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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2005973

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2005973

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2005973
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantGONNORD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2020, Mme A B, représentée par Me Gonnord, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2020 fixant à 11% le taux de sa prime modulable pour l'année 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de la justice de communiquer un document anonymisé précisant la ventilation des taux de prime modulable des magistrats exerçant leurs fonctions au Parquet général au sein de la cour d'appel de Paris ;

3°) d'enjoindre au ministre de la justice et à la procureure générale près la cour d'appel de Paris, de fixer son taux de prime modulable à 12 % ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de fixer un nouveau taux, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et de discrimination en raison de la non-prise en compte de son handicap pour l'appréciation du travail qu'elle a fourni au cours de l'année et ainsi, pour la fixation du taux de prime en découlant.

Un mémoire en défense a été enregistré le 23 novembre 2021, par le ministre de la justice qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens de Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au

9 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2003-1284 du 26 décembre 2003 ;

- l'arrêté 3 mars 2010 pris en application du décret n° 2003-1284 du

26 décembre 2003 relatif au régime indemnitaire de certains magistrats de l'ordre judiciaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,

- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gonnord, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, magistrat de l'ordre judiciaire, est affectée depuis le

1er septembre 2016 à la cour d'appel de Paris en qualité de substitut général. Elle a été reconnue travailleur handicapé à compter du 17 juin 2008 par décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du 23 septembre 2009. Son poste a alors fait l'objet de plusieurs aménagements successifs et évolutifs pour tenir compte de son handicap. Par décision du 6 janvier 2020, son taux de prime modulable a été fixé à 11% pour l'année 2020. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Le décret du 26 décembre 2003 relatif au régime indemnitaire de certains magistrats de l'ordre judiciaire prévoit, à son article premier, qu'une indemnité peut être allouée aux magistrats de l'ordre judiciaire exerçant leurs fonctions en juridiction. Cette indemnité, destinée à rémunérer l'importance et la valeur des services rendus et à tenir compte des sujétions afférentes à l'exercice de leurs fonctions, comprend notamment une prime modulable attribuée, ainsi qu'il est précisé à l'article 3 de ce même décret, en fonction de la contribution du magistrat au bon fonctionnement de l'institution judiciaire. L'article 7 précise que cette prime est calculée en pourcentage du traitement indiciaire brut et que le montant des crédits disponibles au titre de la prime modulable pour les magistrats du siège, d'une part, et du parquet, d'autre part, est déterminé par application d'un taux moyen à la masse des traitements indiciaires des magistrats concernés. Le taux d'attribution individuelle de la prime modulable est fixé pour les magistrats exerçant en juridiction, respectivement par le premier président de la cour d'appel pour chaque magistrat du siège de leur ressort et par le procureur général près la cour d'appel pour chaque magistrat du parquet du ressort, sur proposition du chef de juridiction sous l'autorité duquel est placé le magistrat pour ceux qui sont affectés dans une juridiction du premier degré.

3. L'article 2 de l'arrêté du 3 mars 2010 pris pour l'application de ce décret dispose que les taux moyen et maximal d'attribution individuelle de cette prime sont fixés respectivement, à compter du 1er janvier 2013, à 12% et 18%.

4. Si les dispositions rappelées au point 2 du décret du 26 décembre 2003 ont nécessairement pour effet, par suite du caractère limité du montant des crédits disponibles au titre de la prime modulable, que la contribution d'un magistrat au bon fonctionnement du service public de la justice doit être appréciée, à l'occasion de la fixation de son taux individuel de prime, relativement à celle des autres magistrats du même ressort, il appartient à l'administration, pour fixer le taux individuel de prime d'un magistrat qui a la qualité de travailleur handicapé, de tenir compte de son handicap tant pour déterminer le volume et la nature des tâches qui lui sont assignées que pour apprécier, au vu des objectifs ainsi définis par rapport à ses capacités, la contribution de l'intéressé au bon fonctionnement de l'institution judiciaire.

5. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la lettre de notification de la prime accordée à la requérante, en date du 13 janvier 2020, que, pour fixer le taux de la prime modulable attribuée à Mme B, la procureure générale a appliqué des critères objectifs, qui l'ont conduit à accorder un taux supérieur ou égal au taux moyen de 12 % aux magistrats ayant eu à traiter de missions lourdes d'action publique et de coordination sur des dossiers d'action publique, la gestion de dossiers complexes et techniques traités avec efficacité, ayant eu des sujétions particulières ou encore des missions d'encadrement de services.

6. Il est constant, d'une part, que les compétences et mérites professionnels de

Mme B ne sont pas remis en cause par ses supérieurs hiérarchiques et, d'autre part, que celle-ci n'exerce pas de sujétions particulières telles que la gestion de missions lourdes d'action publique. Toutefois, Mme B fait valoir, sans être contestée sur ce point, que les aménagements de son poste, qui excluent ainsi qu'elle soit soumise à de telles sujétions, sont nécessités par son handicap. Dans ces conditions, si les critères retenus par la procureure générale, tels qu'exposés dans sa lettre du 13 janvier 2020, peuvent être regardés comme permettant d'apprécier la contribution de chaque magistrat au bon fonctionnement de l'institution judiciaire, ils n'ont toutefois pas été appliqués à la situation particulière de

Mme B, en tenant compte de sa situation de handicap et des spécificités en découlant dans l'exercice de ses fonctions. Par suite, à défaut de précisions apportées à cet égard par le ministre de la justice, il en résulte que Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée, en ce qu'elle n'a pas pris en compte les sujétions inhérentes à son handicap, est entachée d'erreur de droit.

7. Il s'ensuit que la décision attaquée doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et sans qu'il soit besoin de demander à l'administration la communication du document sollicité par Mme B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Compte tenu du motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que l'administration procède à un nouvel examen de la situation de Mme B au regard de son taux de prime modulable au titre de l'année 2020, dans les conditions rappelées au point 6 du jugement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 janvier 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'administration compétente de procéder au réexamen de la situation de Mme B au titre du taux de prime modulable pour l'année 2020, dans les conditions définies par les motifs du jugement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Duchon-Doris, président,

M. Rebellato, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

J. REBELLATO

Le président,

J.-C. DUCHON-DORIS

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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