vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-1925017 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | CISSE |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement n° 18/00014 du 6 septembre 2019, le tribunal des pensions militaires d'invalidité de Paris a dit recevable la requête de M. B D, enregistrée le 23 mai 2018 et tendant à l'annulation de la décision du 31 août 2017 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de concession d'une pension militaire d'invalidité et, avant dire droit au fond, a ordonné une mesure d'expertise et a commis pour y procéder M. C A.
Le 1er novembre 2019, le tribunal des pensions militaires d'invalidité de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par M. D, en application du décret n° 2018-1291 du 28 décembre 2018 portant transfert de compétence entre juridictions de l'ordre administratif pris pour l'application de l'article 51 de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense.
M. A a déposé son rapport le 10 mars 2020.
Par un mémoire, enregistrés le 13 mai 2022, M. D, représenté par Me Cissé, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 août 2017 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de concession d'une pension militaire d'invalidité ;
2°) de lui accorder une pension militaire d'invalidité définitive au taux de 10 % ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat (ministre des armées) une somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Il soutient que :
- les infirmités dont il souffre sont entièrement imputables à l'accident survenu en service le 13 novembre 1992 ;
- le taux d'invalidité correspondant doit être fixé à 10 %.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 juin 2020 et le 25 mai 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 avril 2018.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Louart, greffière d'audience :
- le rapport de M. Julinet, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, né le 21 octobre 1965, engagé dans l'armée de terre depuis le 1er octobre 1986, a intégré le corps des officiers des armes de l'armée de terre le 1er août 1992 et a été nommé lieutenant-colonel le 1er juillet 2008. Le 29 juin 2015, il a demandé la concession d'une pension militaire d'invalidité en raison d'une infirmité au genou gauche qu'il impute à une blessure dont il a été victime, en service, lors d'une séance de sport programmée le 13 novembre 1992. Par la décision du 31 août 2017 dont il demande l'annulation, la ministre des armées a rejeté sa demande au motif que l'infirmité invoquée, évaluée globalement à 10 %, résulte d'une part d'une maladie sans lien avec le service et d'autre part de l'accident en date du 13 novembre 1992 dont les séquelles entraînent un degré d'invalidité au taux minimum de 10 % requis pour la prise en considération d'une infirmité. Par un jugement du 6 septembre 2019, le tribunal des pensions militaires d'invalidité de Paris a dit sa requête recevable et, avant dire droit au fond, ordonné une mesure d'expertise. L'expert a déposé son rapport le 10 mars 2020.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes la guerre, applicable à la date de la décision attaquée : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande ". Aux termes de l'article L. 151-4 du même code, applicable à la même date : " Le demandeur a la faculté de provoquer l'examen de sa demande par une commission de réforme, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat ".
3. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée du 31 août 2017 a été retirée par une décision de la ministre des armées du 30 octobre 2017, au motif qu'elle n'avait pas été prise après consultation de la commission de réforme alors que cette consultation avait été demandée par M. D, et remplacée par une décision de la ministre des armées du 27 novembre 2017, identique dans son dispositif et dans ses motifs. Dès lors, M. D doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 27 novembre 2017.
4. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; / 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; () ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Est présumée imputable au service : / 1° Toute blessure constatée par suite d'un accident, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ". Aux termes de l'article L. 121-2-3 dudit code : " La recherche d'imputabilité est effectuée au vu du dossier médical constitué pour chaque militaire lors de son examen de sélection et d'incorporation. / Dans tous les cas, la filiation médicale doit être établie entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée ". Pour l'application de ces dispositions, une infirmité doit être regardée comme résultant d'une blessure lorsqu'elle trouve son origine dans une lésion soudaine, consécutive à un fait précis de service. Dans le cas contraire, elle doit être regardée comme résultant d'une maladie.
5. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le demandeur d'une pension ne peut pas bénéficier de la présomption légale d'imputabilité au service, il incombe à ce dernier d'apporter la preuve de cette imputabilité par tous moyens de nature à emporter la conviction des juges. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance que l'infirmité est apparue durant le service, ni d'une probabilité même forte, d'une vraisemblance ou d'une simple hypothèse médicale.
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. / Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10 % ". Au terme de l'article L. 121-5 du même code : " La pension est concédée : / 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % () ". Au terme de l'article L. 121-7 dudit code : " En cas d'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'une infirmité étrangère à celui-ci, seule cette aggravation est prise en considération () ". "
7. Il résulte de l'instruction, notamment du dossier médical de M. D, des examens médicaux et expertises dont il a bénéficié et du rapport de l'expertise ordonnée par le tribunal des pensions, que le taux d'invalidité résultant de l'hydarthrose chronique et de la limitation fonctionnelle douloureuse de la flexion du genou gauche dont il souffre peut être évalué à 15 %, et non à 10 % comme retenu par la décision attaquée. Toutefois, si, le 13 novembre 1992, en service, au cours d'un match de football, il a ressenti une vive douleur au genou gauche qui l'a empêché de poser la jambe à terre et a nécessité son évacuation immédiate à l'infirmerie et si une chondropathie rotulienne a alors été diagnostiquée, cette sensation de dérobement du genou gauche, dont aucune pièce du dossier ne permet de dire qu'elle résulterait d'un choc, contrairement à ce que l'expert désigné par le tribunal des pensions militaires d'invalidité a cru pouvoir écrire, sur le seul fondement des déclarations de M. D, est survenue sur un état antérieur constitué par un syndrome rotulien bilatéral chronique avec chondropathie fémoro-patellaire bilatérale sur facteur anatomique d'instabilité évolutif et non stabilisé qui l'avait déjà amené à consulter pour des gonalgies et des blocages qui avaient nécessité des séances de kinésithérapie en 1991. Ce constat n'est pas sérieusement contesté par le requérant qui n'a pas répliqué au mémoire produit par l'administration après le dépôt du rapport d'expertise et qui à la fois nie contre l'évidence l'existence de cet état antérieur et soutient qu'il est à l'origine d'une invalidité de seulement 5 % sur une invalidité totale de 15 %.
8. Il résulte au contraire de l'instruction que l'aggravation depuis 1999 du syndrome rotulien bilatéral chronique caractérisée par le développement d'une hydarthrose chronique et d'une limitation fonctionnelle douloureuse de la flexion du genou gauche résulte essentiellement de l'évolution naturelle pour son propre compte de la pathologie fémoro-patellaire, dont le requérant souffre depuis au moins 1991 et dont il est constant qu'elle est sans rapport avec le service, et que la décompensation ponctuelle de cet état pathologique lors de l'effort fourni à l'occasion d'une activité sportive le 13 novembre 1992, suivie d'une intervention pratiquée le 23 juin 1993 pour une section de l'aileron rotulien externe et de douleurs à l'effort jusqu'au printemps 1994, n'y a contribué que plus marginalement, les conclusions de l'expert désigné par le tribunal des pensions militaires d'invalidité sur ce point, fondées sur une erreur quant aux circonstances de l'accident du 13 novembre 1992, ne pouvant être retenues. Dès lors, le taux d'invalidité résultant de l'aggravation de l'infirmité dont souffre M. D causée par la seule blessure provoquée par l'accident survenu en service le 13 novembre 1992 ne peut atteindre le seuil minimum de 10 % permettant la concession d'une pension. Par suite, il n'a pas fondé à soutenir que la décision attaquée est illégale ni à demander la concession d'une pension militaire d'invalidité.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. D aux fins d'annulation de la décision attaquée et de concession d'une pension militaire d'invalidité doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les dépens :
10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise (). / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute personne perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal des pensions militaires d'invalidité de Paris le 6 septembre 2019 à la charge définitive de Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Les dépens sont mis à la charge définitive de l'Etat.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Cisse et au ministre des armées.
Une copie en sera adressée, pour information, à M. C A.
Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Blusseau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
Le rapporteur,
S. JULINET
La présidente,
S. AUBERT La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026