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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2004489

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2004489

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2004489
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mars 2020 et 12 mai 2022, M. A B, représenté par Me Semak, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 21 octobre 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice à son égard des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration :

- de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 21 octobre 2019, date de suspension des conditions matérielles d'accueil, et ce dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

- d'examiner la demande d'admission de M. B dans un lieu prévu à l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de 10 jours suivant la notification du jugement à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

- de procéder à son entretien personnel et à une évaluation de sa vulnérabilité dans un délai de 10 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; de lui indiquer le lieu d'hébergement susceptible de l'accueillir dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte.

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'examen au regard de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions relatives au droit à des conditions matérielles d'accueil ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-6 et R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne justifiant pas avoir procédé à un entretien au cours duquel sa vulnérabilité aurait été évaluée alors qu'il est dans une situation de grande précarité et présente un état d'anxiété chronique ;

- elle méconnaît l'article 9 du règlement CE n°1560/2003 du 2 septembre 2003, aucun élément ne permettant d'établir que la déclaration de fuite a été transmise aux autorités suisses.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 juin 2022.

M. B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 février 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement (CE) n°1560/2003 modifié de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kanté, première conseillère,

- et les conclusions de M. Schaeffer, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1992, est entré irrégulièrement en France le 22 septembre 2018. Il a demandé son admission au séjour au titre de l'asile le 7 novembre 2018. Placé sous procédure Dublin, il a accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Déclaré en fuite, l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a informé par courrier du 9 septembre 2019 de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. B a présenté ses observations le 3 octobre 2019. Par décision du 21 octobre 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 février 2020 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la légalité de la décision attaquée :

3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile () n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; (). " Aux termes de l'article D. 744-35 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le versement de l'allocation peut être suspendu lorsqu'un bénéficiaire : () / 2° Sans motif légitime, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'information ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; (). " L'article D. 744-38 du même code, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " La décision de suspension () de l'allocation est écrite, motivée et prise après que l'allocataire a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans le délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. (). "

4. En premier lieu, la décision du 21 octobre 2019 vise les textes applicables, à savoir les articles L. 744-8, D. 744.35 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que M. B " n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités " ni " n'a répondu aux demandes d'informations ". Elle comporte ainsi, avec suffisamment de précisions, les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, de façon à permettre à son destinataire d'en comprendre les motifs à sa seule lecture. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a informé M. B, par courrier du 18 septembre 2019, de son intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil n'aurait pas tenu compte, avant de décider de la suspension de ces conditions, des observations présentées par M. B le 30 septembre 2019, afin de justifier son absence aux rendez-vous qui lui avaient été fixés les 26 août et 2 septembre 2019. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a ainsi procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation et du vice de procédure au regard des dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui manquent en fait, doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ". Et aux termes de l'article R. 744-14 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".

7. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, M. B, qui a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité en langue dari, langue qu'il comprend, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile le 7 novembre 2018, ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'un tel entretien préalablement à l'édiction de la décision lui suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen allégué en ce sens ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, M. B soutient qu'il est dans une situation de grande vulnérabilité et qu'il n'a pu se rendre aux convocations des 26 août et 2 septembre 2019, en raison de la dégradation de son état de santé. S'il a informé l'office français de l'immigration et de l'intégration, par courrier du 30 septembre 2019, qu'il n'avait pu se rendre à la convocation du 2 septembre 2019, du fait de son hospitalisation au centre hospitalier de Saint-Denis, il s'est cependant abstenu de justifier de son absence à la convocation du 26 août 2019. Dans ces conditions, le motif invoqué par M. B pour justifier sa défaillance aux rendez-vous fixés par la préfecture de police ne peut être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme légitime. Il s'ensuit qu'en suspendant les conditions matérielles d'accueil de M. B, au motif qu'il avait manqué de se présenter aux autorités, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas commis d'erreur de droit et a fait une exacte application des articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

9. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 9 du règlement CE n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 qui concerne le placement en fuite du requérant et non la décision attaquée suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est inopérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 octobre 2019. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent être rejetées. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Lambrecq, première conseillère,

Mme Kanté, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La rapporteure,

C. KantéLa présidente,

C. Riou

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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