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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2004685

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2004685

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2004685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 mars 2020 et 19 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Béguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler le compte rendu d'entretien professionnel, notifié le 6 février 2020, au titre de l'année 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un vice d'incompétence dès lors que son entretien n'a pas été conduit par son supérieur hiérarchique direct ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas eu connaissance, préalablement à son entretien, des attentes de sa hiérarchie et de son appréciation quant à sa manière de servir. Il n'a, dès lors, pas pu bénéficier d'un temps suffisant pour préparer son entretien d'évaluation ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa note globale, de ses aptitudes et compétences professionnelles et de ses objectifs de l'année écoulée ;

- est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- caractérise un harcèlement moral de la part de sa hiérarchie.

Par des observations, enregistrées le 5 septembre 2022, le préfet de police conclut à son incompétence pour présenter des observations en matière de contentieux des évaluations professionnelles des personnels actifs de la police nationale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. C sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°95-654 du 9 mai 1995 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- le décret n° 2013-1144 du 11 décembre 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, capitaine de police, alors affecté au commissariat central du 4ème arrondissement de Paris, a fait l'objet d'un entretien d'évaluation au titre de l'année 2017 qui a été annulé pour vice de procédure par un jugement du tribunal n°1708998 du 4 avril 2019, devenu définitif, au motif que cet entretien n'avait pas été assuré par son supérieur hiérarchique direct. Un nouvel entretien d'évaluation s'est déroulé le 6 février 2020. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler le compte rendu de son entretien professionnel établi le 6 février 2020 au titre de l'année 2017.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984, alors en vigueur : " Par dérogation à l'article 17 du titre Ier du statut général, l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct. Toutefois, les statuts particuliers peuvent prévoir le maintien d'un système de notation. () Un décret en Conseil d'État fixe les modalités d'application du présent article. ". Aux termes de l'article 16 du décret du 9 mai 1995 : " La notation des fonctionnaires actifs des services de la police nationale fait l'objet d'un ou plusieurs entretiens d'évaluation. Elle est établie annuellement sur une notice qui comporte : / 1. Une liste d'éléments d'appréciation non chiffrée permettant d'évaluer les qualités personnelles, professionnelles et les aptitudes manifestées dans l'exercice des fonctions ; / 2. Une grille de notation par niveau de 1 à 7 qui rend compte de la situation du fonctionnaire ; / 3. Une appréciation non chiffrée qui rend compte de l'évolution de la valeur du fonctionnaire. ". Aux termes de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. / La date de cet entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct et communiquée au fonctionnaire au moins huit jours à l'avance. ". L'article 3 du même décret dispose que : " L'entretien professionnel porte principalement sur : / 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève ; / 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des perspectives d'évolution des conditions d'organisation et de fonctionnement du service ; / 3° La manière de servir du fonctionnaire ; /4° Les acquis de son expérience professionnelle ; / 5° Le cas échéant, la manière dont il exerce les fonctions d'encadrement qui lui ont été confiées ; / 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu'il doit acquérir et à son projet professionnel ; / 7° Ses perspectives d'évolution professionnelle en termes de carrière et de mobilité. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte rendu de l'entretien portant sur l'évaluation professionnelle de M. C au titre de l'année 2017, que cet entretien a été effectué par M. Rivière, commissaire central adjoint du commissariat central du 4ème arrondissement de Paris. M. C soutient qu'en raison du décès de son supérieur hiérarchique direct, le capitaine E, et du départ à la retraite de M. D, chef du service de sécurisation de proxmité, son adjointe, la commandante Legrand, aurait dû assurer la conduite de son entretien d'évaluation en lieu et place du commissaire Rivière, qui n'était pas son supérieur hiérarchique direct. Il précise, à cet égard, qu'il ne recevait pas, durant l'année évaluée, ses instructions du commissaire central adjoint, lequel n'a jamais assuré quotidiennement l'organisation et le contrôle de son activité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du jugement du tribunal n°1708998 du 4 avril 2019, que seul M. D pouvait être regardé comme le supérieur hiérarchique de M. C dès lors que M. E n'organisait pas son travail au quotidien, notamment en raison de ses obligations syndicales. Par suite, en raison du départ à la retraite de M. D le 29 juin 2019, seul le commissaire Rivière devait être regardé comme le supérieur hiérarchique direct de M. C à la date où l'entretien d'évaluation a été effectué. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. C soutient qu'il n'a pas eu connaissance, préalablement à son entretien, des attentes de sa hiérarchie et de son appréciation quant à sa manière de servir et n'a, dès lors, pas pu bénéficier d'un temps suffisant pour préparer ses observations. Toutefois, M. C a été reçu en entretien le 6 février 2020 et a pu prendre connaissance des éléments sur lesquels sa hiérarchie s'est fondée pour apprécier sa valeur professionnelle et ainsi apporter tout élément utile pour faire valoir ses observations. Par ailleurs, M. C ne peut utilement exciper de l'instruction du 28 février 2017 relative à la campagne d'évaluation pour 2017 du corps de commandement de la police nationale ni du guide de l'entretien profesionnel des corps actifs de la police nationale, qui sont dépourvus de caractère réglementaire.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte rendu de l'entretien portant sur l'évaluation professionnelle de M. C au titre de l'année 2017, que celui-ci a duré soixante minutes. En l'espèce, une telle durée d'entretien est suffisante pour permettre d'examiner les éléments relatifs aux résultats obtenus par l'agent, à sa manière de servir et ses perspectives d'amélioration professionnelle, à ses besoins en formation ainsi que ses perspectives d'évolution professionnelle et les objectifs assignés pour l'année à venir, en vertu des dispositions précitées de l'article 3 du décret du 28 juillet 2010. Le moyen tiré du vice de procédure doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le compte rendu d'évaluation de M. C au titre de l'année 2017 fait état de ce que la bonne implication de l'intéressé a permis de dynamiser les résultats obtenus s'agissant en particulier des opérations menées par la brigade VTT. Si M. C fait valoir que sa note globale a été abaissée par rapport à sa précédente évaluation, passant de 4,1739 à 4,16, cette très légère diminution ne révèle pas d'erreur manifeste dans l'appréciation de la manière de servir de l'intéressé, alors que parallèlement l'évaluation en litige ne comporte plus aucun item dont la note est égale à 3/7. Le moyen doit, par suite, être écarté.

7. En dernier lieu, M. C soutient que sa notation fait suite à son refus d'exécuter des ordres illégaux relevant de pratiques dites de " contrôles au faciès " ayant conduit sa hiérarchie à mettre en œuvre des agissements revêtant le caractère de harcèlement moral. A l'appui de ses allégations, il produit l'enregistrement audio et vidéo d'un entretien avec ses supérieurs hiérarchiques le 21 octobre 2013, et une retranscription de cet entretien, afin d'établir qu'il aurait été victime d'un chantage dans le but de le contraindre à quitter le commissariat du 4ème arrondissement de Paris. Toutefois, ces éléments ne peuvent qu'être écartés des débats eu égard au principe de loyauté des preuves qui s'impose dans le procès administratif, sauf si un intérêt public majeur le justifie. Enfin, le détournement de pouvoir allégué n'est pas davantage établi. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision en cause constituerait un harcèlement moral et serait entachée d'un détournement de pouvoir doivent être écartés. Ainis, les éléments versés au dossier ne sont pas de nature à faire présumer que ce compte rendu d'entretien professionnel révélerait une situation de harcèlement moral, les appréciations portées à son égard par son supérieur hiérarchique ne permettant pas de caractériser de tels agissements. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision en cause constituerait un harcèlement moral et un détournement de pouvoir doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Versol, présidente,

M. Pény, premier conseiller,

M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur

A. B

La présidente,

F. VersolLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./6-3

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