vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-1922633 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | ARVIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 octobre 2019 et le 3 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Arvis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision née du silence gardé sur sa demande, reçue le 20 juin 2019, par laquelle le recteur de l'académie de Paris a refusé de lui verser une somme de 81 440 euros, augmentée des intérêts de droit à compter de la date de réception de sa demande, en réparation des préjudices résultant de la dégradation de ses conditions de travail à compter de l'année 2007, et de lui attribuer le bénéfice de la protection fonctionnelle, et la décision du 26 juin 2019 par laquelle le recteur de l'académie de Paris a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des congés de maladie qu'elle a pris depuis le 14 mars 2014 ou, à tout le moins, de lui accorder un congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter de la même date ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Paris de reconnaître l'imputabilité au service des congés de maladie qu'elle a pris depuis le 14 mars 2014 ou, à tout le moins, de lui accorder un congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter de la même date ;
3°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Paris de lui attribuer le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 81 440 euros, augmentée des intérêts de droit à compter de la date de réception de sa demande et de leur capitalisation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'administration a commis une série de fautes qui caractérise une situation de dépassement fautif du pouvoir hiérarchique et de harcèlement moral, à savoir des faits de nature à porter atteinte à son honneur, à sa dignité et à sa santé au sein du collège Gustave Flaubert depuis 2007 et plus encore en 2010-2011 qui ont fait l'objet d'une gestion inappropriée du fait de l'attitude abstentionniste du rectorat puis de l'organisation de sa mise à l'écart par l'établissement et le rectorat, avant sa mutation d'office illégale, précipitée et vexatoire au lycée Hélène Boucher où elle a rencontré de nouvelles difficultés relevant d'un acharnement du proviseur auquel se sont ajoutés une gestion fautive de sa situation administrative et de son dossier administratif, une absence vexatoire de promotion de grade et de multiples refus de mutation ;
- la décision du 26 juin 2019 refusant de reconnaître l'imputabilité au service des congés de maladie à compter du 14 mars 2014 est irrégulière faute de consultation de la commission de réforme et de rapport du médecin de prévention et en l'absence d'un médecin spécialisé en psychiatrie et de tout représentant de l'administration à la réunion de la commission de réforme du 24 juin 2019 ; elle est entachée d'une violation de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et d'une erreur d'appréciation dès lors que la perpétuation continue de ses troubles anxiodépressifs depuis leurs premières manifestations au cours de l'année 2009 est imputable à la dégradation ininterrompue de sa situation professionnelle depuis 2007, que les congés pris à compter de 2014 constituent la prolongation et une rechute des congés pris en 2011 et 2012 qui ont été reconnus imputables au service, le rapport d'expertise du 5 mars 2018 n'étant pas valable, les pièces fournies au médecin portant uniquement sur la période 2011-2012, et celui du 2 avril 2019 n'étant pas invocable car non produit ;
- la décision de rejet de sa demande de protection fonctionnelle est entachée d'une violation de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a été victime d'un harcèlement moral de la part des directions du collège Gustave Flaubert et du lycée Hélène Boucher et du rectorat de l'académie de Paris ; il appartient à ce titre au rectorat de prendre en charge l'ensemble des frais qu'elle a déboursés dans le cadre des procédures précontentieuses, contentieuses et pénales qu'elle a initiées, de veiller au respect de l'arrêté du 6 juillet 2018 lui accordant un temps partiel thérapeutique par le collège Thomas Mann où elle est affectée depuis la rentrée de septembre 2018 ;
- les fautes de l'administration lui ont causé un préjudice financier qui s'élève à la somme de 11 440 euros incluant des honoraires de consultation auprès d'un psychologue pour un montant de 5 820 euros, des frais d'hôpitaux et d'appareillage pour un montant de 520 euros, la perte de quatre journées de demi-traitement du 22 au 25 juin 2010, pour un montant de 150 euros, des frais d'avocat déboursés pour la présente procédure au stade non contentieux pour un montant de 4 950 euros, un préjudice de carrière, ses difficultés l'ayant empêchée d'accéder à la hors classe du corps des professeurs agrégés, qui peut être évalué à la somme de 10 000 euros, un préjudice de santé caractérisé par l'apparition de nombreux troubles somatiques très douloureux, qui peut être évalué à la somme de 30 000 euros ou, subsidiairement, justifie qu'une expertise soit diligentée, et un préjudice moral et d'atteinte à sa réputation professionnelle et des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence qui s'élèvent à la somme de 30 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2020, le recteur de l'académie de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par un courrier du 22 novembre 2022, les parties ont été informées que le tribunal est susceptible de substituer d'office les dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 à celles de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de cette ordonnance, qui ne sont entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique de l'Etat, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 24 février 2019, du décret n° 2019-122 du 21 février 2019, pour les seules déclarations d'accident ou de maladie professionnelle postérieures à l'entrée en vigueur de ce décret, dès lors que l'application en était manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant notamment les conditions de procédure applicables à l'octroi du nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service, que le pouvoir d'appréciation dont dispose l'autorité administrative en vertu des dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 est le même que celui dont l'investissent les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et que les garanties dont sont assortis ces textes sont similaires.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 72-580 du 4 juillet 1972 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Julinet, premier conseiller,
- les conclusions de M. Degand, rapporteur public,
- et les observations de Me Arvis, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, professeur agrégée d'histoire-géographie à Paris, affectée au collège Gustave Flaubert (13ème arrondissement) à partir du 1er septembre 1999 puis au lycée Hélène Boucher (20ème arrondissement) à partir du 1er novembre 2012, a été placée, à sa demande, en congé de maladie ordinaire le 14 mars 2014 puis du 24 mars au 9 avril 2014 et du 26 mai au 27 juin 2014, en congé de longue maladie du 1er septembre 2014 au 31 août 2015 puis en congé de longue durée du 1er septembre 2015 au 28 août 2018. Elle a repris ses fonctions au collège Thomas Mann (13ème arrondissement) où elle a obtenu sa mutation, en septembre 2018. Par un courrier du 22 août 2018 reçu le 30 août 2018, elle a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service des congés dont elle a bénéficié du 1er septembre 2014 au 28 août 2018. Par une décision du 26 juin 2019, le recteur de l'académie de Paris a rejeté sa demande. Par un nouveau courrier du 18 juin 2019 reçu le 20 juin 2019, elle a demandé, en raison des faits, caractérisant un dépassement du pouvoir hiérarchique et un harcèlement moral qu'elle estime avoir subis de 2007 à 2014 et être constitutifs d'une faute, une indemnité de 81 440 euros, la reconnaissance de l'imputabilité au service des congés dont elle a bénéficié depuis le 14 mars 2014 ou l'attribution d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter de la même date et le bénéfice de la protection fonctionnelle. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le recteur de l'académie de Paris sur cette demande et sa décision du 26 juin 2019, d'enjoindre au recteur de l'académie de Paris de reconnaître l'imputabilité au service des congés de maladie qu'elle a pris depuis le 14 mars 2014 ou, à tout le moins, de lui accorder un congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter de la même date, de lui attribuer le bénéfice de la protection fonctionnelle et de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 81 440 euros, augmentée des intérêts de droit à compter de la date de réception de sa demande et de leur capitalisation.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable à la date de la décision attaquée, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2016-483 du 20 avril 2016 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / () ". D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
3. Mme B soutient qu'elle a été victime de faits de nature à porter atteinte à son honneur, à sa dignité et à sa santé sur son lieu de travail de la part de la direction du collège Gustave Flaubert entre 2007 et 2009, notamment le retrait non motivé de certains élèves de ses classes, des intimidations, des rétentions d'informations ou des remarques sur sa vie privée, puis d'un ostracisme de la part de ses collègues et de véritables faits de violence pendant l'année 2010-2011, notamment de nombreuses dégradations de sa salle de classe et de son matériel de travail et de papiers insultants déposés dans son casier, faits à la suite desquels elle aurait été victime d'insinuations publiques de la part de la principale du collège concernant ses facultés mentales, de moqueries de la part de la direction et des équipes de la vie scolaire, et que cette situation a fait l'objet d'une gestion inappropriée par la direction du collège et le rectorat. Elle fait également valoir qu'elle a été placée et maintenue d'office en congé de maladie de manière illégale alors qu'elle n'était atteinte d'aucune maladie puis qu'elle a fait l'objet d'une mutation d'office effectuée de manière précipitée et vexatoire au lycée Hélène Boucher, où elle a été victime d'un acharnement injustifié ne s'expliquant que par la défiance que le proviseur a immédiatement nourrie à son encontre eu égard aux circonstances de sa mutation d'office en cours d'année, caractérisé en particulier par le traitement partial d'accusations infondées portées contre elle par des élèves et des parents d'élèves. Dans le même temps, le rectorat a géré sa situation administrative de manière déloyale en n'exécutant le jugement du 30 avril 2014 par lequel le tribunal a annulé, pour vice de procédure, le refus de reconnaissance de l'imputabilité au service des congés pris entre le 8 juin 2011 et le 31 janvier 2012 qu'après le prononcé le 12 octobre 2016 et la liquidation le 15 novembre 2017 d'une astreinte et en demandant à cette occasion à l'expert de se prononcer sur l'imputabilité au service des congés pris à compter du 1er septembre 2014 pour lesquels il ne disposait pas des pièces médicales, à une gestion fautive de son dossier administratif en communiquant à des tiers, en l'occurrence les services de police dans le cadre de sa plainte pour harcèlement moral et les médecins chargés de l'examiner dans le cadre de ses demandes de placement en congés de longue durée, des pièces qui auraient dû en être retirées, en lui refusant de manière vexatoire une promotion de grade à laquelle elle pouvait prétendre et en lui opposant de multiples refus de mutation qui l'ont privé de la possibilité de reprendre son activité dans des conditions adaptées à son état de santé et confirment ainsi la volonté de la maintenir à l'écart du service, revêtant ainsi le caractère d'une sanction déguisée ou, à tout le moins, d'un détournement de pouvoir.
4. Il résulte de l'instruction qu'aucun élément ne permet de tenir les faits succinctement évoqués pour les années 2007 à 2009 pour établis. Si la matérialité des faits dont Mme B a été victime en 2010-2011 est établie, la seule circonstance que leurs auteurs n'ont pas été identifiés malgré les enquêtes diligentées ne permet pas de les imputer à la direction du collège Gustave Flaubert. Si le courrier du 8 mars 2011 adressé par la principale adjointe à la principale de ce collège sous-entend, sans plus de preuves, que Mme B aurait pu en être à l'origine, ce document, pour regrettable qu'il soit, est en tout état de cause resté isolé. L'ensemble des autres pièces émanant de parents d'élèves, d'enseignants, de la principale du collège Gustave Flaubert, du proviseur du lycée Hélène Boucher et du rectorat, produits par Mme B pour établir le dénigrement et le harcèlement dont elle aurait fait l'objet, relatifs à sa manière de servir et à son comportement dans l'exercice de ses fonctions, dont aucune des pièces du dossier n'est de nature à établir qu'ils relateraient des faits matériellement inexacts et qui ne présentent ni caractère injurieux, ni caractère diffamatoire, montrent au contraire les difficultés rencontrées par Mme B dans la gestion de ses classes et les vaines tentatives de la principale du collège, du proviseur du lycée et du rectorat pour l'aider à y faire face, notamment en recadrant et sanctionnant les élèves concernés par des incidents tout en l'incitant à modifier son propre comportement, puis, face à son attitude de déni, pour protéger à la fois les élèves et la requérante. En outre, Mme B, ne produit aucun élément de nature à établir que le rejet de ses deux seules demandes de mutation, en 2010 et en 2014, n'était pas légalement justifié et il ne ressort pas plus des pièces du dossier que son affectation au lycée Hélène Boucher à la rentrée de 2012, après qu'elle a été déclarée apte à reprendre ses fonctions à l'issue de son congé de longue durée, qu'elle critique de manière un peu contradictoire, effective dès sa reprise même si elle n'a pu être formalisée qu'au 1er novembre 2012, n'était pas justifiée par l'intérêt du service. Si le délai mis par le rectorat à réexaminer sa demande de reconnaissance de l'origine professionnelle de la maladie pour laquelle elle avait été placée en congés entre le 8 juin 2011 et le 31 janvier 2012, en exécution du jugement du 30 avril 2014 qui a annulé sa décision du 21 septembre 2012 pour un vice de procédure, est regrettable, il résulte de l'instruction que ces congés ont finalement été reconnus imputables au service. Il en résulte également qu'une seule des pièces qui auraient été transmises aux services de police dans le cadre de sa plainte pour harcèlement moral et aux médecins chargés de l'examiner dans le cadre de ses demandes de placement en congés de longue durée aurait dû être retirée de son dossier. Enfin, il n'en résulte pas, par ailleurs, qu'elle pouvait alors prétendre à une promotion au grade de professeur agrégé hors classe, qu'elle a d'ailleurs obtenue en 2019.
5. Il résulte de ce qui précède que si les éléments produits par Mme B attestent de relations de travail difficiles avec ses supérieurs hiérarchiques et certains de ses collègues, elle n'apporte pas, à l'appui de ses dires, un faisceau d'indices suffisamment pertinents pour faire présumer qu'elle a été victime d'un harcèlement moral et le recteur rapporte la preuve que les faits reprochés tant à la principale du collège Gustave Flaubert et à la proviseure du lycée Hélène Boucher qu'aux services du rectorat sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement moral. Dès lors, ces agissements ne peuvent être regardés comme ayant excédé les limites de l'exercice du pouvoir hiérarchique. Par suite, les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision implicite de refus de protection fonctionnelle :
6. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () / IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ". Il résulte d'un principe général du droit que, lorsqu'un agent public est mis en cause par un tiers à raison de ses fonctions, il incombe à la collectivité dont il dépend de le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui, dans la mesure où une faute personnelle détachable du service ne lui est pas imputable, de lui accorder sa protection dans le cas où il fait l'objet de poursuites pénales, sauf s'il a commis une faute personnelle, et, à moins qu'un motif d'intérêt général ne s'y oppose, de le protéger contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont il est l'objet.
7. Il résulte de ce qui est dit aux points 3 à 5 que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision de rejet de sa demande de protection fonctionnelle est entachée d'une erreur d'appréciation. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées, de même que celles, accessoires, à fin d'injonction au recteur de l'académie de Paris de lui accorder la protection fonctionnelle.
En ce qui concerne le refus de reconnaissance d'imputabilité au service des congés de maladie :
S'agissant du fondement légal de la décision :
8. Lorsqu'il constate que la décision attaquée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
9. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat alors en vigueur, dans sa rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 : " Le fonctionnaire en activité a droit : /() / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Les dispositions du deuxième alinéa du 2° du présent article sont applicables au congé de longue maladie. () / 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. Le fonctionnaire conserve ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Si la maladie ouvrant droit à congé de longue durée a été contractée dans l'exercice des fonctions, les périodes fixées ci-dessus sont respectivement portées à cinq ans et trois ans. () ".
10. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, créé par l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017, en vigueur depuis le 21 janvier 2017 et désormais codifié à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / () / IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ".
11. Aux termes de l'article 22 du décret du 21 février 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire en congé à la suite d'un accident ou d'une maladie imputable au service continue de bénéficier de ce congé jusqu'à son terme. Toute prolongation de ce congé postérieure à l'entrée en vigueur du présent décret est accordée dans les conditions prévues au chapitre Ier. / Les conditions de forme et de délais prévues aux articles 47-2 à 47-7 du décret du 14 mars 1986 précité ne sont pas applicables aux fonctionnaires ayant déposé une déclaration d'accident ou de maladie professionnelle avant l'entrée en vigueur du présent décret. / Les délais mentionnés à l'article 47-3 du même décret courent à compter du premier jour du deuxième mois suivant la publication du présent décret lorsqu'un accident ou une maladie n'a pas fait l'objet d'une déclaration avant cette date ".
12. L'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 étant manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant notamment les conditions de procédure applicables à l'octroi du nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service, ces dispositions ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique de l'Etat, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 24 février 2019, du décret du 21 février 2019 par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que les dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 21 février 2019.
13. En outre, dès lors que les droits des agents en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie a été diagnostiquée, la situation de Mme B, dont l'état dépressif a été diagnostiqué avant le 24 février 2019 et dont la demande de reconnaissance d'imputabilité au service a été présentée avant cette date, était exclusivement régie par les conditions de forme et de fond prévues avant l'entrée en vigueur des dispositions législatives et réglementaires relatives au nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service.
14. Il ressort notamment des motifs de la décision du 26 juin 2019 que le recteur de l'académie de Paris s'est fondé sur l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie invoquée par Mme B. Il résulte de ce qui est dit aux points 9 à 11 que la décision attaquée ne peut trouver son fondement dans ces dispositions auxquelles elle se réfère. Toutefois, le pouvoir d'appréciation dont dispose l'autorité administrative en vertu des dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 est le même que celui dont l'investissent les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et les garanties dont sont assortis ces textes sont similaires. Dans ces conditions, et ainsi qu'en ont été informées les parties, il y a lieu de substituer ces dispositions à la base légale retenue par le recteur de l'académie de Paris.
S'agissant de la légalité de la décision :
15. Il résulte de l'instruction et de ce qui est dit aux points 3 à 5 que les conditions restées difficiles dans lesquelles Mme B a repris son travail à partir d'octobre 2012 au lycée Hélène Boucher ont réactivé le syndrome dépressif réactionnel reconnu imputable au service et regardé comme consolidé avec une incapacité permanente partielle de 15 %. Dès lors, Mme B est fondée à soutenir qu'en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de cette rechute, le recteur de l'académie de Paris a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du recteur de l'académie de Paris du 26 juin 2019 et, par voie de conséquence, qu'il soit enjoint au recteur de l'académie de Paris de reconnaître l'imputabilité au service des congés de maladie qu'elle a pris du 14 mars 2014 au 28 août 2018 et de reconstituer en conséquence sa situation administrative.
Sur les frais liés au litige :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du recteur de l'académie de Paris du 26 juin 2019 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Paris de reconnaître l'imputabilité au service des congés que Mme B a pris du 14 mars 2014 au 28 août 2018 et de reconstituer en conséquence sa situation administrative.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Une copie en sera adressée au recteur de la région académique Île-de-France, recteur de l'académie de Paris.
Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Blusseau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.
Le rapporteur,
S. JULINET
La présidente,
S. AUBERT La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026