lundi 23 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2008420 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BAUER, BERNA (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 16 juin 2020 et 11 mars 2022, la Société 168 Charenton, représentée par Me Bauer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures de :
1°) d'annuler le refus de la préfecture de police de lui accorder son concours ;
2°) condamner l'Etat à lui verser la somme de 92 372,20 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'exécution matérielle du concours de la force publique n'a pas eu lieu ;
- la décision de refus de concours de la force publique doit être annulée, dès lors que la préfecture de police a exécuté la décision dans un délai anormal, qu'elle est contraire au principe de l'exécution des décisions de justice, qu'elle porte atteinte à son droit de propriété et qu'elle méconnaît l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée, dès lors que le préfet de police a refusé d'accorder son concours pour l'expulsion de M. A ;
- ce préjudice est constitué par la perte des loyers, depuis septembre 2017, pour un montant mensuel de 650 euros, soit une somme de 13 650 euros, du 1er janvier 2019 au
30 septembre 2020 ;
- elle a subi un trouble de jouissance, du fait de la vacance, depuis le 28 avril 2018, d'un logement voisin qui lui appartient aussi, en raison des troubles de voisinage causés par M. A, soit une somme de 13 650 euros, du 1er janvier 2019 au 30 septembre 2020 ;
- elle n'a pas pu vendre le bien litigieux et a dû s'acquitter d'une clause pénale d'un montant de 40 000 euros et des frais d'agence d'un montant de 14 465,40 euros, du fait que le bien n'était pas libre en décembre 2019 ;
- les frais d'huissier, nécessaires à l'expulsion du locataire, s'élèvent à la somme de 646,64 euros ;
- elle a subi une perte de chance de récupérer l'appartement bon état, dont elle estime le montant à 9 960,16 euros ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Une ordonnance du 22 mars 2022 a fixé la clôture d'instruction au 6 avril 2022.
Vu la décision prise en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative par laquelle il a été décidé de renvoyer l'affaire en formation collégiale.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er novembre 2016, la SCI 168 Charenton, devenue ensuite SNC, a donné à bail à M. A un logement à usage d'habitation sis 168, rue de Charenton à Paris 12ème pour un montant de 650 euros par mois. Ce locataire a cessé de payer son loyer à partir de septembre 2017. Par un jugement du 17 décembre 2018, le tribunal d'instance de Paris a constaté la clause résolutoire du bail liant les parties, à effet du 29 mai 2018, a dit que M. A se trouve occupant sans droit ni titre de ce logement loué, a ordonné l'expulsion de l'intéressé et de tout occupant de son chef, avec si nécessaire le concours de la force publique passé le délai de deux mois suivant la délivrance d'un commandement de quitter les lieux et a condamné M. A au paiement de la somme de 4 450 euros, correspondant à l'arriéré locatif au mois de mai 2018 inclus, avec intérêts au taux légal à compter du 29 mars 2018. Le jugement a été signifié le
14 janvier 2019. Un commandement de quitter les lieux a été signifié à M. A le
21 janvier 2019, dont la copie est parvenue au préfet de police le 29 mars 2019. L'huissier instrumentaire a établi un procès-verbal de tentative d'expulsion le 29 mars 2019 et requis le concours de la force publique le 4 avril 2019. Par un jugement du 16 avril 2019, le tribunal de grande instance de Paris a rejeté la demande de délai pour quitter les lieux formulée par
M. A. Par un courrier du 14 août 2019, le préfet de police a accordé le concours de la force publique à l'huissier instrumentaire. M. A a été expulsé du logement qu'il occupait indument le 27 juillet 2020. Par la présente requête et dans le dernier état de ses écritures, la Société 168 Charenton demande au tribunal d'annuler le refus de la préfecture de police de lui accorder son concours et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 92 372,20 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de concours de la force publique :
2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes des dispositions de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".
3. Si une décision implicite de refus de concours de la force publique a été prise postérieurement aux deux mois après que l'huissier instrumentaire a requis le concours de la force publique le 4 avril 2019, la décision du 14 août 2019 d'accorder le concours de la force publique s'est substituée à la décision implicite qui est née. Les reports successifs de l'exécution matérielle de l'expulsion, faute notamment de solution de relogement pour l'occupant sans droit ni titre, ne sauraient être assimilés à des décisions de refus de concours de la force publique. Dans ces conditions, le concours de la force publique ayant été octroyé à la SNC 168 Charenton par une décision du 14 août 2019, les conclusions sont sans objet et il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande.
Sur la responsabilité de l'Etat :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. " L'article R. 153-1 du même code dispose : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. () "
5. D'autre part, saisi d'un recours indemnitaire tendant à la réparation des préjudices résultant d'un refus de concours de la force publique, le juge doit évaluer ces préjudices jusqu'à la date à laquelle le requérant en a arrêté le décompte dans son dernier mémoire.
6. Compte tenu du délai de deux mois dont disposait le préfet de police pour donner suite à la demande de concours de la force publique qui lui a été régulièrement présentée le
4 avril 2019, la responsabilité de l'Etat est engagée et court à compter du 4 juin 2019. Par un courrier du 14 août 2019, le préfet de police a accordé à l'huissier instrumentaire le concours de la force publique. L'expulsion, initialement programmée le 20 juin 2019 puis le 26 juillet et enfin le 29 octobre 2019 n'a pu être menée, faute d'hébergement disponible. L'expulsion a finalement eu lieu le 27 juillet 2020.
Sur les préjudices :
7. En premier lieu, la requérante soutient qu'elle a subi un préjudice locatif, depuis le
1er janvier 2019 jusqu'au 30 septembre 2020, d'un montant total de 13 650 euros. Toutefois, sur la période de responsabilité de l'Etat, du 4 juin 2019 au 27 juillet 2020, le préjudice de perte de loyers s'élève à raison d'un loyer mensuel de 650 euros, à la somme totale de 8 952 euros.
8. En deuxième lieu, la SNC 168 Charenton invoque un préjudice de trouble de jouissance du fait qu'elle n'a pu relouer un appartement voisin de celui occupé par M. A, que le locataire avait quitté le 28 avril 2018, en raison des troubles de voisinage importants causés par M. A. Cependant, le locataire de l'appartement voisin avait quitté les lieux avant la demande de concours de la force publique le 4 avril 2019 et la requérante ne soutient ni même n'allègue avoir tenté de relouer son bien après le départ du locataire. Dans ces conditions, en l'absence de l'établissement d'un lien direct, l'Etat ne peut être tenu pour responsable du préjudice allégué et aucune réparation à ce titre ne peut être accordée.
9. En troisième et dernier lieu, la SNC 168 Charenton fait valoir qu'elle aurait subi un préjudice, au motif que le compromis de vente du logement, signé le 30 janvier 2019 n'aurait pu aboutir, la condition suspensive de l'expulsion du locataire avant le 31 décembre 2019 n'ayant pas été remplie. Toutefois, le compromis de vente a été signé alors que le concours de la force publique n'avait pas encore été requis avec une clause suspensive conditionnant la vente à la libération effective du logement. Dans ces conditions, le préjudice pour lequel la requérante demande réparation ne trouve pas son origine dans le refus implicite du concours de la force publique.
10. Il résulte de ce qui précède que la SNC 168 Charenton est seulement fondée à demander la condamnation de l'Etat à réparer son préjudice locatif.
Sur les frais d'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros, sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'annulation de la décision implicite de refus de concours de la force publique.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à la SAS 168 Charenton, la somme de 8 952 ( huit mille neuf cent cinquante deux) euros.
Article 3 : L'Etat versera à la SAS 168 Charenton, la somme de 1 500 ( mille cinq cents) euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société 168 Charenton et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hermann-Jager, présidente,
Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,
Mme Renvoise, première conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.
La rapporteure,
N. B
La présidente,
V. HERMANN-JAGER
La greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026