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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1918077

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1918077

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1918077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET LEMONNIER, DELION, GAYMARD, RISPAL (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 1918077, les 13 août 2019 et 16 septembre 2020, M. A C, représenté par Me Sagalovitsch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 4 avril 2019, par laquelle le directeur général du centre national d'art et de culture Georges Pompidou a rejeté sa demande tendant à obtenir la communication de la liste recensant les montants individuels d'achat des œuvres d'art contemporain acquises par le centre George Pompidou depuis le 1er janvier 2000, assortie du titre de l'œuvre, du nom de l'auteur, de sa qualité et du nom du vendeur, ensemble la décision implicite de rejet du directeur général du centre national d'art et de culture Georges Pompidou, née du silence gardé pendant deux mois à compter de la saisine de la commission d'accès aux documents administratifs intervenue le 17 avril 2019 ;

2°) d'enjoindre au directeur général du centre national d'art et de culture Georges Pompidou de lui communiquer la liste des œuvres d'art contemporain acquises par le centre national depuis le 1er janvier 2000, assortie du titre de l'œuvre, du nom de l'auteur, de sa qualité et du nom du vendeur, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le centre national Georges Pompidou tient nécessairement un registre d'acquisition des œuvres d'art contemporain, en indiquant à chaque fois l'auteur de l'œuvre, le nom du vendeur et le montant individuel d'acquisition ;

- c'est à tort que le centre national Georges Pompidou soutient que la communication des montants individuels d'achats d'œuvres, ainsi que la qualité et le nom du vendeur porterait atteinte au secret de la vie privée et au secret des affaires en vertu de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration.

- l'article L. 311-6 de ce code doit désormais être lu au regard de la loi du 30 juillet 2018 relative à la protection du secret des affaires, laquelle a modifié les dispositions de l'article L. 151-1 du code de commerce ;

- l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration est contraire aux dispositions de l'article 2 de la directive 2016/943 du 8 juin 2016 sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués contre l'obtention, l'utilisation et la divulgation illicites dès lors qu'il n'en reprend aucune des conditions cumulatives.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 24 août 2020, 4 décembre 2020 et le 25 mai 2022, le directeur général du centre national d'art et de culture Georges Pompidou, représenté par Me Delion, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le n°2013398, le 25 août 2020, M. A C, représenté par Me Sagalovitsch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 7 avril 2020 par laquelle le directeur général du centre national d'art et de culture Georges Pompidou a rejeté sa demande tendant à obtenir la communication du prix d'acquisition de l'œuvre de Xavier Veilhan intitulée " Le Rhinocéros " créée en 2000 et acquise en 2001 ;

2°) d'enjoindre au directeur général du centre national d'art et de culture Georges Pompidou de lui communiquer le prix d'acquisition de cette œuvre, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 5 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- c'est à tort que le centre national Georges Pompidou lui a refusé la communication du prix de l'œuvre de Xavier Veilhan intitulée " Le Rhinocéros " au motif d'une atteinte au secret de la vie privée et au secret des affaires, protégés à l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration.

- l'information portant sur le coût d'acquisition d'une œuvre d'art par un musée, n'entre dans aucune des trois conditions cumulatives définies par l'article L. 151-1 du code de commerce ;

- l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration est contraire aux dispositions de l'article 2 de la directive (UE) 2016/943 du 8 juin 2016 sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués contre l'obtention, l'utilisation et la divulgation illicites dès lors qu'il n'en reprend aucune des conditions cumulatives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2020, le directeur général du centre national d'art et de culture Georges Pompidou, représenté par Me Delion, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

III. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2000554, les 10 janvier et 16 septembre 2020, M. A C, représenté par Me Sagalovitsch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 24 octobre 2019 par laquelle le directeur général du centre national d'art et de culture Georges Pompidou, a rejeté sa demande tendant à obtenir la communication du prix d'acquisition de l'œuvre de Bertrand Lavier intitulée " Brandt/Haffner " créée en 1984 et acquise en 1986, ensemble la décision implicite de rejet du directeur général du centre national, née du silence gardé pendant deux mois à compter de la saisine de la commission d'accès aux documents administratifs ;

2°) d'enjoindre au directeur général du centre national d'art et de culture Georges Pompidou de lui communiquer le prix d'acquisition de cette œuvre, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 5 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- c'est à tort que le centre national Georges Pompidou lui a refusé la communication du prix de l'œuvre de Bertrand Lavier intitulée " Brandt/Haffner " au motif d'une atteinte au secret de la vie privée et au secret des affaires, protégés à l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration.

- le prix résultant de la négociation inscrit dans le marché est une information administrative communicable à tous, également lorsque la négociation porte sur le prix d'acquisition d'une œuvre d'art ;

- le prix d'acquisition qui se rapporte à un bien inaliénable qui est mis " hors du commerce " ne peut être couvert par le secret des affaires ;

- l'information portant sur le coût d'acquisition d'une œuvre d'art par un musée ne remplit aucune des trois conditions cumulatives définies par l'article L. 151-1 du code de commerce ;

- la communication du prix d'une œuvre ne permet pas de porter une appréciation ou un jugement de valeur sur l'artiste, de sorte que les dispositions de l'article L. 213-2-3 du code du patrimoine prévoyant un délai d'archivage de 50 ans sont inapplicables en l'espèce ;

- l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration est contraire aux dispositions de l'article 2 de la directive 2016/943 du 8 juin 2016 sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués contre l'obtention, l'utilisation et la divulgation illicites dès lors qu'il n'en reprend aucune des conditions cumulatives.

Par deux mémoires en défense, enregistré le 26 août et le 4 décembre 2020, le directeur général du centre national d'art et de culture Georges Pompidou, représenté par Me Delion, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- la directive (UE) 2016/943 du Parlement européen et du Conseil du 8 juin 2016 sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués contre l'obtention, l'utilisation et la divulgation illicites ;

- la loi n° 2018-670 du 30 juillet 2018 relative à la protection du secret des affaires ;

- l'arrêté du 25 mai 2004 fixant les normes techniques relatives à la tenue de l'inventaire, du registre des biens déposés dans un musée de France et au récolement ;

- le code du patrimoine ;

- le code de commerce ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,

- les observations de Me Sagalovisch, représentant M. C,

- et les observations de Me Delion, représentant le directeur général du centre national d'art et de culture Georges Pompidou.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, artiste et professeur des universités à la retraite, a sollicité auprès du centre national d'art et de culture Georges Pompidou, par courrier du 25 février 2019, réceptionné le 4 mars suivant, la communication de la liste et du prix des acquisitions d'œuvres d'art contemporain depuis le 1er janvier 2000, assortie du titre de l'œuvre, du nom de l'auteur, de sa qualité et du nom du vendeur. Une décision implicite de rejet est née le 4 avril 2019 du silence gardé sur sa demande. Par un courrier enregistré le 17 avril 2019, M. C a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) d'une demande d'avis. Par un avis n°20192189 du 12 septembre 2019, cette commission a constaté l'inexistence du document demandé. Par un courrier du 20 septembre 2019, réceptionné le 24 septembre suivant, M. C a sollicité auprès du centre national Georges Pompidou la communication du prix de l'œuvre de Bertrand Lavier intitulée " Brandt/Haffner ", créée en 1984 et acquise en 1986. Cette demande a été implicitement rejetée le 24 octobre 2019. Par un courrier enregistré le 6 novembre 2019, M. C a saisi la CADA d'une demande d'avis. Par un courrier du 5 février 2020, réceptionné le 7 février suivant, M. C a sollicité auprès du centre Georges Pompidou la communication du prix de l'œuvre de Xavier Veilhan intitulée " Le Rhinocéros ". Cette demande a été implicitement rejetée par une décision du 7 avril 2020. Par un courrier enregistré le 13 mars 2020, M. C a saisi la CADA d'une demande d'avis. Dans la présente instance, M. C demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions implicites.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 1918077, n° 2000554 et n° 2013398 présentées par M. C présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions de la requête n° 1918077 :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'État, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. (). ". Selon l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article D. 451-18 du code du patrimoine : " Est inventorié tout bien acquis à titre gratuit ou onéreux affecté aux collections du musée de France par un acte émanant de la personne morale propriétaire du bien. /

Un numéro d'inventaire est attribué à chaque bien dès son affectation. Ce numéro, identifiable sur le bien, est utilisé pour toute opération touchant le bien inventorié. Les biens dont le musée est dépositaire sont répertoriés sur un registre distinct. /

Pour les biens acquis tant à titre onéreux qu'à titre gratuit postérieurement au 5 mai 2002, l'inventaire mentionne l'acte d'acquisition, la date et le sens de l'avis de l'instance scientifique préalablement consultée conformément aux dispositions de l'article L. 451-1, ainsi que, le cas échéant, le prix d'achat et les concours publics dont l'acquisition a bénéficié. /

La personne morale propriétaire des collections d'un musée de France fait procéder en permanence par les professionnels mentionnés à l'article L. 442-8 aux opérations nécessaires au récolement des collections dont elle est propriétaire ou dépositaire et à la mise à jour de l'inventaire et du registre des dépôts. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 25 mai 2004 2004 fixant les normes techniques relatives à la tenue de l'inventaire, du registre des biens déposés dans un musée de France et au récolement : " L'inventaire des biens affectés aux collections d'un musée de France mentionné à l'article 2 du décret du 2 mai 2002 susvisé contient les rubriques définies aux annexes 1.a à 1.d du présent arrêté. ". Et aux termes de l'annexe 1 à cet arrêté : " L'inventaire comprend : / 1. Les rubriques relatives au statut juridique du bien et aux conditions de son acquisition : / Numéro d'inventaire, ainsi qu'il est décrit en annexe 2 ; / Mode d'acquisition ; / Nom du donateur, testateur ou vendeur ; / Date de l'acte d'acquisition et date d'affectation au musée ; / Avis des instances scientifiques compétentes en matière d'acquisition ; / Prix d'achat (en euros) et mention des concours publics : / acquisition subventionnée (AS) ou acquisition non subventionnée (ANS) ; / Date d'inscription au registre. () ".

5. Si une autorité administrative est tenue de communiquer les documents administratifs qu'elle détient aux personnes qui en font la demande, ce droit à communication ne s'applique toutefois qu'à des documents existants et n'a ni pour objet, ni pour effet de contraindre l'administration à établir un document qui n'existe pas, l'administration n'étant pas davantage tenue d'établir un document en vue de procurer les renseignements ou l'information souhaités. La communication d'un document inexistant est toutefois imposée, dans l'hypothèse où celui-ci peut être obtenu par un traitement automatisé d'usage courant.

6. M. C soutient que le centre national Georges Pompidou tient nécessairement un registre de l'acquisition des œuvres d'art contemporain, lequel indique à chaque fois l'auteur de l'œuvre, le nom du vendeur et le montant individuel d'acquisition, ainsi qu'en témoigne l'existence de budget annuels d'acquisition dans la plupart de ses bilans d'activité. Il soutient également que les dispositions combinées de l'article D.451-18 du code du patrimoine et de l'arrêté du 25 mai 2004 prévoient la tenue d'un inventaire pour chaque musée de France, incluant le prix d'acquisition des œuvres et que le centre national Georges Pompidou est dès lors nécessairement en possession du document demandé.

7. Il ressort des pièces du dossier que l'outil informatique interne utilisé par la cellule chargée des acquisitions du centre national Georges Pompidou, composée de trois agents, recense près de 117 885 œuvres relevant des collections nationales, parmi lesquelles ne figurent pas exclusivement des œuvres d'art contemporain, mais également des œuvres d'art moderne et des œuvres postérieures à 1960 pour la période prospective. La demande de M. C imposerait de sélectionner, parmi ces œuvres, celles acquises à compter de l'an 2000 et impliquerait de distinguer les acquisitions effectuées à titre onéreux de celles issues de dons, de legs ou de dations. Enfin, une telle recherche nécessiterait un travail important d'occultation préalable, notamment les informations couvertes par le secret de la vie privée des vendeurs et, le cas échéant, le secret industriel et commercial. Au regard de l'ensemble de ces éléments, en refusant de communiquer un document inexistant et dont la reconstitution représenterait une charge de travail manifestement déraisonnable, le centre national Georges Pompidou n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête n°1918077 doivent être rejetées.

Sur les conclusions des requêtes n° 2013398 et n°2000554 :

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions de la requête n°2013398 :

9. Aux termes de l'article R. 311-12 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé par l'administration, saisie d'une demande de communication de documents en application de l'article L. 311-1, vaut décision de refus. ". Aux termes de l'article R. 311-13 de ce code : " Le délai au terme duquel intervient la décision mentionnée à l'article R. 311-12 est d'un mois à compter de la réception de la demande par l'administration compétente. ". Et en vertu de l'article R. 343-5 de ce code : " Le délai au terme duquel intervient la décision implicite de refus mentionnée à l'article R. 343-4 est de deux mois à compter de l'enregistrement de la demande de l'intéressé par la commission. ".

10. Les décisions par lesquelles l'autorité mise en cause rejette, implicitement ou expressément, au vu de l'avis rendu par la commission d'accès aux documents administratifs, des demandes tendant à la communication de documents administratifs se substituent à celles initialement opposées au demandeur. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées, non contre la décision prise sur l'avis de la commission, mais contre la décision initiale de refus, sont irrecevables. Toutefois, s'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y a invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.

11. Les conclusions de la requête n°2013398 doivent être regardées comme tendant non pas à l'annulation de la décision implicite née le 7 avril 2020, par laquelle le directeur général du centre Georges Pompidou a refusé la communication du prix de l'œuvre de Xavier Veilhan intitulée " Le Rhinocéros ", mais comme étant dirigées contre la décision implicite de rejet née le 13 mai 2020, soit deux mois après la saisine de la CADA, en vertu des dispositions précitées de l'article R. 345-3 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration: " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret des affaires () ; 2° Portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable ; 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. () ". Et aux termes de l'article L. 213-2 du code du patrimoine : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 213-1 : / I. - Les archives publiques sont communicables de plein droit à l'expiration d'un délai de : () / 3° Cinquante ans à compter de la date du document ou du document le plus récent inclus dans le dossier, pour les documents dont la communication porte atteinte au secret de la défense nationale (). Le même délai s'applique aux documents qui portent une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable, ou qui font apparaître le comportement d'une personne dans des conditions susceptibles de lui porter préjudice. "

13. Le prix de vente des œuvres de Bertrand Lavier, intitulée " Brandt/Haffner ", et de Xavier Veilhan, intitulée " Le Rhinocéros ", acquises respectivement en 1986 et en 2001, constitue un élément d'appréciation du travail de ces deux artistes et ne peut être regardé comme étant uniquement déterminé par des critères purement objectifs liés à leur cote sur le marché de l'art, laquelle ne constitue qu'un indicateur parmi d'autres dans la politique d'acquisition d'un musée. En effet, la reconnaissance s'attachant à l'acquisition d'une œuvre par un musée de renommée internationale peut justifier que le prix de vente ne reflète pas mécaniquement celui pratiqué sur le marché de l'art, tel qu'il est connu des acteurs. Cette information est par suite susceptible d'entrer dans les exceptions prévues au 3° de l'article L. 213-2 du code du patrimoine, lesquelles sont reprises de façon identiques au 2° de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, quand bien même ces prix d'acquisition à la date où cette information serait communiquée ne représenteraient plus la cote actuelle des deux artistes concernés. Par suite, et pour ce seul motif, le centre national Georges Pompidou était fondé à refuser à M. C la communication du prix d'acquisition de ces deux œuvres.

14. En second lieu, aux termes de l'article 2 de la directive (UE) 2016/943 du 8 juin 2016 susvisée : " Aux fins de la présente directive, on entend par : / 1) " secret d'affaires ", des informations qui répondent à toutes les conditions suivantes : / a) elles sont secrètes en ce sens que, dans leur globalité ou dans la configuration et l'assemblage exacts de leurs éléments, elles ne sont pas généralement connues des personnes appartenant aux milieux qui s'occupent normalement du genre d'informations en question, ou ne leur sont pas aisément accessibles, b) elles ont une valeur commerciale parce qu'elles sont secrètes, c) elles ont fait l'objet, de la part de la personne qui en a le contrôle de façon licite, de dispositions raisonnables, compte tenu des circonstances, destinées à les garder secrètes () ". Et aux termes de l'article 5 de cette directive : " Les États membres veillent à ce qu'une demande ayant pour objet l'application des mesures, procédures et réparations prévues par la présente directive soit rejetée lorsque l'obtention, l'utilisation ou la divulgation alléguée du secret d'affaires a eu lieu dans l'une ou l'autre des circonstances suivantes : a) pour exercer le droit à la liberté d'expression et d'information établi dans la Charte, y compris le respect de la liberté et du pluralisme des médias () ".

15. M. C soutient que l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration est entaché d'inconventionnalité dès lors qu'il ne reprend pas les trois conditions cumulatives fixées par l'article 2 de la directive du 8 juin 2016 pour définir la notion de secret des affaires. Toutefois, il résulte clairement de cette directive qu'elle ne comporte pas de règle en matière d'accès aux documents administratifs. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la directive du 8 juin 2016, au demeurant transposée à l'article L. 151-1 du code de commerce, issu de l'article 1er de la loi n° 2018-670 du 30 juillet 2018 relative à la protection du secret des affaires, pour obtenir la communication des documents litigieux.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requêtes n°2013398 et n°2000554 présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés aux litiges :

17. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge du centre national Georges Pompidou les sommes demandées par M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur général du centre national d'art et de culture Georges Pompidou.

Délibéré après l'audience 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Versol, présidente,

M. Pény, premier conseiller,

M. Doan, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

F. Versol Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1918077/6-3, 2000554/6-3, 2013398/6-3

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