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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2007032

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2007032

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2007032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantCABINET FRANCK COHEN AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 11 mai 2020 et 3 mai 2021, M. B C, représenté par Me Samson puis par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté ses recours gracieux à l'encontre du refus de lui attribuer huit points en application de l'article L. 223-6 du code de la route à la suite des stages de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a accomplis les 11 et 12 mai 2018 et 13 et 14 mars 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui attribuer huit points en application de l'article L. 223-6 du code de la route à la suite des stages de sensibilisation à la sécurité routière accomplis ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'une attribution de points à la suite des deux stages de sensibilisation qu'il a effectués.

Par un mémoire enregistré le 3 mai 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par M. C n'est pas fondé.

Par un mémoire enregistré le 21 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

-il soutient qu'il aurait dû faire une demande d'échange de son permis de conduire italien contre un permis français pour se voir reconnaître le bénéfice de ses stages.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route,

- l'arrêté du 8 février 1999 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats appartenant à l'Union européenne et à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Cohen.

1. M. C demande l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté ses recours gracieux tendant à la prise en compte des deux stages de sensibilisation à la conduite routière qu'il a effectués les 11 et 12 mai 2018 et

13 et 14 mars 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, il résulte de la combinaison des dispositions des articles R. 222-1 et

R. 222-2 du code de la route ainsi que de l'article 4 de l'arrêté du 8 février 1999 que si le titulaire d'un permis de conduire délivré par l'un des Etats membres de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen n'est, en principe, pas tenu de procéder à l'échange de ce permis pour conduire en France, cet échange devient en revanche obligatoire si, ayant sa résidence normale en France, il a commis sur le territoire national une infraction ayant entraîné une mesure de restriction, de suspension, de retrait ou d'annulation du droit de conduire ou de retrait de points. Lorsque le titulaire d'un tel permis n'a pas procédé à l'échange auquel il était tenu, l'administration est fondée à le regarder comme étant exclusivement titulaire d'un permis français et à appliquer sur ce permis les mesures qu'appelle l'infraction commise et, le cas échéant, les mesures ultérieurement applicables. Sont dépourvues d'incidence à cet égard les dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-2 du code de la route selon lesquelles le conducteur qui, en pareille hypothèse, n'effectue pas l'échange de son permis s'expose à une amende.

3. Doivent être regardées notamment comme constituant des mesures ultérieurement applicables tant les décisions constatant la perte de validité du permis français que celles relatives à la reconstitution totale ou partielle du capital de points dont peut bénéficier le titulaire du permis français en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route.

4. D'autre part, les décisions portant retrait de points d'un permis de conduire, de même que celles qui constatent la perte de validité d'un permis de conduire ne sont opposables à son titulaire qu'à compter de la date à laquelle elles lui sont notifiées. Tant que le retrait de l'ensemble des points du permis ne lui a pas été rendu opposable, l'intéressé peut prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route prévoyant des reconstitutions de points lorsque le titulaire du permis a accompli un stage de sensibilisation à la sécurité routière ou qu'il n'a commis aucune infraction ayant donné lieu à retrait de points pendant une certaine période.

5. Il résulte de l'instruction et notamment du relevé d'information intégral édité le 30 avril 2021 que M. C, a obtenu un permis de conduire italien qui lui a été délivré le 24 décembre 2014, converti le 6 mai 2016. L'intéressé, dont la résidence normale en France n'est pas contestée, a commis des infractions au code de la route les 29 mai 2017, 8 décembre 2017 et 24 janvier 2018 ayant entrainé des retraits de points. Eu égard à ces éléments, M. C doit être regardé comme étant exclusivement titulaire d'un permis de conduire français, susceptible de se voir appliquer les mesures qu'appellent les infractions commises et, le cas échéant, les mesures ultérieurement applicables, notamment celles relatives aux restitutions de points. Par ailleurs, il n'est pas contesté qu'à la date du dernier jour de ses deux stages, M. C ne s'était pas vu notifié de décision prononçant l'invalidité de son permis de conduire, qu'il était ainsi en droit d'obtenir une récupération de quatre et quatre points sur son capital de points. Dans ces conditions, M. C était fondé à obtenir la restitution de huit points à l'issue des stages de sensibilisation suivis les 11 et 12 mai 2018 et 13 et 14 mars 2020. Par suite, la décision du ministre de l'intérieur rejetant implicitement la demande présentée en ce sens doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit fait injonction au ministre de l'intérieur, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de restituer dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, le bénéfice des huit points obtenus à l'issue des stages de sensibilisation des 11 et 12 mai 2018 et 13 et 14 mars 2020 et de reconstituer en conséquence le capital de points attaché au permis de conduire de M. C en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur son capital de points et son droit de conduire.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2500 euros réclamée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de créditer le solde du permis de conduire français de M. C de huit points est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. C, dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, le bénéfice de huit points, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 2500 euros sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 Juillet 2022.

La magistrate désignée,

A. A

La greffière,

I. Garnier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°200703

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