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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2010457

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2010457

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2010457
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantPAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2020, Mme C B et M. F B, représentés par Me Hubert, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 avril 2020 par lequel la maire de Paris n'a pas fait opposition à l'exécution des travaux déclarés par la société Free Mobile, par une demande référencée n° DP 075 109 20 V0071, pour l'installation d'antennes de téléphonie mobile sur le toit de l'immeuble situé au 46 rue de Dunkerque dans le 9ème arrondissement de Paris ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée de l'incompétence de sa signataire ;

- elle a été adoptée sur la base d'informations incomplètes, le dossier de la pétitionnaire ne mentionnant pas le nombre d'antennes dont l'installation est projetée ;

- elle méconnaît le principe de précaution, tel qu'il est garanti par l'article 5 de la Charte de l'environnement et l'article L. 110-1 du code de l'environnement ;

- elle méconnaît l'article 5 du décret n° 2002-775 du 3 mai 2002 relatif aux valeurs limites d'exposition du public aux champs électromagnétiques émis par les équipements utilisés dans les réseaux de télécommunication ou par les installations ;

- elle méconnaît l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 14 février 2022, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 5 000 euros à verser à son bénéfice au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, à défaut d'intérêt à agir des requérants ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 15 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 mars 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la Charte de l'environnement ;

- le code de l'environnement ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2002-775 du 3 mai 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé le 6 février 2020 une déclaration préalable de travaux en vue de l'implantation d'antennes relais en toiture d'un immeuble situé au 46 rue de Dunkerque à Paris. La maire de Paris a décidé, par un arrêté du 10 avril 2020, de ne pas s'opposer à l'exécution des travaux. Par la présente requête, M. F et Mme C B demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 17 janvier 2020, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 24 janvier suivant, Mme A E, cheffe de la circonscription Nord, dans laquelle est compris le 9ème arrondissement de Paris, signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation de la maire de Paris à l'effet de signer les arrêtés, actes et correspondances concernant les déclarations préalables. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté du 10 avril 2020 doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la circonstance que le dossier de déclaration préalable de travaux ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation qui a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. En l'espèce, si les requérants font valoir que l'arrêté attaqué a été adopté sur la base d'informations incomplètes, le dossier de la pétitionnaire ne mentionnant pas le nombre d'antennes dont l'installation est projetée, d'une part, le plan cadastral référencé " DP 2 " et joint à la demande de permis de construire fait apparaître 4 ronds rouges matérialisant les 4 antennes dont l'installation est sollicitée et, d'autre part, le plan de toiture référencé " DP 5 " matérialise par 4 flèches le sens d'émission de chacune de ces antennes. Il ressort en outre de la notice générale " DP 11 " que ces antennes " seront installées et insérées dans quatre fausses cheminées en résine ". Ainsi, au regard de l'ensemble des pièces du dossier, les services instructeurs de la Ville de Paris n'ont pu se méprendre sur le nombre d'antennes dont il était demandé l'autorisation. Le moyen ainsi invoqué doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 de la Charte de l'environnement : " Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ". Aux termes de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 111-2 du même code : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

6. S'il appartient à l'autorité administrative compétente pour se prononcer sur l'octroi d'une autorisation en application de la législation sur l'urbanisme, de prendre en compte le principe de précaution énoncé à l'article 5 de la Charte de l'environnement et auquel se réfère l'article L. 110-1 du code de l'environnement auquel renvoie l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme, ces dispositions ne lui permettent pas, indépendamment des procédures d'évaluation des risques et des mesures provisoires et proportionnées susceptibles, le cas échéant, d'être mises en œuvre par les autres autorités publiques dans leur domaine de compétence, de refuser légalement la délivrance d'une autorisation d'urbanisme en l'absence d'éléments circonstanciés sur l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, de risques, même incertains, de nature à justifier un tel refus d'autorisation.

7. Pour faire valoir que les antennes dont l'implantation est autorisée sera la source de champs magnétiques dangereux pour la santé humaine, M. et Mme B se réfèrent à des études relatives aux dangers pour la santé humaine que peut, en général, comporter l'exposition aux ondes électromagnétiques. Toutefois, il ne ressort des pièces versées au dossier aucun élément circonstancié de nature à établir l'existence, en l'état des connaissances scientifiques, d'un risque pouvant résulter, pour le public, de leur exposition aux champs électromagnétiques émis par les antennes relais de téléphonie mobile, ni que ce risque serait aggravé par un effet de cumul avec d'autres antennes. Dans ces conditions le moyen tiré de la méconnaissance du principe de précaution doit être écarté.

8. En quatrième lieu, ni les dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, qui fixe la liste exhaustive des documents devant être produits à l'appui d'une déclaration préalable de travaux, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire applicable, n'exigent que soit jointe au dossier de la déclaration préalable de travaux une information sur le respect des valeurs limites fixées par le décret n° 2002-775 du 3 mai 2002 pris en application du 12° de l'article L. 32 du code des postes et télécommunications et relatif aux valeurs limites d'exposition du public aux champs électromagnétiques émis par les équipements utilisés dans les réseaux de télécommunication ou par les installations radioélectriques. En tout état de cause, la décision attaquée mentionne que l'autorisation accordée " ne préjuge pas du respect des dispositions du décret n° 2002-775 du 3 mai 2002 ", dont le contrôle relève de la police spéciale des communications électroniques confiée à l'Etat en application du code des postes et des communications électroniques. Par suite, le moyen tiré de l'absence de justification au dossier du respect des valeurs limites fixées par le décret n° 2002-775 du 3 mai 2002 doit être écarté.

9. En dernier lieu, si les requérants contestent l'opportunité du lieu d'implantation de l'antenne relais de la société Free Mobile en soutenant que l'installation des antennes en litige aurait gagné à être mutualisée avec celles d'autres opérateurs téléphoniques implantés dans le même rue, un tel moyen est inopérant dès lors que, lorsque l'autorité d'urbanisme est saisie d'une déclaration préalable au titre des dispositions de l'article L. 421-4 du code de l'urbanisme, elle est seulement tenue de se prononcer sur la conformité du projet aux règles d'urbanisme en vigueur et il ne lui appartient dès lors pas d'apprécier l'opportunité du choix d'implantation de celui-ci. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article D. 98-6-1 du code des postes et télécommunications ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la société Free Mobile, que les conclusions présentées par M. et Mme B à fin d'annulation de l'arrêté du 10 avril 2020 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. et Mme B une somme de 1 500 euros à verser à la société Free Mobile au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : M. et Mme B verseront à la société Free Mobile une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à M. F B, à la Ville de Paris et à la société Free Mobile.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

V. D

La présidente,

M-P. VIARDLa greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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