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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2007653

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2007653

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2007653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET CASSEL (SELAFA)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mai 2020, M. B A, représenté par le cabinet d'avocats Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 février 2020 par laquelle le préfet de police a refusé de le réintégrer dans ses fonctions d'adjoint de sécurité ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer sans délai sa situation, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision attaquée ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en ce qu'elle est fondée sur le caractère irrévocable de sa démission alors que celle-ci n'a pu produire d'effet dès lors qu'elle était entachée d'un vice du consentement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 juin 2022.

Vu :

- l'ordonnance du tribunal administratif de Paris n° 2007652 du 16 juin 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été engagé comme adjoint de sécurité de la police nationale le 4 septembre 2017 pour une durée de trois ans. Le 4 août 2018, il a été placé en congé de maladie ordinaire. Par une note du 10 octobre 2018, le médecin chef de la préfecture de police de Paris l'a déclaré inapte à toute fonction policière active et en particulier à celle d'adjoint de sécurité. Par courrier du 11 janvier 2019, il a présenté sa démission et l'administration l'a acceptée le 31 janvier 2019. Le 8 octobre 2019, le comité médical, saisi au mois d'octobre 2018 à la suite de la contestation par M. A de l'avis du médecin-chef, a estimé que l'intéressé était apte à l'exercice de ses fonctions et a rendu un avis favorable à la reprise, avec un changement d'affectation. Par courrier du 31 décembre 2019, M. A a sollicité sa réintégration dans ses anciennes fonctions. Le préfet de police lui a opposé un refus par une décision du 13 février 2020, dont il demande l'annulation par la présente requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, Mme E C, cheffe du service de gestion des personnels de la police nationale et signataire de la décision contestée, avait reçu délégation de signature du préfet de police pour signer les décisions relevant de ses attributions en vertu d'un arrêté n° 2019-00804 du 2 octobre 2019, publié au recueil des actes administratifs spécial le 3 octobre 2019. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ".

4. La décision contestée, par laquelle le préfet de police a refusé de réintégrer M. A près d'un an après qu'il avait démissionné de ses fonctions et que sa démission avait été acceptée de manière irrévocable, ne fait pas partie des décisions pour lesquelles les dispositions citées ci-dessus prévoient une obligation de motivation. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 411-5 du code de la sécurité intérieure : " Pour développer des activités répondant à des besoins non satisfaits, l'Etat peut faire appel à des agents âgés de dix-huit à moins de trente ans, recrutés en qualité de contractuels de droit public pour une période de trois ans, renouvelable une fois par reconduction expresse, afin d'exercer des missions de policiers adjoints auprès des fonctionnaires des services actifs de la police nationale. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article. Il définit notamment les missions des policiers adjoints ainsi que les conditions d'évaluation des activités concernées ". L'article R. 411-4 du même code dispose : " Les adjoints de sécurité recrutés en qualité d'agents contractuels de droit public, en application des articles L. 411-5 et L. 411-6, sont régis par les dispositions de la présente section ainsi que par les dispositions du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents non titulaires de l'Etat pris pour l'application de l'article 7 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, à l'exception de l'article 1er du titre Ier, des articles 3 à 8 du titre II, des titres IX et IX bis ". Aux termes de l'article 48 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " L'agent contractuel informe son administration de son intention de démissionner par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. L'agent est tenu, dans ce cas, de respecter un préavis dont la durée est identique à celle qui est mentionnée à l'article 46, alinéa 1er ci-dessus ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, le 11 janvier 2019, M. A a adressé à son administration une lettre qui, si elle mentionnait un " acharnement " à son encontre, demandait de manière non équivoque la prise en compte de sa démission à compter de ce jour-là. Le requérant affirme avoir agi ainsi sur l'invitation du service gestionnaire et sous la contrainte. Il fait valoir qu'il se trouvait en arrêt maladie depuis août 2018 en raison des traitements injustes qui lui avaient été infligés et de la mise à l'écart dont il avait fait l'objet. Il se prévaut également de ce que le médecin-chef de la préfecture de police l'avait déclaré, à tort, inapte à l'exercice de ses fonctions. Toutefois, pour regrettables que soient les agissements de l'administration à l'égard de l'intéressé et compte tenu de ce que la preuve de l'invitation à démissionner n'est pas rapportée, la démission de M. A ne saurait être regardée comme ayant été donnée sous la contrainte.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant de réintégrer M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

L. D

La présidente,

C. Riou

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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