mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2009063 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | JASLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juin 2020, M. B A, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile et la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de rétablir ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de 48 h, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, qui sera versée à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Concernant la décision du préfet :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait ;
- le préfet n'établit pas que les autorités slovènes ont été informées de la prolongation du délai de transfert ;
- il ne peut être caractérisé une situation de fuite ;
Concernant la décision de l'OFII :
- l'OFII ne justifie pas avoir procédé à un entretien individuel et examiné sa situation de vulnérabilité ;
- la décision méconnaît le principe de contradictoire ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- l'OFII n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- la décision de l'OFII est entachée d'une erreur de fait ;
- la décision de l'OFII est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne peut être caractérisé une situation de fuite.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2020, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, les conclusions tendant à l'annulation d'une décision de prolongation du délai de transfert sont irrecevables dès lors que cette décision n'existe pas ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 avril 2021, la clôture d'instruction a été fixée au
24 mai 2021.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement UE n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 5 février 1989, a présenté une demande d'asile le 20 juin 2019. Par arrêté du 19 août 2019, le préfet de police a décidé son transfert aux autorités slovènes. M. A a contesté cet arrêté devant le tribunal administratif de Paris, qui a rejeté sa demande par un jugement du 2 décembre 2019. M. A ne s'est pas rendu à la convocation du 6 février 2020, adressée par la préfecture de police en vue de l'exécution de l'arrêté de transfert. M. A, estimant que le délai de son transfert vers les autorités slovènes était expiré, s'est présenté le 5 juin 2020 à la préfecture de police de Paris en vue d'y faire enregistrer une nouvelle demande d'asile en procédure normale. Cette demande a fait l'objet d'un refus verbal de la part de l'agent l'ayant examinée, au motif que l'intéressé était en fuite. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision du 5 juin 2020, par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile et la décision du
3 juin 2020 par laquelle l'OFII a suspendu ses conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet :
2. En premier lieu, l'agent au guichet de la préfecture s'est borné à notifier oralement à M. A la décision non formalisée, qui est réputée émaner du préfet de police, refusant de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.
4. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision litigieuse est entachée d'erreur de fait, il n'apporte pas de précisions suffisantes permettant d'apprécier la portée et le bien-fondé de ce moyen qui ne peut, par suite, qu'être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur () de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27 () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ". Il résulte de ces dispositions que le transfert vers l'Etat membre responsable peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge et est susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.
6. Pour justifier la prolongation du délai de transfert et le refus d'enregistrement de la demande d'asile de M. A, le préfet de police soutient que ce dernier ne s'est pas présenté à l'aéroport le 6 février 2020 où un vol vers la Slovénie avait été organisé. Si le requérant soutient n'avoir pas compris le lieu auquel il devait se présenter le 6 février 2020, il est constant que toutes les informations sur le lieu exact de la convocation lui ont été délivrées, la veille, avec l'aide d'un traducteur en pachto, langue qu'il comprend. En outre et contrairement à ce que soutient M. A, les services préfectoraux n'étaient pas tenus d'organiser son préacheminement jusqu'à l'aéroport pour assurer l'exécution de l'arrêté de transfert. S'il allègue que cette traduction était expéditive et peu claire, il lui était loisible d'indiquer à la préfecture de police ses difficultés pour se rendre à cette convocation. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet de police a estimé que l'intéressé avait pris la fuite et que son délai de transfert aux autorités slovènes était ainsi porté à dix-huit mois. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 29 du règlement (UE) 604/2013 doit ainsi être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 : " () / 2. Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) no 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) no 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement. / (). ". Aux termes de l'article 15 du même règlement : " 1. Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (UE) no 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique "DubliNet" établi au titre II du présent règlement (). ".
8. En l'espèce, le préfet de police a produit l'accusé de réception en date du
24 février 2020 précisant que les autorités slovènes ont été informées de la prolongation du délai de transfert. En l'absence d'élément contraire, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 9-2 du règlement (CE) n°1560/2003 du 2 septembre 2003 doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'OFII :
9. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable selon lesquelles le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être suspendu notamment si, sans motif légitime, le demandeur d'asile ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités. Cette décision précise également que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de M. A ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du même code. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit, par conséquent, être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () ". Aux termes de l'article D. 744-37 du même code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : 1° En cas de demande de réexamen de la demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 744-6 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile () ".
11. Il résulte des dispositions précitées que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité avant que l'OFII ne prenne la décision attaquée. En tout état de cause, il ressort des termes de la décision attaquée que l'Office a procédé à un examen de la situation de M. A, et notamment de sa vulnérabilité, avant de décider de suspendre ses conditions matérielles d'accueil. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.
12. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que l'OFII a informé M. A, par un courrier notifié le 6 mars 2020, de son intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil et l'a invité à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Par suite, M. A a été mis à même de présenter à l'OFII ses observations sur la décision envisagée, prise à son encontre le 3 juin 2020. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'OFII aurait suspendu ses conditions matérielles d'accueil sans respecter la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En quatrième lieu, si M. A soutient que la décision litigieuse est entachée d'erreur de fait, il n'apporte pas de précisions suffisantes permettant d'apprécier la portée et le bien-fondé de ce moyen qui ne peut, par suite, qu'être écarté.
14. En dernier lieu, par adoption des motifs retenus au point 6 du présent jugement, le moyen tiré de ce que le préfet de police aurait estimé à tort qu'il avait pris la fuite et que son délai de transfert aux autorités slovènes était ainsi porté à dix-huit mois doit être écarté. Par ailleurs et contrairement à ce que soutient M. A, l'OFII pouvait par ce seul motif suspendre ses conditions matérielles d'accueil.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de police et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Duchon-Doris, président,
M. Rebellato, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
J. REBELLATO
Le président,
J.-C. DUCHON-DORIS
La greffière,
S. PORRINAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026