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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2002605

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2002605

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2002605
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantCABINET LOIRE, HENOCHSBERG (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2020, Mme D E, représentée par Me Loiré, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de protection fonctionnelle du 11 avril 2019 ;

2°) d'enjoindre à la ministre des armées de lui accorder la protection fonctionnelle, d'une part, en lui délivrant un visa ainsi qu'à son époux et à ses enfants, d'autre part, en mettant en œuvre les mesures propres à assurer leur sécurité immédiate, dans un délai respectivement d'un mois et de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, enfin, en prenant en charge matériellement et financièrement leur frais de voyage jusqu'à Islamabad, dans l'hypothèse où leur visas lui seraient délivré à l'ambassade de France au Pakistan, puis jusqu'en France, en y organisant matériellement leur accueil, en leur délivrant un titre de séjour et en prenant en charge l'assistance juridique et les frais y afférents, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Loiré en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les articles 11 et 32 de la loi du 13 juillet 1983 et le principe général du droit selon lequel les fonctionnaires mais également les collaborateurs occasionnels du service public et les agents non-titulaires recrutés à l'étranger doivent bénéficier de la protection fonctionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle fait l'objet de menaces et d'agressions en raison de ses fonctions auprès de l'armée française et qu'aucune faute personnelle ni motif d'intérêt général ne s'oppose à ce qu'elle bénéficie de la protection fonctionnelle.

Par un mémoire, enregistré le 4 novembre 2022, le ministre des armées conclut à ce qu'il n'y ait lieu à statuer sur la requête.

Il soutient qu'après la prise du pouvoir par les Talibans le 15 août 2021, il a transmis, au titre de son obligation de protection fonctionnelle, les coordonnées et les passeports de l'ensemble des membres de la famille de Mme E au ministre des affaires étrangères afin qu'un visa aux fins d'acheminement en France leur soit délivré et, qu'à ce jour, Mme E, son époux et leurs deux plus jeunes enfants ont été évacués en France, mais qu'il ne sait pas pourquoi les deux aînés n'ont pas été contactés par les services consulaires.

Par un courrier du 4 novembre 2022, le tribunal, pour compléter l'instruction, a demandé, d'une part, à la requérante, d'autre part, au ministre de l'intérieur et au ministre de l'Europe et des affaires étrangères pourquoi les enfants de Mme E F I G et B G n'ont pas été contactés par les services consulaires et évacués en France avec leur parents et leurs deux frères Mohammad C et Mohammad A.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris du 3 septembre 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Julinet, premier conseiller,

- les conclusions de M. Degand, rapporteur public,

- et les observations de Me Grisolle, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 23 mars 2019 reçu le 11 avril 2019, Mme D E, ressortissante afghane, a demandé le bénéfice de la protection fonctionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision implicite, née du silence gardé sur sa demande, par laquelle la ministre des armées a refusé de faire droit à sa demande, et à ce qu'il soit enjoint à la ministre des armées de lui accorder cette protection.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :

2. Le ministre des armées soutient, sans être contredit, qu'après la prise du pouvoir par les Talibans le 15 août 2021, il a transmis, au titre de son obligation de protection fonctionnelle, les coordonnées et les passeports de l'ensemble des membres de la famille de Mme E au ministre des affaires étrangères afin qu'un visa aux fins d'acheminement en France leur soit délivré et, qu'à ce jour, Mme E, son époux et leurs deux plus jeunes enfants F C et F A ont été évacués en France, mais qu'il ne sait pas pourquoi les deux aînés Mohammad Shabir G et Hadia G n'ont pas été contactés par les services consulaires.

3. Ces faits, non contestés, doivent être regardés comme révélant que, par une décision postérieure à l'introduction de l'instance, la ministre des armées a accordé à Mme E la protection fonctionnelle qu'elle avait demandée pour elle et sa famille.

4. Dès lors, les conclusions de Mme E tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande et ses conclusions, accessoires, à fin d'injonction sous astreinte, sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer. Il appartient seulement au ministre de l'Europe et des affaires étrangères et au ministre de l'intérieur d'exécuter pleinement cette décision en délivrant à Mohammad Shabir G et Hadia G un visa aux fins d'acheminement en France.

Sur les frais liés au litige :

5. Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Loiré, avocat de Mme E, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Loiré d'une somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête de Mme E.

Article 2 : L'Etat versera à Me Loiré une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Loiré renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à Me Loiré et au ministre des armées.

Copie en sera adressée à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

Le rapporteur,

S. JULINET

La présidente,

C. RIOU La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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