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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1927976

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1927976

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1927976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantBOUDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un arrêt du 19 janvier 2021, la cour administrative d'appel de Paris, saisie d'un appel présenté par M. D C, représenté par Me Voulot, a annulé l'ordonnance du tribunal administratif de Paris en date du 27 mars 2020 et a renvoyé l'affaire au tribunal pour qu'il soit statué sur les conclusions de sa requête.

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 30 décembre 2019, 6 avril 2021 et 27 septembre 2022, M. C, représenté par Me Boudin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2019 par lequel le préfet de police l'a expulsé du territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace grave pour l'ordre public ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 13 octobre 2022 en présence de Mme Thomas, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Viard, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,

- les observations de Me Boudin, avocate de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant jamaïcain né le 19 janvier 1978, est entré en France le 7 novembre 2013 selon ses déclarations. Par un arrêté du 18 octobre 2019, le préfet de police l'a expulsé du territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2019-00368 du 17 avril 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le 18 avril 2019, le préfet de police a donné délégation à M. A B, directeur de la police générale, pour signer tous actes, arrêtés, décisions et pièces comptables nécessaires à l'exercice des missions fixées par " l'arrêté du 14 février 2018 susvisé ". Si l'arrêté de délégation de signature du 17 avril 2019 ne vise pas l'arrêté du 14 février 2018, il vise toutefois l'arrêté n° 2018-00694 du 23 octobre 2018 relatif aux missions et à l'organisation de la direction de la police générale, qui prévoit notamment que la direction de la police générale est chargée de " la mise en œuvre des textes relatifs aux libertés publiques et à l'administration des étrangers ", ce qui comprend les mesures d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de police a fait application pour expulser M. C du territoire français, notamment l'article L. 521-1 de ce code, alors en vigueur, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé, notamment les trois condamnations dont l'intéressé a fait l'objet en 2014, 2017 et 2018, vise l'avis de la commission d'expulsion du 24 septembre 2019 et relève l'absence d'atteinte manifestement disproportionnée à sa vie privée et familiale, sa présence sur le territoire français constituant une menace grave pour l'ordre public. Si cet arrêté ne précise pas tous les éléments caractérisant la situation privée et familiale de M. C, il permet de comprendre les motifs de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sous réserve des dispositions des articles L. 521-2, L. 521-3 et L. 521-4, l'expulsion peut être prononcée si la présence en France d'un étranger constitue une menace grave pour l'ordre public ". Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris le 29 décembre 2014 à une peine de cinq mois d'emprisonnement avec sursis pour transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants, et offre ou cession non autorisée de stupéfiants le 27 décembre 2014, le 7 avril 2017 à une peine de sept mois d'emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants en récidive, transport non autorisé de stupéfiants en récidive, et offre ou cession non autorisée de stupéfiants en récidive du courant de l'année 2015 au 13 juin 2016, et enfin le 20 juin 2018 à une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour transport non autorisé de stupéfiants en récidive, acquisition non autorisée de stupéfiants en récidive et usage illicite de stupéfiants le 18 juin 2018. En raison de la succession de ces faits d'une nature particulièrement grave, du comportement de M. C qui n'a jamais cherché à régulariser sa situation au regard de la législation sur les étrangers avant 2019, ainsi que de la fragilité des gages de réinsertion professionnelle et sociale qu'il présente, et en dépit de l'avis défavorable émis par la commission d'expulsion, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de police a estimé, à la date de l'arrêté attaqué, que la présence de l'intéressé en France constituait une menace grave pour l'ordre public.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. M. C allègue qu'il vit sur le territoire français depuis le 7 novembre 2013, qu'il a rencontré son épouse au courant de l'année 2019, avec laquelle il s'est marié le 28 octobre 2020, qu'ils suivent une procédure de procréation médicalement assistée depuis le mois de juillet 2020, qu'il aide son épouse dans son activité professionnelle de vente sur les marchés et occupe une place importante auprès du fils de son épouse, issu d'une précédente union. Si ces circonstances, comme celles qu'il fait également valoir en produisant notamment de nombreuses attestations et documents sur les formations suivies pour apprendre le français, son activité musicale et ses relations amicales, justifient de ses efforts d'insertion, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. C a quatre enfants mineurs qui résident en Angleterre et, d'autre part, que les pièces produites sont pour la plupart postérieures à l'arrêté attaqué. Dès lors, eu égard à la gravité et au nombre des faits reprochés, à la date de l'arrêté attaqué, la mesure d'expulsion n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de M. C.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 18 octobre 2019. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, ainsi que ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente-rapporteure,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

M.-P. Viard

L'assesseur le plus ancien,

V. PerrotLa greffière,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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