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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1921836

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1921836

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1921836
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantATGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2019, complétée par un mémoire enregistré le 29 juin 2021, M. A C, représenté par Me Atger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au directeur général de l'OFII de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d'une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est implicite et ne lui permet pas de connaître les motifs du refus qui lui est opposé ;

- l'OFII n'a procédé à aucun examen de vulnérabilité avant de prendre la décision attaquée ;

- la décision attaquée viole les dispositions de l'article L. 744-1 du cde de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Florence Nikolic, rapporteure publique,

- M. C et le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étaient pas présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1.M. C, ressortissant somalien né le 17 octobre 1985, a sollicité l'asile en France le 5 mars 2018. Sa demande d'asile a été placée sous procédure dite " Dublin " et le requérant a fait l'objet d'un transfert vers la Belgique, pays responsable de l'examen de sa demande. Le requérant est revenu en France et s'est de nouveau présenté en préfecture pour demander l'asile. Cette demande a été, de nouveau, placée sous procédure " Dublin " par le préfet de police, ainsi qu'il ressort de l'attestation de demande d'asile qui lui a été remise le 20 février 2019. Le 21 juin 2019, M. C a demandé à l'OFII le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision implicite l'OFII a refusé de faire droit à cette demande. Le requérant demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. S'il est constant que la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil du requérant formulée le 21 juin 2019 est restée sans réponse, il ne résulte d'aucune disposition ni principe que le directeur de l'OFII était tenu de prononcer un refus par une décision expresse. Au surplus, le requérant ne justifie ni même n'allègue avoir demandé communication des motifs de cette décision implicite. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. M. C fait valoir, par ailleurs, que la décision attaquée aurait dû être précédée d'un entretien de vulnérabilité. Or il ressort des pièces du dossier qu'il avait déjà bénéficié d'un tel entretien le 13 mars 2018 lors du premier enregistrement de sa demande d'asile en France et qu'aucune disposition n'impose la réalisation d'un nouvel entretien de vulnérabilité à l'occasion de la présentation d'une nouvelle demande d'asile, même s'il était loisible à l'OFII de le faire. Enfin, M. C conservait la possibilité, d'apporter à l'OFII tous éléments utiles sur sa situation personnelle lorsqu'il s'est présenté au guichet unique des demandeurs, antérieurement à l'édiction de la décision attaquée, et l'OFII aurait alors dû les prendre en compte au regard de son obligation d'examiner sa situation afin de prendre en compte sa vulnérabilité.

6. Aux termes d'une part de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre (). "

7. Aux termes d'autre part de l'article L. 744-8 du même code : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : () 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ". Aux termes de l'article D. 744-34 du même code : " Le versement de l'allocation prend fin, sur demande de l'Office français de l'immigration et de l'intégration : () 2° A compter de la date du transfert effectif à destination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ". Aux termes de l'article D. 744-37 du même code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : 1° En cas de demande de réexamen de la demande d'asile () ".

8.Il résulte de ces dispositions, ainsi que de celles de la directive du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, ainsi que de la décision de la Cour de justice de l'Union Européenne du 27 septembre 2012 (C. 179/11, Cimade et Gisti contre ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration), que, lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande, c'est à ce dernier de lui assurer les conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande n'ait été examinée et de présentation d'une nouvelle demande, l'Office français de l'immigration et de l'intégration peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités en charge de cette nouvelle demande décident de l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire.

9.Par ailleurs, il résulte de ces mêmes dispositions qu'un demandeur d'asile, qui a bénéficié des conditions matérielles d'accueil lors de la mise en œuvre par la France de la procédure de désignation de l'Etat membre responsable de sa demande d'asile, cesse d'en bénéficier dès son transfert vers ledit Etat membre. S'il dépose une nouvelle demande d'asile en France assortie d'une demande de bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil, cette dernière demande est nécessairement une demande de rétablissement de ces conditions matérielles d'accueil et non une nouvelle demande et, par suite, la décision de refus prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration prise à la suite de cette nouvelle demande ne peut être qu'une décision de refus de rétablissement.

10. En l'espèce l'OFII soutient que la décision de refus de rétablissement attaquée est motivée par la présentation par l'intéressé, le 20 février 2019, d'une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers la Belgique, Etat membre responsable de l'instruction de sa demande en application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé et que cette nouvelle demande a été enregistrée en procédure " Dublin ", ce qui implique que les autorités françaises n'avaient pas l'intention, à cette date, de l'examiner, étant fondées à engager une nouvelle procédure de détermination de l'Etat membre responsable de la demande d'asile de l'intéressé.

11.Par suite, M. C, qui n'établit pas, et qui ne soutient d'ailleurs même pas, qu'il aurait sollicité, à la suite de son transfert en Belgique, des autorités de ce dernier pays, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et qu'elles les lui auraient refusées, ni qu'il n'aurait pas été en mesure de contester, devant les juridictions compétentes de ce pays, une éventuelle décision de refus, ne peut dès lors soutenir qu'il appartenait aux autorités françaises de les lui rétablir à la suite de sa nouvelle présentation en préfecture le

20 février 2019, ni de faire droit à sa nouvelle demande de rétablissement en date du

21 juin 2019.

12. Par suite, la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. A C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

Le rapporteur, Le président,

M. BD

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°1921836/5-

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