vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2006507 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASSEL (SELAFA) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 avril 2020, le 9 octobre 2020 et le
26 novembre 2020, M. Q T, représenté par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler le tableau des mutations outre-mer des fonctionnaires de la police nationale diffusé par télégramme le 26 mars 2020, ainsi que les arrêtés de mutation à La Réunion au titre du mouvement outre-mer pour l'année 2020 de MM. Jean E, Laurent A,
Jean-Michel W, Olivier I, Rudy J, Gilles X, Alexandre N, Fabrice F, Dominique H et Gérard U, ainsi que de Mmes O AB et Gianny G ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de l'affecter à la Réunion à compter de 2020 ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation, le tout sans délai et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la tableau de mutation attaqué est illégal faute de comporter le nom, le prénom et la qualité de son auteur,
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente,
- le refus de le muter à la Réunion est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas établi que sa valeur professionnelle serait inférieure à celle des agents ayant bénéficié de cette mutation au titre de 2020,
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 relative à la fonction publique de l'État.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 20 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation du tableau de mutation diffusé par télégramme le
26 mars 2020 sont irrecevables dès lors que M. T ne démontre pas avoir intérêt à agir à l'encontre de l'ensemble des postes concernés, d'une part, qu'un tel télégramme n'est qu'informatif et est donc insusceptible de lui faire grief, d'autre part ;
- les moyens soulevés par M. T ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 15 juin 2022.
MM. Jean E, Laurent A, Jean-Michel W, Olivier I, Rudy J, Gilles X, Alexandre N, Fabrice F, Dominique H et Gérard U, ainsi que de Mmes O AB et Gianny G à qui la présente procédure a été communiquée, n'ont pas produit de mémoire dans la présente instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n° 2013-728 du 12 août 2013 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. V,
- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. Q T a été titularisé le 1er janvier 2006 en tant que gardien de la paix et était affecté au moment des faits au commissariat de police du dix-neuvième arrondissement de Paris. Il a sollicité sa mutation à La Réunion au titre du mouvement outre-mer pour l'année 2020 par une fiche de candidature enregistrée le 8 novembre 2019. Par un télégramme du 26 mars 2020, le ministre en charge de l'intérieur a diffusé la liste des agents du corps d'encadrement et d'application de la police nationale bénéficiant au titre de l'année 2020 d'une mutation outre-mer. Cette liste ne comprenait pas M. T. Par la présente requête, ce dernier demande au tribunal d'annuler ce télégramme du 26 mars 2020 ainsi que les arrêtés subséquents de mutation à La Réunion au titre du mouvement outre-mer pour l'année 2020 de MM. Jean E, Laurent A, Jean-Michel W, Olivier I, Rudy J, Gilles X, Alexandre N, Fabrice F, Dominique H et Gérard U, ainsi que de Mmes O AB et Gianny G.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".
3. Le télégramme du 26 mars 2020 comportait les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a prononcé les mutations des agents du corps d'encadrement et d'application de la police nationale à La Réunion au titre du mouvement pour 2020, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions par lesquelles il refusait de donner une suite favorable aux demandes de mutations dans ce département des autres agents du même corps ayant candidaté au titre dudit mouvement. S'il en résulte que les dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration étaient bien applicables à ce télégramme dès lors qu'il constituait une décision prise par l'administration, il ressort des pièces du dossier qu'il mentionnait le prénom, le nom et la qualité de son auteur, à savoir M. D R, alors chef du bureau des grades et gardiens de la paix au ministère de l'intérieur, et qu'il comportait sa signature. Le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit ainsi être écarté.
4. En deuxième lieu, le télégramme du 26 mars 2022 a, ainsi qu'il vient d'être dit, été pris par M. R, chef du bureau des grades et gardiens de la paix au ministère de l'intérieur. Ce dernier a également signé les arrêtés individuels de mutation de MM. X, N et F le 2 juillet 2020 et celui de M. J le 3 juillet 2020. Les autres arrêtés individuels de mutation attaquées par M. T ont quant à eux été signés le 25 juin 2020 pour le chef du bureau des grades et gardiens de la paix par Mme Sylvie Hervé-Magne, conseillère d'administration du ministère de l'intérieur et de l'outre-mer. Ces derniers avaient compétence pour édicter lesdites décision en vertu d'une décision de délégation de signature du 22 mai 2019 publiée au Journal officiel de la République française le 29 mai suivant. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence des auteurs des décisions en litige doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur se serait fondé sur des faits erronés afin d'établir la liste des agents du corps d'encadrement et d'application de la police nationale bénéficiant d'une mutation à La Réunion au titre du mouvement outre-mer pour l'année 2020 ni pour rejeter la demande de M. T.
6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, dans ses dispositions alors applicables : " I. - L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. / II. - Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées à l'article 62 bis, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée : / 1° Au fonctionnaire séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles, ainsi qu'au fonctionnaire séparé pour des raisons professionnelles du partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité s'il produit la preuve qu'ils se soumettent à l'obligation d'imposition commune prévue par le code général des impôts ; / 2° Au fonctionnaire en situation de handicap relevant de l'une des catégories mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail ; / 3° Au fonctionnaire qui exerce ses fonctions, pendant une durée et selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles ; / 4° Au fonctionnaire qui justifie du centre de ses intérêts matériels et moraux dans une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie ; / 5° Au fonctionnaire, y compris relevant d'une autre administration, dont l'emploi est supprimé et qui ne peut être réaffecté sur un emploi correspondant à son grade dans son service. ".
7. Les dispositions précitées ne subordonnent la légalité des mutations prononcées lors de ces mouvements de mutation ni au respect d'un régime de priorité, ni à l'observation d'un barème de mutation, lequel, est purement indicatif. En outre, il résulte de ces dispositions que, lorsque dans le cadre d'un mouvement de mutation, un poste a été déclaré vacant, alors que des agents se sont portés candidats dans le cadre de ce mouvement, l'administration doit procéder à la comparaison des candidatures dont elle est saisie en fonction, d'une part, de l'intérêt du service et d'autre part, si celle-ci est invoquée, de la situation de famille des intéressés, appréciée compte tenu des priorités fixées par les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984. L'administration doit également tenir compte de l'ancienneté dans le corps, de l'expérience professionnelle et du grade des candidats ainsi que des caractéristiques du poste à pourvoir.
8. En l'espèce, MM. E, A, X et F avaient le grade de brigadier de police et Mme AB celui de major de police. Ils ne relevaient donc pas du même grade que M. T et n'avaient pas vocation à occuper les mêmes emplois que ce dernier.
9. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. W a obtenu sa mutation à La Réunion après avoir formulé sa demande au titre du rapprochement de conjoints. Par suite, le demande de mutation de M. W était prioritaire au sens des dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 précité.
10. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. I, M. J, M. N, Mme G, M. U et M. H justifiaient du centre de leurs intérêts moraux et matériels à
La Réunion, si bien que leurs demandes présentaient un caractère prioritaire au sens des dispositions précitées de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984. Si tel était également le cas de
M. T, celui-ci disposait d'une notation fixée à seulement 5, suite à une baisse d'un point intervenue en 2018, quand M. I, M. N, Mme G, M. U et M. H présentaient une note chiffrée de 6. De plus, M. I avait exercé ses fonctions de gardien de la paix dans les services de la police aux frontières et a été nommé, du fait de cette expérience, à un poste similaire à Saint-Denis de La Réunion. Mme G, M. N et M. H avaient déjà exercé en qualité de gardiens de la paix à La Réunion, ce qui n'était pas le cas de M. T qui y avait travaillé en qualité de gendarme auxiliaire. Enfin, en ce qui concerne M. J, s'il est vrai que ce dernier disposait également d'une note de 5 et d'une ancienneté dans le corps des gardiens de la paix significativement inférieure à celle de M. T et possédait moins de points que le requérant au barème indicatif des mutations, il avait fait l'objet de neuf lettres de félicitations entre 2014 et l'intervention de la décision de mutation attaquée, alors que le requérant n'en produit aucune.
11. Dans ces conditions, eu égard aux circonstances rappelées aux points 8 à 10, c'est sans entacher les décisions contestées d'erreurs manifestes d'appréciation que le ministre de l'intérieur a pu faire droit aux demandes de mutation de MM. Jean E, Laurent A, Jean-Michel W, Olivier I, Rudy J, Gilles X, Alexandre N, Fabrice F, Dominique H et Gérard U, ainsi que de Mmes O AB et Gianny G, après avoir rejeté celle de M. T.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense et tirées de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du tableau de mutation diffusé par télégramme le 26 mars 2020 compte tenu de son absence de caractère décisoire et de l'absence d'intérêt à agir à son encontre du requérant, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. T doivent être intégralement rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. T est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Q T, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. B E, à M. Q A, à M. AA W, à M. S I, à M. C J, à M. M X, à M. Y N, à M. P F, à
M. Z H, à M. K U, à Mme O AB et
à Mme L G.
Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laloye, président,
M. Le Broussois, premier conseiller
M. Thulard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
Le rapporteur,
V. V
Le président,
P. LaloyeLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026