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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2008875

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2008875

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2008875
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET ARIE ALIMI AVOCAT (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2008875 le 24 juin 2020, M. B C, représenté par Me Alimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de recours formé le 24 décembre 2019 auprès de la commission des recours militaires contre le rejet, le 21 octobre 2019, de la demande de protection fonctionnelle qu'il avait adressée le 30 août 2019 ;

2°) d'enjoindre à la ministre des armées de lui octroyer la protection fonctionnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2021, la ministre des Armées conclut au non-lieu à statuer s'agissant conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du recours formé par M. C et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle fait valoir qu'une décision explicite de rejet a été rendue le 2 juillet 2020 et que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour M. C par Me Alimi a été enregistré le 4 juillet 2022.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2013836 le 4 septembre 2020, M. B C, représenté par Me Alimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juillet 2020 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre à la ministre des armées de lui octroyer la protection fonctionnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge l'Etat une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Un mémoire présenté pour M. C par Me Alimi a été enregistré le 4 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique,

- et les observations de Me Brunisso, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, adjudant de l'armée de l'air, a sollicité le 23 avril 2019 le bénéfice de la protection fonctionnelle. Sa demande ayant été implicitement rejetée, il a formé un recours devant la commission des recours militaires, rejeté par une décision du 2 juillet 2020. Par ailleurs, le 30 août 2019, il a de nouveau sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle. Cette dernière demande a été rejetée par une décision du 21 octobre 2019, contre laquelle il a formé un recours devant la commission des recours militaires contre le rejet implicite de sa demande puis, le 24 décembre 2019, un recours contre la décision du 21 octobre 2019. Ce recours a été implicitement rejeté le 24 avril 2020. Il demande l'annulation des décisions du 24 avril 2020 et du 2 juillet 2020 rejetant son recours.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2008875 et n° 2013836, présentées par M. B C, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions de la requête n° 2008875 :

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. En conséquence, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision implicite doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de rejet.

4. Par sa décision du 27 octobre 2020, la ministre des armées a retiré sa décision implicite rejetant le recours hiérarchique formé contre la décision du 21 octobre 2019. Il suit de là que les conclusions de la première requête n° 2008875, qui sont dirigées contre la décision implicite précitée, doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 27 octobre 2020 qui s'y est substituée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ".

6. Les décisions attaquées mentionnent de manière précise tant les dispositions juridiques applicables que les motifs pour lesquels la ministre des armées a rejeté la demande de M. C. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté en tant qu'il est dirigé contre la décision du 2 juillet 2020 et contre celle du 27 octobre 2020, laquelle, ainsi qu'il a été mentionné au point 4, s'est substituée à la décision du 21 octobre 2019.

7. Par un arrêté du 21 juin 2017, régulièrement publié au Journal officiel du 23 juin 2017, la ministre des armées a accordé délégation permanente de signature à M. E F, directeur adjoint du cabinet civil et militaire, pour tous actes à l'exception de ceux pour lesquels une délégation est donnée aux personnes mentionnées à l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005. Par suite, les décisions attaquées, qui ont toutes deux été signées par M. F, ne sont pas entachées d'incompétence.

En ce qui concerne la légalité externe :

8. Aux termes de l'article L. 4123-10 du code de la défense : " Les militaires sont protégés par le code pénal et les lois spéciales contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les menaces, violences, harcèlements moral ou sexuel, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils peuvent être l'objet. L'État est tenu de les protéger contre les menaces et attaques dont ils peuvent être l'objet à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. Il est subrogé aux droits de la victime pour obtenir des auteurs des menaces ou attaques la restitution des sommes versées aux victimes. "

9. Ces dispositions établissent à la charge de l'Etat et au profit des militaires, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Une faute d'un agent qui, eu égard à sa nature, aux conditions dans lesquelles elle a été commise, aux objectifs poursuivis par son auteur et aux fonctions exercées par celui-ci est d'une particulière gravité, doit être regardée comme une faute personnelle justifiant que la protection fonctionnelle soit refusée à l'agent, alors même que, commise à l'occasion de l'exercice des fonctions, elle n'est pas dépourvue de tout lien avec le service. Pour rejeter la demande d'un agent qui sollicite le bénéfice de ces dispositions, l'autorité administrative peut, sous le contrôle du juge, exciper du caractère personnel de la ou des fautes qui ont conduit à l'engagement de la procédure pénale, sans attendre l'issue de cette dernière ou de la procédure disciplinaire, en se prononçant au vu des éléments dont elle dispose à la date de sa décision en se fondant, le cas échéant, sur ceux recueillis dans le cadre de la procédure pénale.

10. M. C a été mentionné par plusieurs articles parus dans des quotidiens nationaux en février 2019 dans le cadre de ce qui a été présenté comme l'" affaire D ". Il a déposé une plainte le 12 avril 2019 contre plusieurs journalistes et directeurs de publication pour " révélation ou divulgation d'information conduisant à l'identification d'une personne comme membre des unités des forces spéciales désignées par arrêté du ministre de la défense " ou tout autre chef et soutient que les faits dénoncés sont en lien avec ses fonctions et que son employeur était tenu de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans le cadre de cette instance.

11. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la révélation de l'identité de M. C est la conséquence de la faute commise par ce dernier en acceptant un contrat avec une société de sécurité privée oeuvrant à la protection d'un ressortissant étranger, pour laquelle il a fait l'objet d'une sanction de cinq jours d'arrêt et trois mois d'exclusion temporaire de fonction avec sursis. L'article publié le 6 février 2019 dans le quotidien Libération, révélant son nom, le présente ainsi en chapô : " Compagnon de la cheffe de la sécurité du Premier ministre, Chokri C est impliqué dans un sulfureux contrat russe au côté de l'ex-collaborateur d'Emmanuel Macron " et les développements de l'article le concernant sont principalement consacrés à cette société. Dans ces conditions, la ministre des armées n'a pas commis d'erreur de droit en considérant que la faute commise par M. C était de nature à justifier qu'elle lui refuse l'octroi de la protection fonctionnelle.

12. En deuxième lieu, les articles du quotidien Libération produits, ainsi que la plainte déposée le 12 avril 2019, portent sur le contrat avec la société de sécurité déjà mentionné, sur le déplacement par M. C du coffre-fort de M. D, et sur la proximité de M. C avec ce dernier. Si ces articles mentionnent la qualité de militaire de M. C et certains éléments y afférents, et que sa compagne est présentée comme " cheffe de la sécurité du Premier ministre ", les faits exposés ne peuvent être considérés comme liés à la qualité de militaire de l'intéressé et ces articles ne constituent pas une menace ni une attaque subie dans l'exercice de ses fonctions. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. C doivent être rejetées, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Kante, première conseillère.

M. Coz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

Le rapporteur,

Y. A

La présidente,

C. Riou

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2008875 - 2013836

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