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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1924822

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1924822

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1924822
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantCABINET ITINERAIRES AVOCATS - CADOZ - LACROIX - REY - VERNE (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 novembre 2019 et le 3 mars 2021, M. A B, représenté par la SELARL Itinéraires Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du ministre de l'intérieur du 28 juin 2019 portant inscription au tableau d'avancement à l'échelon exceptionnel du grade de major au titre de l'année 2019, ensemble la décision implicite de rejet de ses recours gracieux et hiérarchique ;

2°) d'annuler la décision portant nomination et affectation de M. E D à l'échelon exceptionnel du grade de major ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande et de reconstituer le tableau d'avancement à l'échelon exceptionnel du grade de major au titre de l'année 2019 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête, formée dans le délai de recours contre une décision non publiée et une autre dont la communication lui a été refusée est recevable ;

- la consultation de la commission administrative paritaire nationale est entachée d'un vice de procédure ;

- le tableau d'avancement est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des mérites comparés des candidats, en particulier des siens et de ceux de M. D.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, les conclusions relatives au tableau d'avancement pour tardiveté et celles relatives à la promotion de M. D pour défaut de production de la décision attaquée ;

- subsidiairement, les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;

- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, major de police, est affecté à la compagnie républicaine de sécurité (CRS) 56 à Montpellier où il dirige la 1ère section de protection et d'intervention de 4ème génération (1ère section SPI 4G). Il a demandé son inscription au tableau d'avancement à l'échelon exceptionnel du grade de major au titre de l'année 2019. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du ministre de l'intérieur du 28 juin 2019 portant inscription au tableau d'avancement à l'échelon exceptionnel du grade de major au titre de l'année 2019, ensemble la décision implicite de rejet de ses recours gracieux et hiérarchique et la décision portant nomination et affectation de M. E D à l'échelon exceptionnel du grade de major, et d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande et de reconstituer le tableau d'avancement au grade de major au titre de l'année 2019 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, en vigueur à la date de la décision attaquée, dans sa rédaction issue de l'article 58 de la loi n° 2016-483 du 20 avril 2016 : " Le grade est distinct de l'emploi. Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent. Toute nomination ou toute promotion dans un grade qui n'intervient pas exclusivement en vue de pourvoir à un emploi vacant et de permettre à son bénéficiaire d'exercer les fonctions correspondantes est nulle () ". Aux termes de l'article 57 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, en vigueur à la date de la décision attaquée, dans sa rédaction issue de l'article 148 de la loi n° 2015-1785 du 29 décembre 2015 : " L'avancement d'échelon est accordé de plein droit. Il a lieu de façon continue d'un échelon à l'échelon immédiatement supérieur. / Il est fonction de l'ancienneté. Toutefois, lorsque les statuts particuliers le prévoient et selon des modalités de contingentement définies par décret en Conseil d'Etat, il peut être également fonction de la valeur professionnelle. Les statuts particuliers peuvent en outre prévoir des échelons spéciaux dont l'accès peut être contingenté selon des conditions et des modalités spécifiques () ". Aux termes de l'article 58 de la même loi, dans sa rédaction issue de l'article 58 de la loi n° 2016-483 du 20 avril 2016 : " L'avancement de grade a lieu de façon continue d'un grade au grade immédiatement supérieur. Il peut être dérogé à cette règle dans les cas où l'avancement est subordonné à une sélection professionnelle. / L'avancement de grade peut être subordonné à la justification d'une durée minimale de formation professionnelle au cours de la carrière. / () Sauf pour les emplois laissés à la décision du Gouvernement, l'avancement de grade a lieu, selon les proportions définies par les statuts particuliers, suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Soit au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après avis de la commission administrative paritaire, par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents ; / () Les décrets portant statut particulier fixent les principes et les modalités de la sélection professionnelle, notamment les conditions de grade et d'échelon requises pour y participer. / Les promotions doivent avoir lieu dans l'ordre du tableau ou de la liste de classement. / () ".

3. Aux termes de l'article 12 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, issue de l'article 3 du décret n° 2017-722 du 2 mai 2017 : " Le tableau d'avancement prévu à l'article 58 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée est préparé, chaque année, par l'administration en tenant compte notamment : / 1° Des comptes rendus d'entretiens professionnels ou des notations pour les agents soumis au régime de la notation ; / 2° Des propositions motivées formulées par les chefs de service, notamment au regard des acquis de l'expérience professionnelle des agents au cours de leur carrière ; / () Il est soumis aux commissions administratives paritaires, qui fonctionnent alors comme des commissions d'avancement ". Aux termes de l'article 13 du même décret : " Les fonctionnaires sont inscrits au tableau par ordre de mérite. Les candidats dont le mérite est jugé égal sont départagés par l'ancienneté dans le grade ".

4. Aux termes de l'article 16 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale : " La notation des fonctionnaires actifs des services de la police nationale fait l'objet d'un ou plusieurs entretiens d'évaluation. Elle est établie annuellement sur une notice qui comporte : / 1. Une liste d'éléments d'appréciation non chiffrée permettant d'évaluer les qualités personnelles, professionnelles et les aptitudes manifestées dans l'exercice des fonctions ; / 2. Une grille de notation par niveau de 1 à 7 qui rend compte de la situation du fonctionnaire ; / 3. Une appréciation non chiffrée qui rend compte de l'évolution de la valeur du fonctionnaire ". Aux termes de l'article 17 du même décret, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, issue de l'article 1 du décret n° 97-640 du 31 mai 1997 : " Pour l'établissement du tableau d'avancement de grade qui est soumis à l'avis des commissions administratives paritaires, il est procédé à un examen approfondi de la valeur professionnelle des agents susceptibles d'être promus compte tenu des notes obtenues par les intéressés, des propositions motivées formulées par les chefs de service et de l'appréciation portée sur leur manière de servir. Cette appréciation prend en compte les difficultés des emplois occupés et les responsabilités particulières qui s'y attachent ainsi que, le cas échéant, les actions de formation continue suivies ou dispensées par le fonctionnaire et l'ancienneté ".

5. Aux termes des alinéas 4 à 6 de l'article 4 du décret du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, résultant de l'article 1 du décret n° 2017-359 du 21 mars 2017 : " Le grade de major de police comporte cinq échelons et un échelon exceptionnel. / Le nombre de postes de major de police à l'échelon exceptionnel est fixé par un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget. / Les majors titulaires de l'échelon exceptionnel exercent leurs fonctions dans des emplois relevant d'une nomenclature fixée par arrêté du ministre de l'intérieur ". Aux termes de l'article 20 du même décret, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, résultant de l'article 1 du décret n° 2009-1551 du 14 décembre 2009 : " Peuvent accéder à l'échelon exceptionnel du grade de major de police, dans les conditions prévues au cinquième alinéa de l'article 4 et après avis de la commission administrative paritaire, les majors qui, au 1er janvier de l'année de leur accession à cet échelon exceptionnel, comptent au moins trois ans de services effectifs dans le grade de major ".

6. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal de la séance de la commission administrative paritaire du 25 juin 2019, que celle-ci a examiné l'ensemble des demandes d'avancement à l'échelon exceptionnel du grade de major de police et que M. B était inscrit sur la liste des agents promouvables pour l'année 2019. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté. D'autre part, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'elle aurait entaché son avis de partialité.

7. En second lieu, d'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article 20 du décret du 23 décembre 2004 que ne peuvent être promus à l'échelon exceptionnel du grade de major de police que les majors qui, au 1er janvier de l'année de leur accession à cet échelon exceptionnel, comptent au moins trois ans de services effectifs dans le grade de major. S'il est constant que M. B remplissait les conditions statutaires pour être promu à l'échelon exceptionnel du grade de major de police au titre de l'année 2019, il résulte des dispositions précitées que cette circonstance ne lui donnait pas un droit à cette promotion, qui a lieu exclusivement au choix.

8. D'autre part, il résulte des dispositions citées ci-dessus que le tableau d'avancement au grade de major de police doit être établi en considération de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des candidats, l'ancienneté n'étant prise en compte que pour départager des candidats dont le mérite est jugé égal. En outre, lorsqu'il est saisi d'un recours tendant à l'annulation d'un arrêté portant inscription à un tableau d'avancement, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, qui ne saurait se borner, dans le cadre de son contrôle restreint, à apprécier la valeur professionnelle d'un candidat écarté, d'analyser les mérites comparés de cet agent et de ceux des autres agents candidats à ce même grade.

9. M. B soutient que si, placé en arrêt de travail, il n'a pu être noté en 2016, il a fait l'objet d'excellentes évaluations en 2017 et 2018. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B et M. D bénéficient de la même notation pour les années 2017 et 2018. En outre, si M. B peut se prévaloir d'une excellente appréciation littérale de 2016 à 2018, les appréciations de M. D sont encore plus élogieuses que les siennes. De plus, si M. B soutient qu'il a été inscrit en tête de classement d'une proposition d'avancement, cet élément n'est qu'un de ceux pris en compte pour apprécier la valeur professionnelle des agents susceptibles d'être promus, au même titre que les notes obtenues par les intéressés et les appréciations littérales dont ils font l'objet, et ne saurait lier le ministre dans son pouvoir d'appréciation. Enfin, si M. B soutient que M. D a été promu alors qu'il détenait une ancienneté inférieure à la sienne, l'ancienneté dans le grade n'est prise en compte que pour départager des candidats dont le mérite est jugé égal. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'administration, en refusant de l'inscrire au tableau d'avancement attaqué, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions sont entachées d'illégalité et doivent, par suite, être annulées. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

Le rapporteur,

S. C

La présidente,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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