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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1926046

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1926046

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1926046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantCABINET LAVEISSIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 décembre 2019 et 30 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Icard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 septembre 2019 par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères lui a infligé la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de quinze jours, assortie d'un sursis d'une semaine et a publié cette sanction sans indication de l'identité de l'agent sur le site intranet du ministre pendant une durée de deux mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure tiré de ce que l'administration ne justifie pas de l'existence de l'avis et de sa transmission à l'autorité investie du pouvoir discipline ; la décision a été prise antérieurement à la date du procès-verbal de la séance du conseil de discipline ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute pour la composition du conseil de discipline de présenter des garanties d'indépendances et d'impartialité suffisantes ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne se trouvait pas dans une situation de conflit d'intérêt ; il n'a pas accepté le cadeau, n'avait pas l'intention de le conserver et ce cadeau n'a eu aucune influence sur la décision de délivrer le visa ;

- elle est entaché d'une erreur d'appréciation tirée de ce qu'il n'a pas compromis le bon fonctionnement du service des visas ; sur la demande de sa hiérarchie, il est resté affecté au service des visas jusqu'à son départ de l'ambassade en juillet 2018 et postérieurement aux faits en cause ;

- le choix de la sanction est disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2020, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blusseau, conseiller,

- les conclusions de M. Degand, rapporteur public,

- et les observations de Me Bodin, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est adjoint administratif de chancellerie, affecté en tant qu'agent de visa de 2016 à 2018 à l'ambassade de France à Abou-Dabi. Par une décision du 17 septembre 2019, notifiée le 18 octobre suivant, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères lui a infligé la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de quinze jours, assortie d'un sursis d'une semaine et a publié cette sanction sans indication de l'identité de l'agent sur le site intranet du ministre pendant une durée de deux mois. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 67 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors en vigueur : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination qui l'exerce après avis de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline et dans les conditions prévues à l'article 19 du titre Ier du statut général. Cette autorité peut décider, après avis du conseil de discipline, de rendre publics la décision portant sanction et ses motifs. () ". Et aux termes des dispositions de l'article 8 du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat : " Le conseil de discipline, au vu des observations écrites produites devant lui et compte tenu, le cas échéant, des déclarations orales de l'intéressé et des témoins ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. () La proposition ayant recueilli l'accord de la majorité des membres présents doit être motivée et être transmise par le président du conseil de discipline à l'autorité ayant pouvoir disciplinaire. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été prise après un avis du conseil de discipline émis le 9 avril 2019, que la mention de cet avis dans les visas de la sanction en litige permet d'établir que cet avis a été transmis à l'autorité et que cet avis est exprimé notamment dans le procès-verbal de la réunion du conseil de discipline statuant sur les faits en cause. La circonstance que le procès-verbal ait été signé postérieurement à l'adoption de la décision en litige est sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors, ainsi qu'il a été dit, que l'administration a eu connaissance de l'avis avant l'adoption de la sanction. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure soulevé en ce sens doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article 2 du décret relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat : " L 'organisme siégeant en Conseil de discipline lorsque sa consultation est nécessaire, en application du second alinéa de l'article 19 de la loi susvisée du 13 juillet 1983, est saisi par un rapport émanant de l'autorité ayant pouvoir disciplinaire () ".

5. M. B fait valoir que la présence des représentants de l'administration, au sein du conseil de discipline, était de nature à remettre en cause l'impartialité et l'indépendance de ses membres, compte tenu d'une part de l'autorité de la directrice générale de l'administration et de la modernisation, ayant initié la procédure disciplinaire à son encontre, sur ces membres et d'autre part, de l'influence des membres de l'administration sur la carrière des membres élus représentant le corps des adjoints administratifs. Toutefois, ces seules circonstances, objectives, ne sauraient à elles seules démontrer l'intérêt personnel ou la partialité des membres du conseil de discipline sur le dossier. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le sous-directeur des affaires juridiques ayant rédigé ce rapport et la directrice générale de l'administration et de la modernisation qui a saisi le conseil de discipline par ce rapport, en application des dispositions de l'article 2 du décret 84-961 du 25 octobre 1984, auraient manqué à l'impartialité requise ou manifesté une animosité particulière à l'égard de l'intéressé. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure en raison de la composition du conseil de discipline doit être écarté.

Sur le bien-fondé :

6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. Pour sanctionner M. B, l'administration a d'abord retenu qu'en avril 2018, il avait, dans l'exercice de ses fonctions d'agent de visa à Abou-Dabi, reçu un cadeau d'une valeur de 23 000 euros de la part d'un demandeur de visa, sans en informer sa hiérarchie. Elle a ensuite estimé qu'en agissant ainsi, il avait manqué à son devoir d'intégrité, de probité, ainsi qu'à l'obligation de faire cesser immédiatement la situation de conflit d'intérêt dans laquelle il avait été placé et que l'affaire ayant été portée à la connaissance des personnes extérieures au service, l'agent a compromis le bon fonctionnement du service de visa et porté atteinte à l'image du corps des adjoints administratifs.

8. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 25 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires de l'Etat, alors en vigueur : " I.-Le fonctionnaire veille à faire cesser immédiatement ou à prévenir les situations de conflit d'intérêts dans lesquelles il se trouve ou pourrait se trouver. Au sens de la présente loi, constitue un conflit d'intérêts toute situation d'interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou paraître influencer l'exercice indépendant, impartial et objectif de ses fonctions. II.-A cette fin, le fonctionnaire qui estime se trouver dans une situation de conflit d'intérêts : 1° Lorsqu'il est placé dans une position hiérarchique, saisit son supérieur hiérarchique () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le 17 avril 2018, le chef de la section consulaire de l'ambassade de France à Abou Dabi a été informé par un tiers que M. B avait reçu un cadeau d'une valeur de 23 000 euros de la part d'un demandeur de visa. En outre, à l'occasion d'un entretien qui s'est déroulé le 18 avril 2018 entre le chef de la section consulaire et M. B, ce dernier a reconnu ces faits et a ajouté que le 4 avril 2018 il a donné des conseils à cet usager pour déposer sa demande de visas, qu'ils ont ensuite discuté d'objets de luxe et que le cadeau en cause lui a été offert par le demandeur de visa le 5 avril 2018, dans le cadre de l'instruction de cette demande de visa. Il ressort également des pièces du dossier qu'il n'a pas restitué immédiatement cette montre, qu'il l'a gardée à son domicile et n'a pas signalé à son supérieur hiérarchique avoir reçu ce cadeau. Enfin, l'issue de la délivrance du visa par rapport au dossier du demandeur de visa est sans incidence. Dans ces conditions, M. B a manqué à ses obligations déontologiques d'intégrité et de probité et n'a pas pris toutes les mesures pour faire cesser immédiatement la situation de conflit dans laquelle il se trouvait. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit.

10. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, son comportement a porté atteinte à l'image et à la réputation du service des visas à l'égard des tiers et a compromis son bon fonctionnement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

11. En troisième et dernier lieu, compte tenu de la valeur du cadeau, de la gravité de la faute, de la circonstance que cette affaire a été connue au-delà de l'ambassade, de l'absence de signalement de cette situation à ses supérieurs hiérarchiques, des responsabilités qui incombent à M. B en tant qu'agent du service des visas et de son expérience dans cette matière, l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans le choix de la sanction. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

Le rapporteur,

A. BLUSSEAU

La présidente,

C. RIOU

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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