travaux étant acceptées par le CNC, ce dernier ne pouvait pas s'en servir pour justifier la résiliation du marché ; les réserves concernant la salle de projection sont trop vagues, comme la mention " finitions inacceptables " et ne sont donc pas opposables ; en raison de l'interdiction d'accès à la salle de projection, qu'elle a contestée, elle n'a pas pu lever les réserves la concernant ; la salle de projection est exploitable, puisque le CNC l'a utilisée et s'est servi de cette utilisation pour exiger d'elle un planning d'intervention ; le devis joint à la décision de résiliation relatif aux frais de levée de réserve est irrecevable, dans la mesure où il concerne une prestation qui ne porte pas sur la levée de réserves émises au procès-verbal de la réception des travaux du 14 septembre 2018 ;

-le CNC ne saurait soutenir que l'absence ou la tardiveté des réserves auraient mis en péril l'achèvement de l'ouvrage et la continuité du service public, au motif que la situation aurait paralysé le CNC, ce qui n'est pas prouvé ; l'EXE5 n'était pas annexé à l'EXE6 relatif à la décision de réceptionner l'ouvrage du 14 septembre 2018, les réserves se limitant, dans le procès-verbal de réception, s'agissant de la salle de projection, à des reprises de tissu mural pour les retendre ; lors des réunions des 28 février et 9 mars 2018, la maîtrise d'œuvre a tenté de lui imposer les réserves émises dans l'EXE5 afin de lui opposer les réserves absentes de l'EXE6, raison pour laquelle elle a refusé de signer le procès-verbal de constat de levée des réserves EXE8 ; la grande salle de projection était conforme à sa destination, dès lors que le CNC a prononcé la réception des travaux et les avis des sociétés Artis et Texaa ne peuvent être pris en compte, notamment parce que la première était sous-traitante de celle qui a obtenu le marché de substitution ; elle n'est pas responsable de la désorganisation du chantier et son interlocuteur a toujours été le même ; la qualité des livrables était suffisante, dès lors que le chantier a été réceptionné et que l'avis donné par les sociétés Artis et Texaa venait de commerciaux et non de techniciens ; son offre n'était pas insincère et l'augmentation des coûts vient de la désorganisation du chantier ; le CNC n'a pas mis de locaux à sa disposition. ;

En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices :

-le préjudice est constitué par l'intégralité des sommes dues au titre de son marché et non encore payées par le CNC, soit les situations de travaux d'août 2018 n° M1808045, d'un montant de 99 942,85 euros, de septembre 2018 n° M1809028, d'un montant de 201 609,17 euros et M1811041, d'un montant de 58 968,61 euros, soit une somme totale de 222 193,42 euros HT, assortis des intérêts moratoires, pour le marché de base, les travaux supplémentaires, objet des avenants n° 2 et 3, pour des montants respectifs de 19 789,10 euros et 27 051,53 euros, soit un total de 46 840,63 euros HT, les rémunérations complémentaires à savoir les devis portant sur les travaux supplémentaires demandés par la maîtrise d'oeuvre non régularisés par ordres de service, pour un montant de 51 524,95 euros, dont il faut soustraire l'écart de somme entre les projets d'avenant n° 2 et 3 pour un montant de 1 453,20 euros et ajouter l'incidence sur le prorata, pour un montant de 7 255,12 euros, soit un montant total de 57 326,87 euros, le préjudice financier en raison du retard dans l'exécution des travaux et l'activité simultanée des entreprises, l'occupation du site par le CNC le 4 juillet 2018 comportant le non amortissement des frais généraux, pour un montant de 39 547,07 euros et l'incidence liée aux dépassements des délais, pour un montant de 190 607,08 euros, soit un total de 230 154,15 euros, le préjudice causé par la résiliation illégale du marché pour des frais d'un montant de 39 260,01 euros, et la révision des prix pour un montant de 18 889,86 euros à titre provisoire, soit, après déduction des sommes réglées par le CNC de 810 642,04 euros et le montant dû à ses sous-traitants au jour du dépôt de sa requête, soit le 27 juin 2019, la somme totale de 631 979, 18 euros TTC ;

- elle n'a pas signé le décompte général et définitif qui lui a été notifié le 15 décembre 2020, soit en cours d'instance, selon lequel elle doit au CNC la somme de 653 728,30 euros, du fait des conclusions reconventionnelles de celui-ci et a déposé un mémoire en réclamation le 12 janvier 2021, en application de l'article 47.2 .1 du CCAG et a réactualisé le montant du décompte à la somme de 684 515,80 euros TTC, augmentée des révisions et des intérêts moratoires, demandant au tribunal de céans d'établir le règlement définitif de son marché ;

-le CNC doit être condamné au paiement de la somme de 684 515,80 euros TTC augmentée des intérêts moratoires à compter du 23 mai 2019, capitalisés le cas échéant, au 24 mai 2020 puis à chaque échéance annuelle ;

En ce qui concerne les demandes reconventionnelles du CNC, pour un montant total de 48 735,94 euros :

-s'agissant des devis litigieux, le devis n° 14 du 27 avril 2018, pour un montant de 2 669, 24 euros HT était justifié, du fait de la modification de la place des blocs portes ; le devis n° 19 bis du 9 juillet 2018, pour un montant de 12 008,33 euros TTC, s'explique par l'obligation d'adapter sur site la profondeur des cache-radiateurs en raison de l'augmentation de la hauteur de la façade, qui est différente entre la hauteur effective et les plans ; le devis n° 20 bis du 9 juillet 2018, d'un montant de 16 646,28 euros HT concerne l'ajout de boutons déportés n'était pas prévu à l'article I.23 du CCTP ; le devis n° 23 bis du 26 mars 2018, d'un montant de 2 761,60 euros, correspond aux frais de stockage des compactus, comptabilisés à la suite de l'impossibilité de les poser, du fait que la salle n'était pas achevée ; le devis n° 24 bis du 9 juillet 2018, d'un montant de 7 251,02 euros HT, est relatif à la modification des espaces de détente à la demande du CNC ; le devis n° 25 bis du 9 juillet 2018, d'un montant de 2 555,84 euros HT, est relatif à la modification des espaces restauration, demandée par le maître d'ouvrage ; le devis n° 26 bis du 9 juillet 2018, d'un montant de 7 632,64 euros HT porte sur le placage des portes appartenant au lot n°7, non réalisés par le titulaire de ce lot ; enfin, le devis n° 34, du 9 juillet 2018, d'un montant de 2 923,15 euros, correspond à l'habillage du mur d'escalier desservant le sous-sol depuis le hall d'accueil, prestation supplémentaire demandée par le CNC sans régularisation ;

-s'agissant des pénalités pour l'achèvement des travaux, d'un montant de 96 312,92 euros, dont 2 000 euros de CSPS du 16 avril au 14 septembre 2018, dès lors qu'elle ne peut être tenue responsable des retards causés par les titulaires des autres lots, les pénalités ne pouvaient être appliquées que sur le constat du maître d'œuvre d'un retard, selon l'article 12.8 du CCAP, ce qui n'a pas eu lieu, le lot n'étant pas une tâche principale, il ne peut être à l'origine du retard dans l'achèvement des travaux, les constats d'huissier montrant que les autres lots n'étant pas finis, elle ne pouvait intervenir ; ainsi, le 26 avril 2018, soit 10 jours après la date retenue par le CNC pour appliquer les pénalités de retard, le chantier n'était pas en état pour lui permettre d'intervenir ; les nouvelles dates d'achèvement des travaux fixées par l'ordre de service n° 19 du 29 août 2018, soit le 14 septembre 2018 pour les travaux des bâtiments B et C et le 29 juin 2018 pour le bâtiment A ont bien été respectés, dès lors que les travaux ont bien été réceptionnés à ces dates ; l'application des pénalités méconnaît l'article 12.8.1 du CCAP ;

-le procès-verbal refusant la réception des travaux signé le 30 avril 2018 par le CNC vise les OPR des lots CVC, DFO, CFA et GROS ŒUVRE, ce qui montre que c'est bien en raison du retard de ces lots que les travaux n'ont pas été réceptionnés, de même que la réunion de chantier plénière du 16 mars 2018, qui montre que le bâtiment n'était pas hors air ; la co-activité prévue initialement n'est pas celle que dénonce la société ADR, la mission de l'OPC du maître d'œuvre n'avait pas intégré dans son planning initial le déménagement du CNC dans les lieux dès le 29 juin 2018 ; les lots cloisons et menuiseries ont été retardés, les portes relevant du lot n° 8 ont été modifiées par l'avenant n°1 du 9 février 2018 et l'ordre de service n° 5 et 6 a été signé par le maître d'ouvrage le 12 février 2018 ; le dépôt du compactus a été réalisé dans les temps, le 28 novembre 2017, ce qui ressort de la réunion de chantier du 7 décembre 2017 ; pour les espaces de tisanerie, ils ont été achevés en mai 2018 par le lot gros œuvre et elle n'est donc par à l'origine du retard ;

-s'agissant de la créance de 191 654,15 euros relative au marché de substitution, la somme ne résulte que de devis, pas de factures acquittées et le CNC ne démontre pas avoir respecté la procédure définie à l'article 48 du CCAG travaux en cas de résiliation aux frais et risques de l'entreprise ;

-le marché de substitution ne lui est pas opposable, dès lors que le CNC a attendu plus d'un an, depuis la résiliation aux frais et risques du marché, pour refaire la salle de projection, qu'il estimait pourtant indispensable à l'exécution de sa mission, en l'absence de faute suffisamment grave justifiant une résiliation à ses torts exclusifs ; en outre, la passation de ce marché n'a pas respecté les dispositions de l'article 48 du CCAG travaux interdisant que le coût puisse être imputé à la société requérante dans le décompte général et définitif ni l'article 48.4 du CCAG travaux, dès lors qu'elle n'a pas été informée de la notification du marché de substitution et n'a pas pu en suivre l'exécution ; en particulier, il ne saurait lui être reproché le retard de la nouvelle société au motif que la salle de projection a été partiellement ouverte au public, dès lors que le marché de la société requérante ne prévoyait pas l'ouverture au public ; le nouveau marché n'est pas identique à celui qu'elle avait elle-même conclu, dès lors qu'il comporte de nouvelles prestations ;

-s'agissant des pénalités de retard en raison de l'absence ou de la tardiveté de la levée des réserves, d'un montant de 142 360 euros, la demande est irrecevable, dès lors que la demande ne figure pas dans le décompte des travaux indiqué dans la décision de résiliation du

16 avril 2019 ; ces pénalités sont infondées, dès lors que les réserves ont été levées et qu'elle n'a pu accéder à la salle de projection, occupée dès le 13 août 2018 ; le CNC ne peut pas lui appliquer des pénalités de retard postérieurement à la date de résiliation de son marché et sont exclusives de l'indemnisation de tout autre préjudice, en l'absence de dispositions contraires dans le CCAP.

Par des mémoires en défense enregistrés respectivement les 17 novembre 2020, 17 février et 11 mars 2021, le centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), représenté par Me Granrut, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de rejeter la requête de la société Ateliers de Reims ;

2°) d'homologuer le décompte qu'elle a établi ;

3°) à titre reconventionnel, de condamner la société Ateliers de Reims à lui verser la somme de 653 728,30 euros, intégrant les pénalités de retard dans la levée des réserves ;

4°) de mettre à la charge des Ateliers de Reims la somme de 10 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'irrecevabilité de la requête :

-les conclusions tendant au constat de l'illégalité et à la requalification de la décision de résiliation sont irrecevables, dès lors que l'entreprise n'entend pas exercer un recours en reprise des relations contractuelles ;

-la requête est tardive ;

En ce qui concerne le bien-fondé de la mesure de résiliation et le rejet des conclusions indemnitaires :

-il n'a commis aucune faute ;

-à supposer qu'il ait commis une faute, celle-ci n'est pas d'une gravité suffisante pour justifier une résiliation à ses torts ;

- il a en effet respecté ses délais contractuels, en particulier pour le calendrier de l'opération, tel que prévu aux articles 19.1.1 du CCAG travaux et 12.2 et 12.3 du CCAP ; il a transmis un planning conforme aux stipulations contractuelles de l'article 12.4 du CCAP, avec une date de début des travaux au 31 octobre 2017 et une date de fin au 30 mars 2018, permettant à la société Ateliers de Reims d'intervenir et de réaliser ses prestations dans les temps, les retards de celle-ci ne lui étant pas imputables ; les retards sont antérieurs à la mise en demeure du 3 avril 2018, le planning transmis par l'entreprise l'ayant été tardivement et comportant des erreurs ; le suivi de la société ADR dans la réalisation de ses ouvrages a été renforcé à la suite de la réunion du 11 septembre 2018 ;

- la durée contractuelle du marché prévue à l'article 4 du CCAP, a été respectée : il comprend la fin de la période de garantie de parfait achèvement ;

- le délai d'exécution du marché fixé selon les modalités prévues aux articles 12.6 et 8.1 du CCAP a été dépassé en raison d'un retard d'ADR, il n'y avait donc pas lieu de conclure un avenant ; à supposer qu'elle ait commis une faute en ne respectant pas les délais contractuels, celle-ci n'était pas d'une gravité suffisante pour retenir la résiliation à ses torts exclusifs ;

-il n'a pas commis de faute en prévoyant des réceptions partielles malgré l'article 14.6 du CCAP, dès lors que la résiliation en cours d'exécution implique la possibilité d'une réception partielle et que les personnes publiques disposent d'un pouvoir unilatéral de modification du contrat ; en l'espèce, la réception partielle par les ordres de service n° 17 et 19 n'ont pas eu d'incidence sur la réalisation des prestations d'ADR, qui a eu à sa disposition des espaces de travail pour faciliter le dépôt de son matériel, a bénéficié de facilités pour travailler en locaux occupés dans le cadre d'horaires décalés, aucune co-activité ne pouvant expliquer les retards et les fautes, à les supposer établies, ne sauraient justifier une inexécution de la part d'ADR, l'exception d'inexécution ne pouvant être opposée à un co-contractant ;

-la résiliation justifiée et non fautive, s'explique par la tardiveté et l'absence de levée des réserves, en raison de l'impossibilité d'utiliser la salle de projection et des défaillances techniques de la société ADR, ; elle s'explique également par un long processus de conciliation qui n'a pas abouti, la levée des réserves du 7 mai 2019 n'ayant pas concerné les réserves de la grande salle de projection ; elle trouve son origine dans d'autres griefs tels que la désorganisation du chantier par l'entreprise ADR, liée à sa désorganisation interne et à l'existence de dysfonctionnements au sein de la société, comme l'absence de suivi des sous-traitants ; elle s'explique également par le manquement à l'obligation de résultat et la qualité insuffisante des livrables, en méconnaissance de l'article 7.2 du CCAP, plusieurs ouvrages n'ayant pas été réalisés dans les règles de l'art, comme les caches radiateurs, le tissu et la menuiserie dans les salles de projection, constatés par les sociétés Texaa et Artis ; elle se justifie aussi par l'absence de sincérité de l'offre de la société ADR, qui a méconnu l'article 7.2 du CCAP ; pourtant le CNC a accompli des efforts et tenté d'accompagner la société et a renoncé à la reprise des travaux à l'exception de la grande salle de projection ; le titulaire du marché n'a pas répondu aux relances et mises en demeure qu'il lui a adressées ;

- les conclusions indemnitaires doivent être rejetées : le solde d'ADR est débiteur, dès lors qu'elle a réglé la somme de 865 434,35 euros et qu'elle entend solliciter la somme complémentaire de 631 979,18 euros ; aucune rémunération complémentaire ne saurait être réclamée en l'absence d'ordres de service, en vertu des articles 12.3 et 14 du CCAG travaux pour les devis n° 14, 19 bis, 20, 23 bis, 24 bis, 25 bis, (compensation avec le 34), 26 bis et 34 ;

En ce qui concerne les demandes reconventionnelles du CNC dues au titre du décompte définitif :

-les sommes dues s'élèvent à 94 312,92 euros pour les retards de livraison, qui ont été calculées en application des articles 12.4 et 12.8 du CCAP, à la somme de 191 654,15 euros au titre de la prise en charge du marché de substitution, dont la requérante a été informée, et enfin, en application de l'article 12.8.2 du CCAP à la somme de 191 654,15 euros, au titre des pénalités de retard dans la levée des réserves ; les sommes dues venant en déduction du solde du marché dû à l'entreprise, l'entreprise est redevable de la somme totale de 653 728,30 euros ;

En ce qui concerne la décision de rejet du 21 juin 2019 du mémoire de réclamation du 23 mai 2019 :

-s'agissant du planning, de la durée contractuelle et de l'exécution, la société ADR n'a pas proposé de solutions, ne saurait prétexter une co-activité pour expliquer les retards et l'absence d'anticipation de la société ADR a entraîné des retards justifiant le paiement des pénalités correspondantes ; s'agissant du délai d'exécution du marché, le retard est imputable exclusivement à la société ADR et ne relevait d'aucun des cas de prorogation prévus par l'article 19.2.2 du CCAG travaux et ne pouvait résulter que d'un avenant, conformément à l'article 19.2.1du CCAG travaux et pas d'un ordre de service, qui n'est prévu que dans des cas dérogatoires ;

- la nécessité de procéder à une réception partielle des travaux s'est imposée du fait des manquements et des retards dont la société est responsable et la co-activité ne saurait être invoquée par la requérante ;

-l'absence de paiement des devis est justifiée, de même que les pénalités mises à la charge d'Ateliers de Reims, dès lors que la requérante n'a pas subi les conséquences des retards des autres lots, les retards ne sont pas justifiés, le délai d'exécution n'a pas été modifié par l'ordre de service n° 19 ; les montants retenus sont justifiés, dès lors que le solde de la société ADR est insuffisant eu égard notamment aux pénalités de retard dont elle est débitrice ; la décision de résiliation est justifiée par les malfaçons dans la salle de projection qui lui ont causé un préjudice ;

En ce qui concerne le décompte général définitif :

-le montant est justifié, la société ADR a été informée du marché de substitution ;

-les pénalités de retard ne sont pas abusives, dès lors que l'article 20.1 du CCAG n'est pas applicable, les travaux ne sont pas achevés, le décompte général définitif du nouveau marché ne prive pas le litige de son objet et elle sollicite l'homologation de ce décompte par le juge ;

-le juge peut arrêter le décompte définitif même en cas de résiliation.

Une ordonnance en date du 3 janvier 2022 a fixé la clôture d'instruction au

18 janvier 2022.

Un mémoire produit pour la société ADR, a été enregistré le 31 janvier 2022.

III/ Par une requête enregistrée sous le n° 2017758, le 26 octobre 2020, la société Les Ateliers de Reims (ADR), représentée par Me Fayat, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre national de la cinématographie (CNC) à lui régler, à titre provisionnel, la somme de 222 193,42 euros TTC, au titre des situations du 25 septembre et du 30 novembre 2018, assortie cette somme des intérêts moratoires majorés de 8 points de pourcentage, conformément au décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique et augmentée de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros, sur le fondement de l'article 9 du même décret ;

2°) de mettre à la charge du CNC la somme de 5 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2020, le centre national de la cinématographie (CNC), représenté par Me Granrut, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société ADR la somme de 5 000 euros, sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beugelmans-Lagane ;

-les conclusions de M. Dubois, rapporteur public ;

-les observations de Me Fayat, représentant la société ADR,

-et les observations de Me Achour substituant Me Granrut, représentant le CNC.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement notifié le 10 avril 2017, le Centre national du cinéma (CNC) a confié à la société Les ateliers de Reims (ADR), l'exécution des travaux du lot n°8 du marché portant sur l'agencement intérieur de l'ensemble immobilier sis 291, boulevard Raspail à Paris (14ème arrondissement), dans le cadre de travaux de réhabilitation, décomposés en vingt lots au total, rendus nécessaires par le transfert du siège du CNC à cette adresse. Le lot n° 8, attribué à ADR concerne la fourniture et la pose de mobiliers, inclus aux façades, cloisons et autres, pour un montant total de 769 481,90 euros HT, soit 923 378,28 euros TTC. Le maître de l'ouvrage a confié la conduite de l'opération à la société Artelia Bâtiment et Industrie, assistant à maître de l'ouvrage. La maîtrise d'œuvre a été assurée par le groupement Bouchaud Architectes/Bet Nox (BET TCE). La mission d'ordonnancement, de pilotage et de coordination a été confiée à la société Nox. La société Qualiconsult est intervenue comme contrôleur technique. Une réception partielle du bâtiment A eu lieu le 26 juin 2018, avec réserves et sous réserves. Une réception des bâtiments A, B et C a été prononcée le 14 septembre 2018, avec réserves et sous réserves. Enfin, un procès-verbal de levée des réserves a été établi, le 8 mars 2019, par le maître d'œuvre, qu'ADR a refusé de signer. Par un courrier du 16 avril 2019 dont la société ADR a accusé réception le 26 avril suivant, le CNC a décidé de résilier le marché dont elle était attributaire, à ses frais et risques. Par un mémoire en réclamation du 20 mai 2019, la société ADR a contesté la résiliation du marché et demandé le versement d'une somme en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison de cette résiliation qu'elle considère comme fautive. Par une décision du 21 juin 2019, le CNC a rejeté ce mémoire. Par les présentes requêtes n° 1913704 et

n° 1917607, la société ADR demande au tribunal de constater l'illégalité de la décision de résiliation du marché n° 2016086- lot n° 8 du 16 avril 2019, de résilier ce marché aux torts exclusifs du centre national cinématographique (CNC), de condamner le CNC à lui verser la somme de 684 517,80 euros augmentée des intérêts moratoires à compter du 23 mai 2019 capitalisés, le cas échéant, au 24 mai 2020, puis à chaque échéance annuelle et enfin de rejeter les demandes, fins et conclusions du CNC formées à l'encontre de la société ADR. Par la requête n° 2017758, la société ADR demande, à titre provisionnel, le versement de la somme de 222 193,42 euros TTC, correspondant aux situations de travaux du 25 septembre et du 30 novembre 2018.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 19138704, 1917607 et n° 2017758 introduites par la société ADR, concernent un même marché, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense par le CNC :

En ce qui concerne l'irrecevabilité des conclusions tendant au constat de l'illégalité et à la requalification de la décision de résiliation :

3. Le CNC soutient que, dès lors que la société requérante sollicite l'annulation de la décision de résiliation du 16 avril 2019 et la résiliation du contrat aux torts exclusifs du CNC, elle demande une requalification de la décision de résiliation et que dès lors qu'elle ne demande pas la reprise des relations contractuelles, ses conclusions à fin d'annulation sont irrecevables. En outre, le CNC fait valoir qu'il n'appartient pas au juge de requalifier une décision de résiliation déjà intervenue, dans le cadre de conclusions indemnitaires en réparation de la décision de résiliation du contrat conclu avec ADR. S'il est loisible au cocontractant de demander au juge que soit prononcée la résiliation du contrat aux torts de l'administration, en l'espèce, le contrat a déjà été résilié par le maître d'ouvrage. Une résiliation prononcée par l'administration aux torts du cocontractant peut ainsi être requalifiée comme une résiliation aux torts de l'administration si les fautes sont imputables, en réalité, à celle-ci. Les conclusions de la société ADR doivent donc être regardées comme tendant à faire juger que la résiliation est intervenue aux torts du maître d'ouvrage. La fin de non-recevoir opposée en défense sera, par suite, écartée.

En ce qui concerne l'irrecevabilité des conclusions tirée de la tardiveté :

4. Le CNC soutient, dans l'instance n° 1917607, que les conclusions dirigées contre la décision du 16 avril 2019 et celle du 21 juin 2019 rejetant le recours préalable formé par la société ADR le 20 mai 2019, sont tardives, au motif que la décision du 21 juin 2019 doit s'analyser comme un recours gracieux, insusceptible de proroger le délai de deux mois pour contester une décision de résiliation. Cependant, ce délai n'est opposable qu'à l'encontre de conclusions visant aussi à obtenir la reprise des relations contractuelles. Mais, dès lors que la société ADR ne sollicite nullement la reprise des relations contractuelles, ainsi qu'il vient d'être dit, mais la condamnation du CNC, le délai de deux mois ne court donc qu'à compter du rejet du mémoire de réclamation du 20 mai 2019, intervenu le 21 juin 2019. Les requêtes, introduites les 25 juin 2019 et 9 août 2019, ne sont donc pas tardives.

En ce qui concerne l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires prématurées :

5. Le CNC soutient, enfin, que les conclusions indemnitaires sont prématurées, au motif que la décision de rejet qu'il a opposée le 21 juin 2019 à la demande de la société ADP n'a pas été attaquée dans la requête n° 1913704 introduite le 25 juin 2019 et en veut pour preuve l'introduction de la seconde requête n° 1917607, introduite le 9 août 2019.

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. Le délai prévu au premier alinéa n'est pas applicable à la contestation des mesures prises pour l'exécution d'un contrat. " Les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision. En l'espèce, la décision du

21 juin 2019 rejetant la réclamation préalable a été prise, par le CNC, avant l'introduction des deux requêtes. En tout état de cause, le caractère prématuré de conclusions indemnitaires se régularise en cours d'instance par l'intervention d'une décision de rejet de la demande indemnitaire préalable. La fin de non-recevoir tirée du caractère prématuré des conclusions indemnitaires doit donc être écartée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées en défense doivent être écartées.

Sur le bien-fondé de la décision de résiliation :

8. Il résulte des principes généraux régissant les contrats administratifs que seule une faute d'une gravité suffisante est de nature à justifier la résiliation d'un marché public pour faute aux torts et risques de son titulaire. Il appartient ainsi au juge du contrat d'apprécier, en fonction des circonstances propres à chaque espèce, si la gravité du manquement est suffisante pour justifier la résiliation.

9. Il résulte de l'instruction que la décision de résiliation du contrat conclu avec la société ADR se fonde, en premier lieu, sur des difficultés à établir les comptes du marché. Le CNC conteste la proposition du décompte général, au motif que les décisions de réception partielle du 27 juillet 2018 pour le bâtiment A et de réception du 4 octobre 2018 pour les bâtiments A, B et C ont été prises avec des réserves et sous condition d'exécution des travaux et prestations énumérés dans les documents joints en annexe. Le CNC reproche, en deuxième lieu, à la société ADR de ne pas avoir signé les propositions d'avenant n° 2 et 3, reçues respectivement aux mois d'août et d'octobre 2018 pour intégrer des travaux supplémentaires demandés par ordres de service. Selon le CNC, les devis supplémentaires que la société la société ADR lui reproche de ne pas avoir inclus dans ces avenants ne sont justifiés par aucun ordre de service. Le CNC fonde, en troisième lieu, sa décision sur l'absence de levée des réserves. Il indique ainsi qu'un mois après la date de notification de la décision de réception, soit le 5 novembre 2018, les réserves n'étaient toujours pas levées et que, malgré la mise en demeure du 19 novembre 2018, la société ADR n'a pas procédé à la levée effective de toutes ses réserves. Le CNC invoque également l'absence de calendrier d'intervention nécessaire pour intervenir dans la grande salle de projection, déjà mise en fonctionnement, et indique que la levée des réserves a été organisée au cours de deux réunions des 28 février et 8 mars 2019 mais que les réserves n'ont pas été levées en raison du refus de la société ADR de signer le procès-verbal de levée desdites réserves. Le CNC considère aussi que les propositions de reprises des malfaçons affectant la grande salle de projection sont insuffisantes et en conclut que la société ADR est défaillante dans l'exécution de son contrat et dans la levée des réserves restantes, faute pour elle de pouvoir exploiter ses locaux, et plus particulièrement la grande salle de projection.

10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société ADR a effectivement refusé de signer les avenants n° 2 et 3 qui avaient pour objet de régulariser les ordres de service (OS) n° 7 à 23, portant sur des travaux supplémentaires, au motif que le CNC n'a pas pris en compte les conséquences financières des retards du chantier dont elle le rend responsable. Toutefois, le CNC ne fait valoir aucune conséquence de ce refus de signature, autre que celle de ne pouvoir établir les comptes. En outre, la seule circonstance que la société ADR a demandé à ce que soient comptabilisés des devis supplémentaires ne constitue pas un manquement à ses obligations contractuelles mais une contestation relative à l'exécution du contrat.

11. En second lieu, s'agissant des réserves constatées à la réception des bâtiments et des travaux énumérés dans les documents joints en annexe, le CNC ne précise, dans sa décision, ni la nature ni l'étendue des réserves concernées. Il n'invoque, en effet, explicitement que les malfaçons qui affectent la grande salle de projection et produit en annexe un devis d'une société pour la seule reprise des malfaçons concernant cette salle.

12. Il résulte de l'instruction qu'au stade de l'établissement du procès-verbal de levée des réserves, le 8 mars 2019, en présence du maître d'ouvrage, le maître d'œuvre a coché la case selon laquelle les travaux ayant fait l'objet de réserves ont été exécutés et que les ouvrages sont conformes aux spécifications du marché public, à l'exception des imperfections ou malfaçons indiquées à l'annexe 1 jointe, qui n'ont pas été corrigées. Le CNC reproche, à cet égard, à la société ADR de n'avoir pas signé l'EXE8, ce qui l'a empêché de lui faire parvenir l'EXE9 concernant la levée des réserves. Ce faisant, le maître d'ouvrage semble considérer que les travaux étaient terminés à cette date, sauf pour la grande salle de projection. En tout état de cause, le refus de signer le procès-verbal de levée des réserves ne constitue pas une faute de nature à justifier la résiliation.

13. La société requérante soutient, quant à elle, que les réserves ne lui sont pas opposables, dès lors que s'agissant du bâtiment A, les réserves jointes au procès-verbal de réception partielle du 26 juin 2018 n'ont pas été jointes au procès-verbal de réception du

14 septembre 2018 et que les réserves concernant les bâtiments B et C annexées à la proposition de réception du maître d'œuvre n'ont pas été reprises au procès-verbal de réception du

14 septembre 2018. Les écritures des parties, en dépit de leur caractère pléthorique, ne permettent pas d'identifier de façon certaine la nature et l'étendue des réserves qui restaient à lever postérieurement à la réception du 14 septembre 2018, la divergence entre elles sur la ou les annexes à ce document persistant. Les seules malfaçons ou inexécutions qui peuvent être reprochées à la société ADR sont, en effet, celles figurant de façon certaine en annexe du

procès-verbal de réception du 14 septembre 2018. En tout état de cause, la décision de résiliation ne fait état que des malfaçons et travaux inexécutés qui affecteraient la grande salle de projection.

14. Pour ce qui concerne la grande salle de projection, la société requérante conteste les malfaçons concernant la pose des cadres de fixation et des tissus et l'alignement des cadres et panneaux en faisant valoir qu'il y a seulement des panneaux à retendre. Il résulte cependant du procès-verbal du constat d'huissier de résiliation, établi le 29 avril 2019, que les malfaçons importantes constatées dans la grande salle de projection existaient toujours à cette date : les panneaux de bois ayant été mal posés et les tissus mal tendus et les panneaux et tissus n'étant pas alignés en plusieurs endroits. La société requérante ne saurait utilement soutenir qu'elle n'a pu remédier aux malfaçons concernant la grande salle de projection, occupée dès le 13 août 2018, au motif que l'accès lui en aurait été interdit par un courrier du CNC du

5 février 2019, dès lors qu'elle n'avait pas fourni le planning d'intervention qui lui avait été demandé par le CNC pour intervenir en site occupé. Elle n'est pas davantage fondée à soutenir que les malfaçons en question auraient été formulées en termes vagues, qui ne lui auraient pas permis de savoir quels travaux entreprendre. Dans ces conditions, la requérante n'a pas rempli ses obligations contractuelles concernant la grande salle de projection.

15. Cependant, nonobstant les imperfections et malfaçons concernant la grande salle de projection, il résulte de l'instruction que le CNC a pu l'exploiter depuis la réception des travaux en date du 14 septembre 2018 et ne produit aucun document de nature à établir que les projections et autres activités du CNC n'auraient pu s'y dérouler. Si le CNC indique que la grande salle de projection, est emblématique et d'une importance cruciale pour l'image de marque du CNC, que la continuité du service public a été compromise et qu'il a été gêné de présenter cette salle avec des finitions non réalisées, ces affirmations ne sont étayées par aucune pièce du dossier. Aucun des documents contractuels ne mentionne, au demeurant, l'importance de la grande salle de projection par rapport aux autres prestations du lot 8. Les travaux relatifs à la grande salle de projection ne constituent, au vu des pièces, qu'un élément du lot n° 8 des travaux. En effet, ce dernier comprend, ainsi qu'il est indiqué dans le cahier des clauses techniques particulières, l'aménagement du hall d'entrée d'immeuble, des espaces de détente et du restaurant, les consoles café, les casiers en partie haute des espaces de reprographie, l'agencement du bureau des projectionnistes, les banquettes, les placards dans la salle de réunion du niveau R-1, les placards dans la salle de réunion du niveau R+4, les plans de travail, les meubles du bureau de la présidence au niveau R+8, les placards dressing et la kitchenette dans la pièce du bureau L.803a à l'étage R+8, les placards au niveau R+9, les caches radiateurs, les meubles plan vasque et les miroirs des sanitaires, les habillages muraux en bois, les habillages muraux en textile, les niches d'extincteurs et encadrements des portes d'ascenseurs sur les paliers d'étages, le traitement des murs des petites salles de projection et de la grande salle de projection, le bardage sur façades de la cabine de projection de la grande salle, les bloc-porte battants à deux vantaux et va-et-vient avec la finition en placage bois, les blocs-portes battants des salles de réunion au niveau R+4 avec finition en placage bois, les blocs-portes battants des locaux de direction au niveau R+8 et enfin l'adaptation des " compactus " archives. Dans l'acte d'engagement, le traitement de la grande salle de projection est arrêté à un prix de 64 745,82 euros HT, sur un montant total de 769 481,90 euros HT, soit pour l'ensemble du lot 8, objet de l'exécution du marché litigieuse, 8,4% du montant total dudit marché. Ainsi, s'il est indéniable que la société ADR n'a pas effectué les travaux nécessaires pour remédier aux malfaçons et défauts de finition concernant la grande salle de projection, il ne résulte pas de l'instruction que les manquements reprochés, alors que les travaux ont été réceptionnés, seraient, pour toutes les raisons ci-dessus exposées, d'une gravité suffisante susceptible de justifier la décision de résiliation du marché aux frais et risques d'ADR. Il suit de là que la résiliation revêt donc un caractère disproportionné et, par suite, non fondé.

Sur la responsabilité du CNC :

16. En premier lieu, la société requérante soutient que le CNC n'a pas respecté les délais contractuels, en particulier la durée du marché. Elle fait valoir que le calendrier de l'opération n'a pas été respecté, ce qui a entraîné un retard dans la réalisation de ses travaux, dès lors que les travaux relatifs au lot d'agencement ne pouvaient intervenir qu'après que le gros œuvre et les corps techniques ont fini l'exécution de leurs travaux.

17. Il résulte de l'acte d'engagement que la durée d'exécution du marché est de 24 mois, à compter de la date de la notification du marché, soit le 10 avril 2017. En outre, aux termes de l'article 4 du cahier des clauses administratives particulière : " La durée du marché s'étend de la date de notification à la fin de la période de parfait achèvement () La durée prévisionnelle du marché est fixée à 24 mois. Le délai d'exécution des travaux, tout corps d'Etat confondus est fixé à 12 mois à compter de la date spécifiée sur l'ordre de service prescrivant le démarrage des études et des travaux (y compris 20 jours de préparation de chantier). La date prévisionnelle d'exécution des travaux est fixée au 14 avril 2017 ". Aux termes de l'article 12.1 du CCAP : " Le délai global d'exécution est fixé dans l'acte d'engagement ". Aux termes de l'article 12.2 du CCAP : " Par dérogation au 19.1.1 alinéa 1 du CCAG travaux, un ordre de service prescrit le démarrage global (études + travaux) des travaux. Ce délai d'exécution est confirmé ou modifié pendant la période de préparation du chantier dans les conditions prévues dans les articles suivants du présent document ". Aux termes de l'article 12.3 du CCAP : " Le calendrier des travaux a été établi préalablement à la notification du marché. Il correspond au délai global des travaux, tout lot confondu () Par dérogation à l'article 19.1.4 du CCAG travaux, le calendrier prévisionnel des travaux n'est pas annexé à l'acte d'engagement ". Aux termes de l'article 12-4 du CCAP : " Pendant la période de préparation, le calendrier détaillé des travaux est établi par le pilote en collaboration avec le titulaire. Il doit respecter le calendrier global et les délais partiels du calendrier des travaux. Pour cela, le titulaire doit communiquer au pilote les renseignements qui lui sont nécessaires pour établir ce calendrier. () le titulaire doit fournir au pilote tous les éléments qui lui permettent d'établir ce document, et ce dans les délais impartis. A défaut, le titulaire est pénalisé. Ce calendrier est ensuite notifié au titulaire par ordre de service. Il devient alors contractuel et se substitue au calendrier prévisionnel des travaux ". Aux termes de l'article 12.6 du CCAP : " Les dispositions de l'article 19.2 du CCAG travaux s'appliquent. Ainsi, notamment, en application de l'article 19.2.1 du CCAG travaux, en dehors des cas prévus aux article 19.2.2 et 19.2.3, la prolongation du délai d'exécution ne peut résulter que d'un avenant. Le délai d'exécution des travaux supplémentaires est compris dans le délai global d'exécution des études et des travaux, sauf disposition contraire de l'ordre de service ou, le cas échéant, de l'avenant.() " Aux termes de l'article 8 du CCAP " Les OS prescrivent notamment la date du commencement des travaux ou la modification du délai d'exécution, l'interruption ou l'ajournement des travaux () " Aux termes de l'article 19.1.1 du CCAG travaux : " En dehors des tranches conditionnelles, le titulaire ne peut se prévaloir d'aucun préjudice si la date, fixée par ordre de service, pour le début de la période de préparation lorsqu'il en existe une, ou de début d'exécution des travaux n'est pas postérieure de plus de six mois à celle de la notification du marché ".

18. Il résulte de l'instruction que le CNC a prescrit, par l'OS n° 1, le démarrage des études, préparation et travaux au 18 avril 2017 et a fixé la fin des travaux au 31 mars 2018, soit une durée inférieure aux 12 mois prévus contractuellement. Par OS n° 2 du 8 août 2017, il a arrêté le planning d'exécution des travaux entre le 31 octobre 2017 et le 30 mars 2018 en fournissant à la société ADR le planning d'exécution devenu contractuel. En outre, par OS n° 17, du 13 juillet 2018 portant sur la prolongation des délais, le CNC a informé rétroactivement l'entreprise que le bâtiment A devait être achevé le 29 juin 2018 et que les bâtiments B et C devaient être achevés le 31 juillet 2018. La société ADR n'a pas signé cet OS. Enfin, par un OS n° 19 du 29 août 2018 portant également sur la prolongation de délai, la société ADR a été informée de la mise à disposition du bâtiment A pour le maître d'ouvrage à partir du

29 juin 2018 et la prolongation des travaux pour les bâtiments B et C, jusqu'au

14 septembre 2018. La requérante l'a signé en l'assortissant des réserves relatives au délai de livraison des cuirs et tissus pour les banquettes, ainsi que du manque de tissus acoustiques dans la petite salle de projection et dans des espaces de circulation du niveau -2. Ainsi, la société requérante est fondée à soutenir que le CNC n'a pas respecté la durée contractuelle du marché prévue originellement.

19. Si le CNC reconnaît, en deuxième lieu, ne pas avoir intégré les prestations de la requérante dans le calendrier prévisionnel initial, au motif que le lot agencement n'était pas une tâche principale, le planning de l'opération était annexé à l'OS n° 2 du 8 août 2017 qui arrête le planning d'intervention du lot n°8 du 31 octobre 2017 au 30 mars 2018. La société ADR a remis son planning d'intervention le 16 juin 2017 et des plans qui ont été visés le 13 juillet 2017. Elle a indiqué, dès le 16 juillet 2017 par un courriel, qu'en l'attente du plan de cloisonnements, elle proposait de mettre en fabrication les différents éléments, sans relevés de cotes, ce qui n'a pas été accepté le maître d'œuvre. Elle a rendu ses plans d'exécution en décembre 2017, qui ont été visés par le maître d'œuvre le 11 décembre 2017, n'ayant pu, selon elle, disposer du plan de cloisonnements qu'à l'automne 2017. Elle fait encore valoir qu'elle n'a pas pu intervenir avant mars 2018, faute pour les autres corps de métier d'avoir terminé leurs travaux, en particulier la pose des revêtements de sol, des cloisons et de la peinture, notamment pour mettre en œuvre l'ensemble des dormants.

20. Il résulte de l'instruction, et en particulier du compte-rendu de réunion de chantier n° 25 du 21 novembre 2017, que plusieurs lots dont le gros œuvre et des lots d'électricité, de carrelage et de menuiserie intérieure accusaient un retard, respectivement de

60 jours, 105 jours et 21 jours. En se bornant à indiquer que la requérante n'a pas produit les plans et plannings dans les délais requis, le CNC ne conteste pas utilement que les ateliers ADR ont été retardés pour les établir, faute de pouvoir relever les cotes. Si les compte-rendu de chantier n° 12 et n° 13 des 30 mars 2018 et 6 avril 2018 font apparaître que les travaux au

sous-sol se trouvent au stade au gros œuvre, ils démontrent que, s'agissant du bâtiment A et des menuiseries en particulier, seules des reprises sont à faire sur plusieurs étages. Aucun des éléments figurant dans ces documents n'est de nature à établir que la société ADR n'aurait pu exécuter ses travaux dans ce bâtiment. Le constat d'huissier établi le 17 mai 2018 démontre que les travaux sont avancés, c'est-à-dire que, globalement, les sols sont plans et lisses, les carreaux sont posés au sol dans les sanitaires, de même que les plans vasques. A ce stade, la société ADR indique qu'elle va installer les cache-radiateurs et que les pierres sur les plans vasques sur mesures nécessitent un délai 4 à 6 semaines de fabrication. Cependant, au niveau R+1 et au rez-de-chaussée, les cloisons sont à l'état brut. Le constat d'huissier du 22 mai 2018 mentionne que plusieurs cache-radiateurs et quincailleries de portes ne sont pas installés, il indique aussi qu'au rez-de-chaussée, il n'y a pas de cloisons et qu'au sous-sol (R-1), les sols sont à l'état brut et qu'il y pas de cloisons. En outre, les réserves indiquées sur l'OS n° 19 du 29 août 2018 constatent aussi un retard de livraison. La requérante ne produit cependant aucune justification de ce retard de production. Elle ne saurait pas davantage justifier l'effectif insuffisant de personnel présent sur le chantier, situation qui lui a été signalée depuis le mois février 2018 et à plusieurs reprises de mai à août 2018. Les retards dans l'exécution des travaux ne sauraient ainsi être imputés aux seules difficultés du CNC à faire respecter le calendrier d'exécution des autres lots. Et ainsi qu'il a été exposé plus haut, les travaux ont néanmoins été réceptionnés avec réserves le

14 septembre 2018.

21. En troisième lieu, la société requérante fait valoir que le CNC ne pouvait prononcer une réception partielle, comme il l'a fait pour le bâtiment A, sans méconnaître le CCAP. La société ADR fait également valoir que l'occupation des locaux par le CNC a aggravé ses conditions de réalisation des ouvrages en site occupé. Aux termes de l'article 14.6 du CCAP : " La réception est unique pour l'ensemble des ouvrages. Aucune réception partielle n'est prévue par le maître d'ouvrage ". En outre, l'article 4 du CCAP prévoit une durée du marché unique de 24 mois, avec une durée d'exécution, tous corps d'Etat confondus, d'une durée de 12 mois. L'acte d'engagement prévoit aussi une durée de 24 mois. Dans ces conditions, le CNC ne pouvait, sans méconnaître les stipulations contractuelles, procéder à une réception partielle concernant le bâtiment A. La réception du bâtiment A doit donc être fixée au 14 septembre 2018, date de la réception de tous les bâtiments. En revanche, en se bornant à indiquer, sans en justifier, qu'elle a dû travailler en horaires décalés, qu'elle a dû solliciter des autorisations pour intervenir et qu'elle ne disposait pas de suffisamment d'espaces de travail et de stockage, la société requérante n'apporte aucun élément de nature à établir que l'exécution de ses travaux aurait été rendue plus difficile ou retardée.

22. En quatrième lieu, la société ADR fait valoir que le retard dans l'exécution du calendrier du marché et l'occupation partielle des locaux ont entraîné une situation de co-activité sur le chantier, qui a retardé l'exécution de ses propres travaux. S'il est indéniable que plusieurs corps de métiers assurant l'exécution des travaux de plusieurs lots sont intervenus sur le chantier de façon concomitante, et qu'en particulier, certains travaux de gros œuvre ou assurés par des corps techniques n'étaient pas achevés quand la société ADR a commencé à intervenir, elle ne justifie pas que cette situation aurait entraîné des retards pour elle, autres que ceux qui ont été exposés ci-dessus. Il résulte de ce qui précède que tant la société ADR que le CNC ont chacune une part de responsabilité dans les difficultés pour mener à bien l'exécution du marché.

Sur l'établissement du décompte de liquidation :

23. Aux termes de l'article 47.2.1 du CCAG travaux : " En cas de résiliation du marché, une liquidation des comptes est effectuée. Le décompte de liquidation du marché, qui se substitue au décompte général prévu à l'article 13.4.2, est arrêté par décision du représentant du pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire ". Aux termes de son article 47.2.2 : " Le décompte de liquidation comprend : a) Au débit du titulaire : - le montant des sommes versées à titre d'avance et d'acompte ; - la valeur, fixée par le marché et ses avenants éventuels, des moyens confiés au titulaire que celui-ci ne peut restituer ainsi que la valeur de reprise des moyens que le pouvoir adjudicateur cède à l'amiable au titulaire ; - le montant des pénalités ; - le cas échéant, le supplément des dépenses résultant de la passation d'un marché aux frais et risques du titulaire dans les conditions fixées à l'article 48. b) Au crédit du titulaire : - la valeur contractuelle des travaux exécutés, y compris, s'il y a lieu, les intérêts moratoires ; - le montant des rachats ou locations résultant de l'application de l'article 47.1.3 ; - le cas échéant, le montant des indemnités résultant de l'application des articles 46.2 et 46.4. " Aux termes de l'article 47.2.3 du même CCAG : " Le décompte de liquidation est notifié au titulaire par le pouvoir adjudicateur, au plus tard deux mois suivant la date de signature du procès-verbal prévu à l'article 47.1.1. Cependant, lorsque le marché est résilié aux frais et risques du titulaire, le décompte de liquidation du marché résilié ne sera notifié au titulaire qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux. Dans ce cas, il peut être procédé à une liquidation provisoire du marché, dans le respect de la règlementation en vigueur ".

En ce qui concerne le montant du marché :

S'agissant de l'erreur sur l'avenant n°2 rectifiée sur l'avenant n° 3 :

24. La requérante soutient qu'une somme de 1 453,20 euros HT n'aurait pas été prise en compte en raison d'une erreur figurant dans l'avenant n° 2 concernant l'OS n° 11. Sur l'avenant n°2, l'OS n° 11, a été repris par erreur pour son montant TTC de 8 719,20 euros. Cette erreur a été rectifiée sur l'avenant n° 3, où figure le montant HT de 7 266 euros, tel qu'il figure effectivement sur l'OS n° 11. Toutefois, le montant TTC de cette somme s'élève bien à 8 719,20 euros et non à 8 516,48 euros TTC, comme il est indiqué dans l'avenant n° 3. Il y a donc lieu de rajouter la différence, soit la somme de 202,72 euros de TVA, au montant des travaux.

S'agissant de la révision des prix :

25. Il y a lieu de retenir la révision du prix telle qu'elle figure déjà dans le montant du marché, à savoir 18 278,58 euros et non les 18 889,96 euros demandés par la société requérante, étant donné que la différence entre le montant du marché de base et l'erreur figurant sur l'avenant n° 2 n'est que de 202,72 euros.

S'agissant du paiement du solde des travaux :

26. La société ADR soutient que le solde restant dû du marché de base, d'un montant de 185 161,18 euros HT, soit 222 193,42 euros TTC ne lui a pas été réglé. Elle soutient que des intérêts moratoires sont dus à raison de l'absence de paiement de ces sommes, d'un montant de 11 013,96 euros. Le montant total du marché de base est la somme du montant contractuel de départ du marché, de 769 481,90 euros HT, des avenants n° 1, d'un montant de 74 875,23 euros HT, n° 2, de 18 335,9 euros HT et n° 3, d'un montant de 27 051,53 euros HT, soit 889 744,56 euros. La différence entre le montant du marché, de 889 744,56 euros HT et le cumul antérieur de 722 861,96 euros HT est bien de 185 161,18 euros HT solde également retenu par le CNC. Cependant, contrairement à ce que soutient la requérante, et ainsi qu'il a été dit ci-dessus au paragraphe 24, il n'y a pas lieu de rajouter à ce total le montant de 1 453,20 euros correspondant à la correction de l'avenant n'°2, qui n'a pas lieu d'être et qui le porterait à 19 789,10 euros. Le solde restant dû par le CNC est donc de 222 193,42 euros TTC, auquel il convient d'ajouter un montant de 202,72 euros, soit un total de 222 396,14 euros TTC.

S'agissant de la prise en compte des devis pour travaux supplémentaires :

27. La requérante fait valoir que le montant des travaux doit être augmenté des devis qui n'ont pas été pris en compte alors qu'ils correspondaient à des travaux supplémentaires nécessaires à la bonne exécution du chantier, pour une somme totale de 51 524,95 euros selon le mémoire récapitulatif, qui auraient dû être pris en compte dans l'avenant n° 2. Il n'est cependant pas établi que ces travaux ont été demandés par des ordres de service réguliers. En outre, les travaux supplémentaires ne peuvent être indemnisés que s'ils ont été indispensables à la bonne exécution de l'ouvrage dans les règles de l'art ce qui n'est pas établi en l'espèce. L'indemnisation des travaux accomplis sans ordre de service régulier et seulement utiles au maître d'ouvrage est possible, mais seules sont alors indemnisées les dépenses utiles à l'exclusion de tout bénéfice. En l'espèce, s'agissant des devis litigieux, les pièces produites au dossier ne permettent pas de constater que ces conditions sont remplies. La demande de prise en compte de ces devis sera donc rejetée.

En ce qui concerne les préjudices subis par la société ADR :

S'agissant des préjudices liés à la résiliation irrégulière du marché :

28. La société ADR demande un montant de frais de résiliation de 7 484,33 euros HT, soit 10% de la décomposition du prix global et forfaitaire figurant dans l'acte d'engagement et correspondant aux n° 01.20 traitement de la grande salle de projection et 01.21 bardage sur façade de la cabine de projection grande salle. Il y a lieu de lui accorder cette somme.

29. Elle demande aussi le remboursement de frais d'avocat pour un montant total de 20 000 euros, de frais d'expertise pour un montant total de 10 000 euros HT et de frais d'huissier, pour un montant de 1 777,68 euros. Les frais d'avocat ne peuvent donner lieu à une indemnisation car le préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputé intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative De même les frais d'huissier qui n'entrent pas dans le champ des dépens peuvent être mis à la charge de la partie perdante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, ce qui fait obstacle à leur indemnisation au titre d'un quelconque préjudice. Enfin, aucun élément sur les frais d'expertise ne figure au dossier.

S'agissant des préjudices liés à la co-activité, à la désorganisation et au retard du chantier :

30. La requérante demande le remboursement du montant des sommes qu'elle estime avoir engagées en raison de ces différents dysfonctionnements du chantier à la somme de 190 607,08 euros HT. Elle estime également le non amortissement de frais généraux à la somme de 39 547,07 euros et les frais supplémentaires de prorata à la somme de 7 255,12 euros. Cependant, ainsi qu'il a été dit plus haut la société ADR a elle-même pris du retard sur le chantier, dès lors qu'elle n'a pas effectué certaines commandes de matériel dans les temps qui lui étaient impartis et n'a pas mobilisé suffisamment de personnels pour faire avancer l'exécution des travaux, alors que cette demande lui a été formulée à de nombreuses reprises, que ce soit par courriels ou lors des réunions de chantier. Par conséquent, la réalité des préjudices allégués n'est pas établie.

S'agissant du paiement des intérêts moratoires pour absence de paiement des situations de travaux :

31. Aux termes de l'article 11.2.3 du CCAP : " Le titulaire reçoit du maître d'ouvrage des acomptes mensuels sur la base de l'avancement réel des travaux le jour de l'établissement de la demande () " Le titulaire fera parvenir une demande de décompte chaque mois () Aux termes de l'article 11.2.4 du CCAP : " Le maître d'ouvrage procède au paiement de l'acompte mensuel ou de l'acompte final dans un délai de 30 jours à compter de la demande d'acompte () Le dépassement du délai de paiement ouvre de plein droit et sans autre formalité, pour le titulaire du marché ou le sous-traitant payé directement, le bénéfice d'intérêts moratoire à compter du jour suivant l'expiration du délai global de paiement et jusqu'à la date de mise en paiement du principal ()

32. La requérante fait valoir que des intérêts moratoires sont dus en raison de l'absence de paiement du solde du marché de 222 193,42 euros TTC, d'un montant total de 11 013,96 euros. Toutefois, la société ADR ne produit aucun justificatif quant au montant retenu ni aucun calendrier. En particulier, elle ne fournit aucune explication quant à l'articulation entre le solde total du marché restant dû et les situations de travaux dont le total dépasse ce montant. En effet, les situations d'août 2018, pour un montant de 99 942,85 euros HT, adressée au CNC le 31 août 2018, de septembre 2018, d'un montant de de 201 609, 17 euros HT adressée au CNC le 25 septembre 2018, et de novembre, d'un montant de 59 968,61 euros, adressée le

30 novembre 2018, dont elle indique qu'elles ne lui ont pas été réglées, même si la situation de travaux du mois de septembre 2018 incluait celle du mois d'août 2018, ne correspondent pas au solde du marché. Dans ces conditions, la somme réclamée au titre des intérêts moratoires ne saurait être prise en compte.

En ce qui concerne les pénalités et dépenses dont le paiement est réclamé par le CNC :

S'agissant des pénalités pour retard des travaux et de sécurité :

33. Le CNC entend appliquer à la requérante des pénalités de retard de travaux, pour un montant de 94 312,920 euros. Cependant, ainsi qu'il a déjà été dit ci-dessus, le CNC a allongé la durée d'exécution des travaux au-delà de 12 mois et a prononcé une réception partielle des travaux avec occupation des lieux pour le bâtiment A, alors que le CCAP excluait une telle possibilité. Il n'apporte pas d'éléments suffisants pour établir que les retards constatés dans l'exécution des travaux de la société ADR, dont le lot d'agencement intervenait nécessairement à la fin du chantier, et alors qu'une réception unique a été organisée pour tous les lots, seraient dus exclusivement et principalement à la société ADR. En outre, les travaux ont été réceptionnés, ainsi qu'indiqué ci-dessus, partiellement le 26 juin 2018 pour le bâtiment A et le

4 septembre 2018 pour les bâtiments A, B et C, sans que le CNC, qui n'a produit aucun élément sur l'exécution des travaux concernant les autres lots, ne puisse établir qu'un retard dans ces dates de réception serait imputable à la société ADR. S'agissant de la pénalité de 2 000 euros pour manquement aux règles de sécurité, elle est établie par mention sur un procès-verbal de chantier.

S'agissant des pénalités pour retard de levée des réserves :

34. Aux termes de l'article 12.8.3 du CCAP : " Dans le cas où les réserves de réception ne seraient pas levées dans le délai d'un mois à compter de la réception des ouvrages par le maître d'ouvrage, des pénalités de retard sont appliquées et leur montant par jour calendaire s'élèvera à 1/1 000 du montant du marché global du titulaire. Elles sont appliquées tant que les réserves ne sont pas toutes levées et leur levée validée par la maîtrise d'œuvre ".

35. Le CNC réclame le paiement d'une somme de 587 231,41 euros pour retard de levée des réserves, qu'il fait courir du 4 novembre 2018 au 24 août 2020. Comme il a été dit supra, les travaux et prestations ayant fait l'objet des réserves ont été exécutés, ne laissant subsister que des imperfections et des malfaçons, ainsi que l'a validé le maître d'œuvre dans le procès-verbal de levée des réserves du 8 mars 2019. La société ADR n'apporte pas d'éléments précis de nature à établir que, comme elle le prétend, toutes les réserves auraient été levées le

4 novembre 2018 et elle n'a pas signé le procès-verbal de levée des réserves. Par conséquent, les pénalités pour retard de levée des réserves s'appliquent du 4 novembre 2018 au 16 avril 2019, date de la résiliation soit sur une durée de 156 jours. Le CNC est, en conséquence, seulement fondé à demander le paiement de la somme de 120 039,17 euros au titre des pénalités pour retard de levée des réserves.

S'agissant des dépenses occasionnées par le nouveau marché :

36. La résiliation étant irrégulière, ainsi que cela a été dit ci-dessus, les dépenses de 191 654,15 euros afférentes aux travaux effectués dans la grande salle de projection ne peuvent être mises à la charge de la société ADR.

En ce qui concerne montants dus au titre du décompte de résiliation définitif :

37. Il résulte de ce qui précède que le montant total des sommes inscrites à l'actif de la société ADR est de 229 880,47 euros. Le montant total des sommes inscrites au passif de la société ADR est de 122 039,17 euros. Le CNC doit, par suite, verser à la société ADR la somme de 107 841,30 euros à ce titre.

Sur les intérêts de retard et la capitalisation des intérêts :

38. La somme de 107 841,30 euros correspondant au solde du marché portera intérêt au taux légal à compter du 23 mai 2019. Les intérêts échus à la date du 23 mai 2020, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Sur les frais d'instance :

39. Il y a lieu de mettre à la charge du CNC la somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions du CNC tendant à la condamnation de la société ADR, qui n'est pas la partie perdante, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le référé provision :

40. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête en référé provision n° 2017758.

DECIDE

Article 1er : Il n'y plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête en référé provision n° 2017758.

Article 2 : Le CNC versera à la société ADR la somme de 107 841,30 euros (cent sept mille huit cent quarante et un euros et trente centimes).

Article 3 : La somme de 107 841,30 euros (cent sept mille huit cent quarante et un euros et trente centimes), correspondant au solde du marché portera intérêt au taux légal à compter du

23 mai 2019. Les intérêts échus à la date du 23 mai 2020, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : Le CNC versera à la société ADR la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions du CNC tendant à la condamnation de la société ADR sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la société ADR est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la société Ateliers de Reims et au centre national du cinéma.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente ;

- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère ;

- Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

N. BEUGELMANS-LAGANE

La présidente,

V. HERMANN JAGER,

Le greffier,

Y. FADEL

La République mande et ordonne au ministre de la culture en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2,1917607, 2017758/3-3

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