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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2007458

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2007458

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2007458
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET ARENTS, TRENNEC (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Sous le n° 2007458, par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 mai 2020, le 26 mai 2020 et le 16 février 2022, M. AC H, représenté par la SCP Arents Trennec, demande au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision implicite par laquelle le ministre en charge de l'intérieur a rejeté sa demande de mutation à la Réunion au titre du mouvement outre-mer pour l'année 2020,

- le tableau des mutations outre-mer des fonctionnaires de la police nationale diffusé par télégramme le 26 mars 2020,

- les arrêtés de mutation à la Réunion à compter du 1er septembre 2020 de

MM. Jean-Michel AA, Olivier J, Alexandre N, Dominique I, Gérard Y et Didier D, ainsi que de Mme M F ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à sa mutation à la Réunion et de réaffecter les fonctionnaires dont l'annulation de la mutation est demandée dans leurs administrations d'origine, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision implicite rejetant sa demande de mutation à la Réunion au titre du mouvement pour 2020 :

- elle méconnaît les dispositions de l'article 60 de la loi n° 83-634 telles que modifiées par l'article 85 de la loi n°2017-256 du 28 février 2017,

- elle méconnaît le principe d'égalité,

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les arrêtés individuels de mutation en litige :

- ils sont illégaux en l'absence de signature et de mention des noms, prénoms et qualités de leurs auteurs,

- ils ont été pris par une autorité incompétente,

- ils sont entachés d'un défaut d'examen particulier des situations personnelles des fonctionnaires en cause,

- ils méconnaissent les dispositions de l'article 60 de la loi n° 83-634 telles que modifiées par l'article 85 de la loi n°2017-256 du 28 février 2017,

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation,

- la mutation de M. J est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il aurait dû être muté au titre du mouvement profilé et non du mouvement polyvalent.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 28 février 2022.

M. AG AA, M. W J, M. AD N, Mme M F, M. AE I, M. L Y et M. K D, à qui la présente procédure a été communiquée, n'ont pas produit de mémoire.

II. Sous le n° 2100524, par une requête enregistrée le 12 janvier 2021, M. AC H, représenté par la SCP Arents Trennec, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés de mutation à la Réunion, au titre du mouvement pour l'année 2020, de MM. Jean C, Laurent AB, Kevin U, Pascal O, Aristide Niobe, Ludovic G et Ludovic R ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réaffecter les fonctionnaires dont l'annulation de la mutation est demandée dans leurs administrations d'origine, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- les arrêtés litigieux sont illégaux en l'absence de signature et de mention des noms, prénoms et qualités de leurs auteurs,

- ils ont été pris par une autorité incompétente,

- ils sont entachés d'un défaut d'examen particulier des situations personnelles des fonctionnaires en cause,

- ils méconnaissent les dispositions de l'article 60 de la loi n° 83-634 telles que modifiées par l'article 85 de la loi n°2017-256 du 28 février 2017,

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 15 décembre 2022.

MM. Jean C, Laurent AB, Kevin U, Pascal O, Ludovic G et Ludovic R, à qui la présente procédure a été communiquée, n'ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°95-654 du 9 mai 1995 ;

- le décret n° 2013-728 du 12 août 2013 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Z,

- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. AC H a été titularisé le 1er décembre 2004 gardien de la paix et était affecté au moment des faits au commissariat des Lillas. Il est constant qu'il a sollicité sa mutation à La Réunion au titre du mouvement outre-mer pour l'année 2020. Par un télégramme du 26 mars 2020, le ministre en charge de l'intérieur a diffusé la liste des agents du corps d'encadrement et d'application de la police nationale bénéficiant au titre de l'année 2020 d'une mutation outre-mer. Cette liste ne comprenait pas M. H. Par la requête enregistrée sous

le n° 2007458, ce dernier demande au tribunal d'annuler ce télégramme du 26 mars 2020, la décision implicite rejetant sa demande de mutation à la Réunion, ainsi que les arrêtés de mutation à La Réunion au titre du mouvement outre-mer pour l'année 2020 de MM. Jean-Michel AA, Olivier J, Alexandre N, Dominique I, Gérard Y et Didier D, ainsi que de Mme M F. Par une seconde requête, enregistrée sous le n° 2100524, il demande au tribunal d'annuler les arrêtés de mutation à la Réunion de MM. Jean C, Laurent AB, Kevin U, Pascal O, Aristide Niobe, Ludovic G et Ludovic R.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2007458 et 2100524 sont présentées par le même requérant et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.

Sur les conclusions de la requête n° 2007458 :

En ce qui concerne les arrêtés individuels de mutation à La Réunion au titre du mouvement outre-mer pour l'année 2020 attaqués :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que les sept arrêtés litigieux mentionnaient tous le prénom, le nom et la qualité de son auteur, à savoir M. B V, alors chef du bureau des grades et gardiens de la paix au ministère de l'intérieur, ou Mme Sylvie Hervé-Magne, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, et comportaient leur signature. Le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration par ces arrêtés doit ainsi être écarté.

5. En deuxième lieu, M. V a signé les arrêtés individuels de mutation de M. D le 8 juin 2020 et de M. N le 2 juillet 2020. Les autres arrêtés individuels de mutation attaqués par M. H ont quant à eux été signés le 25 juin 2020 pour le chef du bureau des grades et gardiens de la paix par Mme Q AF. Ces derniers avaient compétence pour édicter lesdites décisions en vertu d'une décision de délégation de signature du 22 mai 2019 publiée au Journal officiel de la République française le 29 mai suivant. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence des auteurs des décisions en litige doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'ensemble des fonctionnaires ayant candidaté au mouvement de mutation outre-mer pour l'année 2020 avant de prendre les arrêtés en litige.

7. En quatrième lieu, l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée alors applicable, tel que modifié notamment par l'article 85 de la loi n°2017-256 du 28 février 2017 dont M. H entend se prévaloir, dispose : " I. - L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. / II. - Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées à l'article 62 bis, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée : / 1° Au fonctionnaire séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles, ainsi qu'au fonctionnaire séparé pour des raisons professionnelles du partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité s'il produit la preuve qu'ils se soumettent à l'obligation d'imposition commune prévue par le code général des impôts ; / 2° Au fonctionnaire en situation de handicap relevant de l'une des catégories mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail ; / 3° Au fonctionnaire qui exerce ses fonctions, pendant une durée et selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles ; / 4° Au fonctionnaire qui justifie du centre de ses intérêts matériels et moraux dans une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie ; / 5° Au fonctionnaire, y compris relevant d'une autre administration, dont l'emploi est supprimé et qui ne peut être réaffecté sur un emploi correspondant à son grade dans son service. ".

8. Les dispositions précitées ne subordonnent la légalité des mutations prononcées lors de ces mouvements de mutation ni au respect d'un régime de priorité, ni à l'observation d'un barème de mutation, lequel, est purement indicatif. En outre, il résulte de ces dispositions que, lorsque dans le cadre d'un mouvement de mutation, un poste a été déclaré vacant, alors que des agents se sont portés candidats dans le cadre de ce mouvement, l'administration doit procéder à la comparaison des candidatures dont elle est saisie en fonction, d'une part, de l'intérêt du service et d'autre part, si celle-ci est invoquée, de la situation de famille des intéressés, appréciée compte tenu des priorités fixées par les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984. L'administration doit également tenir compte de l'ancienneté dans le corps, de l'expérience professionnelle et du grade des candidats ainsi que des caractéristiques du poste à pourvoir.

9. Contrairement à ce que soutient M. H, ces dispositions ne donnent ainsi pas nécessairement priorité à un agent sur les autres candidats dans le cadre d'un mouvement de mutation vers l'outre-mer au seul motif que le centre de ses intérêts matériels et moraux se situerait dans une collectivité régie par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie. L'autorité administrative peut effet procéder aux mouvements de mutation sans commettre d'erreur de droit en tenant également compte des autres critères de priorité mentionnés au II de l'article 60, puis en procédant à une analyse des besoins du service et de la comparaison des dossiers de l'ensemble des candidats, lesquels doivent être appréciés compte tenu de l'ensemble des priorités fixées par les dispositions de l'article 60 de la loi

du 11 janvier 1984.

10. En cinquième lieu, la localisation du centre des intérêts matériels et moraux du fonctionnaire doit être appréciée, non à la date de la titularisation du fonctionnaire, mais à la date de la décision prise sur chacune de ses demandes. Pour ce faire, il peut être tenu compte de son lieu de naissance, du lieu où se trouvent sa résidence et celle des membres de sa famille, de sa durée du séjour en métropole ou à l'étranger, du lieu où le fonctionnaire est, soit propriétaire ou locataire de biens fonciers, soit titulaire de comptes bancaires, de comptes d'épargne ou de comptes postaux. Il peut également être tenu compte d'autres éléments d'appréciation, parmi lesquels le lieu du domicile avant l'entrée dans la fonction publique de l'agent, celui où il a réalisé sa scolarité ou ses études, la volonté manifestée par l'agent à l'occasion de ses demandes de mutation et de ses affectations ou la localisation du centre des intérêts moraux et matériels de son conjoint ou partenaire au sein d'un pacte civil de solidarité.

11. Il ressort du mémoire en défense du ministre de l'intérieur et n'est pas contesté que M. AA relevait des dispositions du 1° du II de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée et que MM. J, N, I, Y et D, ainsi que Mme F, justifiaient du centre de leurs intérêts moraux et matériels à La Réunion et relevaient ainsi de son 4°. Le ministre fait valoir qu'il n'est en revanche pas établi qu'à la date de la décision attaquée,

M. H aurait relevé d'un des critères de priorité fixé à ce II.

12. Si l'intéressé fait valoir pour sa part qu'il relevait également des dispositions

du 4° du II de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 et s'il justifie pour ce faire être né à

La Réunion, y être demeuré jusqu'en décembre 2002, date de son entrée à l'école nationale de police de Rouen-Oissel, et y avoir suivi toute sa scolarité, en revanche, il ne démontre ni même n'allègue y avoir sa résidence ni y avoir conservé des liens familiaux. S'il indique être propriétaire d'un bien situé à La Réunion, il n'a apporté aucun élément de nature à en justifier. Il n'a pas démontré ni même allégué être titulaire de comptes bancaires, de comptes d'épargne ou de comptes postaux auprès d'un établissement réunionnais, y avoir la qualité d'électeur ou avoir précédemment déjà sollicité sa mutation vers La Réunion. M. H résidait en métropole depuis plus de dix-sept ans à la date des décisions contestées. Enfin, il n'a apporté aucun élément de nature à établir que son épouse aurait elle-même le centre de ses intérêts matériels et moraux à La Réunion si ce n'est un justificatif de son lieu de naissance. Si M. H a bénéficié par le passé de congés bonifiés, cette circonstance ne lui conférait toutefois pas un droit acquis à la fixation à la Réunion du centre de ses intérêts matériels et moraux. De même, la circonstance, postérieure aux décisions attaquées, que le préfet de police ait donné un avis favorable le

18 janvier 2022 à la reconnaissance de la fixation à La Réunion du centre de ses intérêts matériels et moraux est sans incidence sur le présent recours pour excès de pouvoir.

13. Il en résulte qu'au regard des pièces du dossier, il n'est pas établi que M. H aurait relevé à la date des décisions attaquées d'un des critères de priorité dans l'analyse des demandes de mutation fixés au II de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984, ainsi que le fait valoir le ministre de l'intérieur en défense.

14. Dans ces conditions, c'est sans entacher les décisions attaquées d'erreurs manifeste d'appréciation que le ministre de l'intérieur a pu faire droit aux demandes de mutation vers

La Réunion de MM. Jean-Michel AA, Olivier J, Alexandre N, Dominique I, Gérard Y et Didier D, ainsi que de Mme M F.

15. En sixième et dernier lieu et alors que le litige en cause est relatif au mouvement de mutation outre-mer pour l'année 2020, M. H n'assortit pas des précisions suffisantes permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé son moyen tiré d'une erreur de droit entachant l'arrêté procédant à la mutation de M. J à La Réunion dès lors que ce dernier aurait dû être muté au titre du " mouvement profilé " et non du " mouvement polyvalent ".

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. H n'est pas fondé à demander au tribunal l'annulation des arrêtés de mutation à La Réunion au titre du mouvement outre-mer pour l'année 2020 de MM. Jean-Michel AA, Olivier J, Alexandre N, Dominique I, Gérard Y et Didier D, ainsi que de Mme M F.

En ce qui concerne la décision implicite de rejet de la demande de mutation

de M. H et le télégramme du 26 mars 2020 :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 14 que M. H n'est pas fondé à soutenir que la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de mutation à La Réunion méconnaîtrait les dispositions de l'article 60 de la

loi n° 83-634 telles que modifiées par l'article 85 de la loi n°2017-256 du 28 février 2017, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

18. En second lieu, dès lors que M. H ne relevait d'aucun des critères de priorité fixés au II de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 contrairement à MM. Jean-Michel AA, Olivier J, Alexandre N, Dominique I, Gérard Y et Didier D et à Mme M F, cette décision n'a pas méconnu le principe d'égalité.

19. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette décision implicite, ainsi que, par suite, du télégramme du 26 mars 2020, doivent être rejetées. Il en résulte que les conclusions présentées par M. H dans l'instance n° 2007458 à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice doivent également être rejetées.

Sur les conclusions de la requête n° 2100524 :

20. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".

21. Il ressort des pièces du dossier que les sept arrêtés litigieux mentionnaient tous le prénom, le nom et la qualité de son auteur, à savoir M. B V, alors chef du bureau des grades et gardiens de la paix au ministère de l'intérieur, ou Mme Sylvie Hervé-Magne, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, et comportaient leur signature. Le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration par ces arrêtés doit ainsi être écarté.

22. En deuxième lieu, M. V a signé les arrêtés individuels de mutation

de MM. U, O, Niobe et R le 5 juin 2020. Les autres arrêtés individuels de mutation attaqués par M. H ont quant à eux été signés les 5, 22 et 25 juin 2020 pour le chef du bureau des grades et gardiens de la paix par Mme Q AF. Ces derniers avaient compétence pour édicter lesdites décisions en vertu d'une décision de délégation de signature du 22 mai 2019 publiée au Journal officiel de la République française le 29 mai suivant. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence des auteurs des décisions en litige doit être écarté.

23. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'ensemble des fonctionnaires concernés avant de prendre les arrêtés en litige.

24. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que les arrêtés en litige méconnaîtraient l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée alors applicable, tel que modifié notamment par l'article 85 de la loi n°2017-256 du 28 février 2017 dont M. H entend se prévaloir, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 9.

25. En cinquième et dernier lieu, en ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait les arrêtés contestés, MM. C, AB et R avaient le grade de brigadier de police. Ils ne relevaient donc pas du même grade que M. X et n'avaient pas vocation à occuper les mêmes emplois que ce dernier.

26. Par ailleurs, MM. U, O, Niobe et G, gardiens de la paix, ont bénéficié chacun d'une mutation à titre dérogatoire sur le fondement des dispositions alors applicables, de l'article 47 du décret du 9 mai 1995 susvisé, aux termes duquel : " Sans préjudice de l'application des dispositions de l'article 60, alinéa 4, de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, les fonctionnaires de police peuvent obtenir, après avis de la commission administrative paritaire et dans la mesure compatible avec les nécessités du service, des mutations dérogeant aux règles d'établissement des tableaux périodiques de mutation, pour raisons de santé ou autres circonstances graves ou exceptionnelles. ".

27. Il s'ensuit que ces fonctionnaires ont été mutés à La Réunion à titre dérogatoire alors que le requérant avait présenté une demande de mutation au titre du mouvement outre-mer pour 2020. Par suite et alors que M. H ne conteste pas que MM. U, O, Niobe et G, présentaient des raisons de santé ou des circonstances graves ou exceptionnelles susceptibles de justifier leur mutation sur le fondement de l'article 47 du décret du 9 mai 1995, le ministre de l'intérieur n'a pas entaché ses décisions prononçant leurs mutations d'erreurs manifestes d'appréciation.

28. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. H n'est pas fondé à demander au tribunal l'annulation des arrêtés de mutation à La Réunion, au titre de l'année 2020, de MM. Jean C, Laurent AB, Kevin U, Pascal O, Aristide Niobe, Ludovic G et Ludovic R. Par suite, les conclusions qu'il a présentées dans

l'instance n° 2100524 à fin d'injonction doivent également être rejetées

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2007458 et 2100524 de M. H sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. AC H, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. AG AA, à M. W J, à M. AD N,

à Mme M F, à M. AE I, à M. L Y, à M. K D,

à M. A C, à M. S AB, à M. E U, à M. P O,

à M. T G et à M. T R

Délibéré après l'audience du 3 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laloye, président,

M. Le Broussois, premier conseiller

M. Thulard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

Le rapporteur,

V. Z

Le président,

P. LaloyeLe greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2007458 et 2100524/6-1

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