mercredi 2 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2001256 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | ROZE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires enregistrés les 22 janvier 2020, 10 avril 2020, 28 avril 2022 et 25 mai 2022, sous le no 2001256, M. A B, représenté par Me Roze, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite du 23 novembre 2019 par laquelle le préfet de police a refusé de procéder au calcul de ses droits au bénéfice de l'avantage spécifique d'ancienneté (ASA) depuis 2002, de procéder à la correction d'un erreur concernant le versement de sa prime de fidélisation en secteur difficile et de procéder à la reconstitution de sa carrière retardée par une sanction illégale ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de le nommer rétroactivement au grade de brigadier-chef à compter du 12 avril 2011, de reconstituer sa carrière et de lui verser les rappels de
salaires à compter du 12 avril 2011 ;
3°) de condamner l'Etat, à titre subsidiaire à lui verser une somme de 25 000 euros au titre de son préjudice moral, augmentée des intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande préalable, et de la capitalisation lorsque ces intérêts seront dus depuis une année entière ;
4°) d'enjoindre à l'Etat de lui attribuer l'avantage spécifique d'ancienneté (ASA) au titre des périodes du 1er mars 2002 au 1er mai 2008 et du 1er septembre 2013 au 1er septembre 2017, de reconstituer sa carrière en conséquence et de lui verser les rappels de traitement s'y rapportant à compter du 1er janvier 2012 ;
5°) de condamner l'Etat, à titre subsidiaire, à lui verser pour la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014, une indemnité égale aux rappels de traitement qui auraient dû lui être versés au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 au titre de l'ASA, augmentée des intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande préalable, et de la capitalisation lorsque ces intérêts seront dus depuis une année entière ;
6°) d'enjoindre à l'Etat de lui attribuer la prime de fidélisation en secteur difficile au titre de la période de septembre 2013 à juin 2016 et de lui verser les rappels de
prime à compter du 1er septembre 2013 ;
7°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le ministre de l'intérieur devait procéder à sa nomination rétroactive au grade de brigadier-chef à la suite de l'annulation contentieuse par un arrêt de la cour administrative d'appel de Paris no PA05085 du 30 janvier 2014 du blâme dont il a fait l'objet par arrêté du 10 août 2010 et en raison duquel son avancement a été retardé ;
- à défaut d'une reconstitution de carrière, il a le droit à l'indemnisation du préjudice résultant de ce qu'il a été illégalement privé d'une promotion en 2011 ;
- le ministre a méconnu les dispositions du décret n° 95-313 du 21 mars 1995 en le privant du bénéfice de l'avantage spécifique d'ancienneté entre les 1er mars 2002 et 1er mai 2008 et entre les 1er septembre 2013 et 1er septembre 2017 ;
- la prise en compte de cet avantage pour les périodes précitées lui ouvre droit à un rappel de traitement à compter du 1er janvier 2012, dès lors que la directive ministérielle du 9 mars 2016 a interrompu la prescription quadriennale ;
- dans l'hypothèse où le ministre lui opposerait la prescription pour la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014, les informations erronées données sur ce point sont de nature à engager la responsabilité de l'administration, lui ouvrant droit à réparation de son préjudice ;
- le ministre a méconnu les dispositions du décret n° 99-1055 du 15 décembre 1999 en le privant, lors de sa mutation à Lyon, en 2013, de l'ancienneté acquise aux fins de bénéficier de l'indemnité de fidélisation en secteur difficile ;
- le refus de le nommer au grade de brigadier-chef en 2011 lui a causé un préjudice moral ;
- les fautes commises dans le déroulement de sa carrière lui ont causé un préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 8 avril 2022, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer sur la requête en ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation implicite de rejet du 23 novembre 2019 et au rejet des conclusions indemnitaires :
Il soutient :
- en ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation de la requête : celles-ci n'ont plus d'objet, M. B ayant obtenu satisfaction ;
- en ce qui concerne les conclusions indemnitaires : l'administration a procédé à sa reconstitution de carrière ; M. B n'apporte pas la preuve que la sanction disciplinaire de blâme qui lui a été infligée et qui a été annulée par la cour administrative de Paris est la cause déterminante de son absence de nomination au grade de brigadier-chef en 2011 ;
- le préjudice moral allégué n'est pas établi.
La procédure a été communiquée au ministre de l'intérieur le 23 mai 2022, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Par ordonnance du 23 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 août 2022.
II. Par une requête enregistrée le 4 septembre 2020, sous le no 2013961, M. A B, représenté par Me Roze, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 25 000 euros
au titre de son préjudice moral augmentée des intérêts au taux légal à compter de
la réception de la demande préalable, et de la capitalisation des intérêts lorsque ces intérêts
seront dus depuis une année entière ;
2°) de condamner l'Etat au versement d'une indemnité égale aux rappels de traitements qui auraient dû lui être versés au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 au titre de l'ASA, augmentée des intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande préalable, et de la capitalisation lorsque ces intérêts seront dus depuis une année entière ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient les mêmes moyens que ceux qui sont visés ci-dessus, sous la requête no 2001256.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 16 mai 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens invoqués par M. B à l'appui de ses conclusions indemnitaires ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée au ministre de l'intérieur le 23 mai 2022, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Par ordonnance du 23 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil,
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période,
- la loi n° 91-715 du 26 juillet 1991 portant diverses dispositions relatives à la fonction publique,
- le décret n° 95-313 du 21 mars 1995 relatif au droit de mutation prioritaire et au droit à l'avantage spécifique d'ancienneté accordés à certains agents de l'Etat affectés dans les quartiers urbains particulièrement difficiles,
- le décret n° 99-1055 du 15 décembre 1999 portant attribution d'une indemnité de fidélisation en secteur difficile aux fonctionnaires actifs de la police nationale,
- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de M. Guérin-Lebacq, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, brigadier-chef, actuellement affecté au commissariat du 12ème arrondissement de Paris est entré au service de la police nationale en 2001 et a été titularisé le 1er mars 2002. Il a été nommé au grade de brigadier le 1er mai 2008. Le 23 septembre 2019, M. B a demandé au ministre de l'intérieur, sous couvert de la voie hiérarchique, de procéder à la reconstitution de sa carrière en raison de ce que l'administration aurait commis plusieurs fautes dans la gestion de son avancement, dans le versement de son avantage spécifique d'ancienneté et dans le versement de son indemnité de fidélisation en secteur difficile. Et par une demande préalable réceptionnée le 28 janvier 2020 par le ministre de l'intérieur, M. B a formulé une demande indemnitaire en réparation des fautes commises par l'administration dans la gestion de sa carrière.
2. Par les présentes requêtes, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande précitée du 23 septembre 2019 et de condamner l'Etat à l'indemniser du préjudice moral et des pertes de revenus subies en raison de la gestion fautive de sa carrière.
Sur la jonction :
3. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de police dans la requête enregistrée sous le no 2001256 :
4. Le préfet de police oppose une exception de non-lieu à statuer au motif que, d'une part, plusieurs arrêtés tendant à la régularisation de la situation de M. B au regard du bénéfice de l'avantage spécifique d'ancienneté ont été adoptés en cours d'instance, et que d'autre part, la régularisation de sa situation pour ce qui concerne le bénéfice de l'indemnité de fidélisation en secteur difficile est en cours d'instruction.
5. Toutefois, concernant d'une part, le bénéfice de l'avantage spécifique d'ancienneté, les arrêtés de reclassement produits en cours d'instance prévoient une première bonification de trois mois au titre de l'année 2007, de sorte que, comme il sera dit plus loin, les services accomplis par M. B n'ont été pris en compte qu'à partir de 2005. Dès lors que le requérant a demandé l'avantage spécifique d'ancienneté à raison des services accomplis depuis 2002, ces arrêtés produits en cours d'instance ne peuvent être regardés comme donnant entière satisfaction au requérant. Concernant, d'autre part, les conclusions tendant au bénéfice de l'indemnité de fidélisation en secteur difficile, la seule circonstance qu'un arrêté tendant à la régularisation de la situation de M. B est en cours de préparation n'est pas, à la date à laquelle le tribunal se prononce, de nature à leur faire perdre leur objet.
6. Il résulte de ce qui précède que l'exception de non-lieu opposée en défense dans la requête no 2001256 doit être écartée.
Sur la tardiveté de la requête no 2013961 :
7. Aux termes du premier alinéa de l'article 7 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, visée ci-dessus : " Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. ". Aux termes de l'article 6 de la même ordonnance : " Le présent titre s'applique aux administrations de l'Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs ainsi qu'aux organismes et personnes de droit public et de droit privé chargés d'une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale. ". Enfin aux termes de l'article 1er de la même ordonnance : " Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus. ". Le délai de naissance de la décision implicite de rejet contestée recommençait dès lors à courir à compter du 23 juin 2020. Il en résulte que la requête enregistrée le 4 septembre 2020 n'est pas tardive. En tout état de cause, M. B a également présenté une demande indemnitaire dans le mémoire enregistré le 10 avril 2020 dans l'instance enregistrée sous le no 2013961. Il en résulte que la fin de non-recevoir, tirée de la tardiveté de la requête opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation présentée à l'encontre de la décision implicite rejetant la demande de M. B en date du 23 septembre 2019 :
En ce qui concerne le refus de nommer M. B au grade de brigadier-chef en 2011 :
8. Aux termes de l'article 15 du décret du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale dans sa version applicable au litige : " Peuvent être inscrits au tableau d'avancement pour l'accès au grade de brigadier-chef de police :/ 1. Après avoir satisfait aux obligations d'un examen professionnel dont le contenu et les modalités sont fixés par arrêté du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de la fonction publique :/ 1-1. Les brigadiers de police qui, au 1er janvier de l'année pour laquelle le tableau d'avancement a été arrêté, comptent cinq ans au moins de services effectifs depuis leur nomination dans le grade de brigadier ;/ 1-2. Dans la limite du dixième de l'ensemble des promotions de grade de l'année à réaliser au titre du présent article, les brigadiers de police affectés dans l'un des secteurs ou unités d'encadrement prioritaire définis à l'article 12 et qui, au 1er janvier de l'année pour laquelle le tableau d'avancement a été arrêté, comptent trois ans au moins de services effectifs depuis leur nomination dans ce grade et sont affectés depuis au moins deux ans dans l'un des secteurs ou unités d'encadrement prioritaire ; ou qui comptent six ans au moins de services effectifs depuis leur nomination dans ce grade (). ".
9. M. B a été nommé brigadier le 1er mai 2008. En 2011, il ne remplissait dès lors pas la condition de cinq ans d'ancienneté au grade de brigadier prévue par les dispositions de l'article 15 du décret du 23 décembre 2044 mentionnées ci-dessus. M. B fait valoir en outre que le préfet de police aurait dû le promouvoir en raison de ce que, d'une part, le blâme qui aurait conduit le ministre à refuser son inscription au tableau était illégal, et que d'autre part, il pouvait justifier de notations meilleures que celles d'autres candidats admis à l'avancement. Toutefois, s'il ressort des termes de l'arrêt no 12PA05085 de la cour administrative d'appel de Paris du 30 janvier 2014 que le blâme prononcé à l'encontre de M. B le 10 août 2010 était disproportionné au regard de la nature des faits reprochés, ceux-ci étaient établis et de nature à justifier une sanction administrative. La circonstance que la sanction adoptée en l'espèce fût disproportionnée n'implique pas que les agissements du requérant ne devaient pas être pris en compte dans l'appréciation de sa valeur professionnelle lors de l'examen de sa candidature à l'avancement au grade de brigadier-chef. Enfin, le requérant ne présente aucune fiche de notation après 2009 et n'établit donc pas, qu'à supposer-même qu'il ne fût pas sanctionné, sa valeur professionnelle était supérieure à celle des autres agents promus. Il en résulte, en tout état de cause, que M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'annulation du blâme prononcé à son encontre le 10 août 2010 pour demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de le nommer brigadier-chef au titre de l'année 2011.
En ce qui concerne l'avantage spécifique d'ancienneté :
10. Aux termes de l'article 11 de la loi du 26 juillet 1991 modifiée portant diverses dispositions relatives à la fonction publique : " les fonctionnaires de l'Etat et les militaires de la gendarmerie affectés pendant une durée fixée par décret en Conseil d'Etat dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles, ont droit, pour le calcul de l'ancienneté requise au titre de l'avancement d'échelon, à un avantage spécifique d'ancienneté dans des conditions fixées par ce même décret ". Et, aux termes de l'article 2 du décret du 21 mars 1995 relatif au droit de mutation prioritaire et au droit à l'avantage spécifique d'ancienneté accordés à certains agents de l'Etat affectés dans les quartiers urbains particulièrement difficiles : " Lorsqu'ils justifient de trois ans au moins de services continus accomplis dans un quartier urbain désigné en application de l'article 1er ci-dessus, les fonctionnaires de l'Etat ont droit, pour l'avancement, à une bonification d'ancienneté d'un mois pour chacune de ces trois années et à une bonification d'ancienneté de deux mois par année de service continu accomplie au-delà de la troisième année. ".
11. M. B a exercé ses fonctions dans les circonscriptions de police d'Ondaine et de Saint-Etienne, dans le département de la Loire, de mars 2002 à avril 2008 et dans la circonscription de Lyon de septembre 2013 à septembre 2017, ces différentes circonscriptions relevant des secteurs urbains difficiles au sens du 1° de l'article 1er du décret du 21 mars 1995. Il en résulte que l'administration a procédé à une régularisation incomplète de sa situation au regard de ses droits à l'avantage spécifique d'ancienneté par ces arrêtés du 18 novembre 2021. M. B est dès lors fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande en date du 23 septembre 2019 en ce que cette décision n'a pas pris en compte ses droits à l'ASA à compter de l'année 2002.
En ce qui concerne l'indemnité de fidélisation :
12. Aux termes des dispositions de l'article 1er du décret du 15 décembre 1999 portant attribution d'une indemnité de fidélisation en secteur difficile aux fonctionnaires actifs de la police nationale, dans a version applicable au litige : " Les fonctionnaires actifs de la police nationale peuvent bénéficier d'une indemnité de fidélisation en secteur difficile :/ 1° Après deux années révolues de service continu en secteur difficile, s'agissant des fonctionnaires du corps d'encadrement et d'application de la police nationale, à l'exception de ceux affectés en administration centrale et n'exerçant pas une fonction opérationnelle. ". Aux termes des dispositions de l'article 2 du même décret, dans a version applicable au litige : " Sont considérés comme affectés en secteur difficile au sens du présent décret les fonctionnaires actifs de la police nationale exerçant, de façon permanente, quel que soit leur service d'affectation, leurs attributions dans le ressort territorial des circonscriptions de sécurité publique dont la liste est fixée aux annexes I et II du présent décret. ". Enfin, aux termes du deuxième alinéa de l'article 3 du même décret, dans a version applicable au litige : " Toute mutation hors du secteur difficile dans lequel est affecté le fonctionnaire entraîne la perte de l'ancienneté acquise pour bénéficier de la présente indemnité, sauf dans les cas ci-après :/ - lorsque la mutation s'effectue à l'intérieur des secteurs difficiles relevant des secrétariats généraux pour l'administration de la police de Paris et de Versailles et de la circonscription de Dreux ; / - lorsque la mutation s'effectue d'un quelconque secteur difficile vers les secteurs difficiles des secrétariats généraux pour l'administration de la police de Paris et de Versailles, ou vers la circonscription de Dreux ; / - lorsque la mutation a lieu entre secteurs classés comme difficiles, à l'intérieur d'un même département ; / - lorsque la mutation est consécutive à un changement de grade quel que soit le secteur difficile concerné. ".
13. Le requérant soutient, sans que cela soit contesté en défense, que lorsqu'il a été affecté à Lyon, le 1er septembre 2013, l'administration lui a retiré le bénéfice de son ancienneté acquise aux fins de bénéficier de l'indemnité prévue par le décret précité, alors même que les circonscriptions de Paris, où le requérant était affecté entre 2008 et 2013, et de Lyon, où le requérant a été affecté en 2013 sont toutes deux classées " secteur difficile ". Toutefois, dans sa version applicable au litige, l'article 3 du décret du 15 décembre 1999 prévoit un nombre limitatif de situations dans lesquelles un agent ne perd pas le bénéfice de l'ancienneté acquise en cas de mutation. Dès lors que la mutation d'un secteur d'Île-de-France au secteur lyonnais n'entre pas dans les situations mentionnées à l'article 3 du décret précité, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait méconnu les dispositions du décret du 15 décembre 1999 précité en le privant de son ancienneté acquise lors de sa mutation dans la circonscription de Lyon entre le 1er septembre 2013 et le 1er septembre 2015. En revanche, il ressort des pièces du dossier qu'alors que M. B pouvait de nouveau prétendre au bénéfice de l'indemnité de fidélisation à compter du 1er septembre 2015, l'administration n'a rétabli M. B dans le bénéfice de cette indemnité qu'à compter du 1er juin 2016. Par suite, le requérant est seulement fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions du décret du 15 décembre 1999 précité en ne lui accordant par le bénéfice de l'indemnité de fidélisation entre les 1er septembre 2015 et 1er juin 2016.
14. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision attaquée en tant que, d'une part, elle refuse de procéder à la rectification du calcul de l'avantage spécifique d'ancienneté depuis son affectation à Ondaine, en 2002, et que, d'autre part, elle refuse de le rétablir dans le bénéfice de l'indemnité de fidélisation en secteur difficile à compter du 1er septembre 2015.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
15. Le motif d'annulation retenu implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de police de régulariser la situation administrative et financière de M. B en ce qui concerne l'attribution du bénéfice de l'avantage spécifique d'ancienneté et de l'indemnité de fidélisation en secteur difficile.
Sur les conclusions indemnitaires présentées à titre subsidiaire :
16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été précédemment que M. B ne démontre pas que le refus du ministre de l'intérieur de le nommer rétroactivement au grade de brigadier-chef serait illégal et constitutif une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration. Par suite, les conclusions tendant à la réparation du préjudice moral causé par ce refus doivent être rejetées.
17. En second lieu, M. B soutient qu'il a subi une perte de revenus en raison des erreurs commises dans le calcul de l'ancienneté acquise au titre de l'avantage spécifique d'ancienneté et dans l'attribution de l'indemnité de fidélisation en secteur difficile. Toutefois, le présent jugement enjoint au préfet de police de procéder à la régularisation administrative et financière de la situation de M. B, eu égard aux erreur commises par l'administration. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusion indemnitaires de M. B sur ce point.
Sur le préjudice moral :
18. En dernier lieu, M. B demande l'indemnisation du préjudice moral qu'il a subi en raison des nombreuses erreurs de l'administration ayant affecté le déroulement de sa carrière. Si M. B n'apporte pas de précisions sur la nature exacte du préjudice subi, il résulte de l'instruction que les erreurs commises par l'administration concernant le calcul de son ancienneté acquise au titre de l'avantage spécifique d'ancienneté et de la reconnaissance de ses droits à l'indemnité de fidélisation en zone difficile, l'on contraint à engager de nombreuses démarches depuis ses premières demandes adressées à l'administration en 2015. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser à M. B la somme de 1 000 euros.
Sur les intérêts :
19. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
20. En l'espèce, le requérant a saisi le préfet de police d'une demande préalable le 28 janvier 2020. Les sommes allouées au requérant porteront donc intérêt au taux légal à compter de cette date.
Sur les intérêts des intérêts :
21. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée par M. B le 28 janvier 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 28 janvier 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de M. B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite du 23 novembre 2019 est annulée en tant qu'elle refuse de procéder à la rectification du calcul de l'avantage spécifique d'ancienneté de M. B depuis son affectation à Ondaine, en 2002 et de lui accorder le bénéfice de l'indemnité de fidélisation en secteur difficile à compter du 1er septembre 2015.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder à la reconstitution de la carrière du requérant et au versement des sommes qui lui sont dues dans la mesure rendue nécessaire par l'annulation mentionnée au premier article.
Article 3 : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 1 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 janvier 2020. Les intérêts échus à la date du 28 janvier 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 4 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Laloye, président,
Mme Roussier, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.
Le rapporteur,
M. Theoleyre
Le président,
P. Laloye
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer et au préfet de police en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2001256/6-2 et 2013961/6-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026