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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2012369

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2012369

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2012369
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantLESAGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2012369 le 11 août 2020, M. B D, représenté par Me Lesage, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48SI en date du 16 avril 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié le retrait de l'ensemble des points de son permis de conduire et a constaté la perte de validité de son titre de conduite pour défaut de points, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 5 mars 2020 à son encontre ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points relatives aux infractions commises les 7 et 8 avril 2017 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points irrégulièrement retirés ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 720 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas eu notification des décisions de retrait de points et de la décision 48SI invalidant son permis de conduire ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la constatation des infractions litigieuses ;

- la réalité des infractions n'est pas établie dans les conditions fixées par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2018710 le 10 novembre 2020, M. B D, représenté par Me Lesage, demande au tribunal d'annuler la décision du 7 septembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'attribution de quatre points en application de l'article L. 223-6 du code de la route à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a accompli les 29 et 30 novembre 2019.

M. D soutient que :

- il n'a pas eu notification de la décision 48SI invalidant son permis de conduire ;

- il remplit les conditions pour bénéficier d'une attribution de points à la suite du stage de sensibilisation qu'il a effectué les 29 et 30 novembre 2019.

Par un mémoire enregistré le 29 septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité des requêtes, à titre subsidiaire, à leur rejet.

Il soutient que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme A a présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les requêtes n° 2012369 et n° 2018710 sont relatives au permis de conduire du même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. D a commis diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait des 12 points affectés à son permis de conduire, notamment les 7 et 8 avril 2017. Par une décision en date du 16 avril 2019, le ministre de l'intérieur a notifié à M. D le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. D demande l'annulation de ces décisions, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 5 mars 2020, et de la décision la décision du 7 septembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'attribution de quatre points en application de l'article L. 223-6 du code de la route à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a accompli.

Sur l'étendue du litige :

3. Il résulte tant des déclarations du ministre de l'intérieur que des mentions concordantes du relevé d'information intégral relatif à la situation du requérant en date du 28 septembre 2021, que l'infraction du 7 avril 2017 a été supprimée de son dossier et que les points retirés à la suite de cette infraction ont été réattribués au capital de point affecté au permis de conduire de M. D. Par suite, dès lors que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de cette décision, qui doit être regardée comme ayant été retirée par le ministre de l'intérieur postérieurement à l'introduction de la requête, sont devenues sans objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur tiré de la tardiveté des conclusions à fin d'annulation de la décision 48SI :

4. En vertu des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, le destinataire d'une décision administrative individuelle dispose, pour déférer cette décision devant la juridiction administrative, d'un délai de deux mois à compter de la notification qui doit lui en être faite. Il incombe à l'administration, quand elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de l'action introduite devant un tribunal administratif, d'établir que le requérant a reçu notification régulière de la décision contestée.

5. En l'espèce, le ministre produit, à l'appui de cette fin de non-recevoir, la copie d'un avis de réception postal d'un pli recommandé, destiné à M. D, remis le 16 avril 2019 au 51 boulevard de Strasbourg à 75010 A, et sur lequel est apposée une signature dans le cartouche réservé au destinataire. Cette notification de la décision 48SI est confirmée par les mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. D. Le délai de recours a commencé, dès lors, à courir à l'encontre de cette décision à compter de cette notification. Ainsi, les conclusions de la requête, enregistrée les 10 novembre 2020, sont tardives et doivent, par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de décision de retrait de points relative à l'infraction commise le 8 avril 2017 :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification de la décision de retrait de points :

6. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif. ".

7. Les conditions de notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que

8. M. D n'aurait pas reçu notification du retrait de point relatif à l'infraction du 8 avril 2017 est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité des décisions de retrait de points. Par suite, le moyen tiré du défaut de notification de la décision attaquée doit être écarté.

Sur le moyen tiré du défaut d'information préalable :

9. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

10. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. D que la réalité de l'infraction commise le 8 avril 2017 est établie par la condamnation pénale, devenue définitive, prononcée le 15 mai 2019 par le tribunal d'instance de Mende. Lors de l'instance pénale ayant donné lieu à ce jugement, M. C n'a eu à exercer aucun choix qui aurait pu le conduire à ne pas reconnaître la matérialité des faits qui lui étaient imputés, celle-ci ayant été acquise après que la condamnation fut devenue définitive, indépendamment de sa volonté. Dès lors, l'absence de délivrance de l'information générale prévue par le premier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route, à la suite de l'infraction commise le 8 avril 2017 n'a pas eu pour effet de vicier substantiellement la procédure préalable au retrait de points. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'établissement de la réalité de l'infraction :

10. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points affecté au permis de conduire est réduit de plein droit lorsqu'est établie, par le paiement d'une amende forfaitaire, l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive, la réalité de l'infraction donnant lieu à retrait de points.

11. Comme il a été rappelé ci-dessus, l'infraction commise le 8 avril2017 a donné lieu à une condamnation par le tribunal d'instance de Mende devenue définitive. L'intéressé n'avance aucun élément de nature à mettre en cause l'exactitude des mentions de ce document. Ainsi, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de la réalité de cette infraction dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

S'agissant de la décision la décision du 7 septembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'attribution de quatre points :

Sur le stage de conduite effectué et non pris en compte :

12. D'une part, qu'aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () / Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. / () ". Aux termes de l'article L. 223-5 : " I.- En cas de retrait de la totalité des points, l'intéressé reçoit de l'autorité administrative l'injonction de remettre son permis de conduire au préfet de son département de résidence et perd le droit de conduire un véhicule. / II.- Il ne peut obtenir un nouveau permis de conduire avant l'expiration d'un délai de six mois à compter de la date de remise de son permis au préfet () ".

13. D'autre part, qu'aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " () / Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière () ". Aux termes de l'article R. 223-8 du même code : " I.- Le titulaire de l'agrément () délivre une attestation de stage à toute personne qui a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans le respect de condition d'assiduité et de participation fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière. Il transmet un exemplaire de cette attestation au préfet du département du lieu du stage, dans un délai de quinze jours à compter de la fin de celui-ci.

/ II.- L'attestation délivrée à l'issue du stage effectué en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire. / III.- Le préfet mentionné au I ci-dessus procède à la reconstitution du nombre de points dans un délai d'un mois à compter de la réception de l'attestation et notifie cette reconstitution à l'intéressé par lettre simple. La reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage. / () " .

14. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de rejeter toute demande de reconstitution de points acquis à la suite d'un stage de sensibilisation lorsque le conducteur a, avant la dernière journée de stage, reçu régulièrement notification d'une décision du ministre de l'intérieur l'informant que son permis de conduire a perdu sa validité par suite de l'épuisement de son capital de points.

15. Il résulte de l'instruction qu'un pli recommandé contenant une décision référencée " 48 SI " constatant l'invalidation du permis de conduire de M. D pour solde de points nul et récapitulant les retraits de points antérieurs a été adressé par le service du fichier national du permis de conduire au requérant. Ce pli a été notifié à M. D le 16 avril 2019. Dans ces conditions, le préfet de police était tenu de refuser de reconstituer le capital de points de son permis de conduire à la suite du stage effectué les 29 et 30 novembre 2019, qui s'est achevé postérieurement à l'annulation du permis de conduire. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'attribution de quatre points doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

16. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la décision de retrait de points relative à l'infraction commise le 7 avril 2017.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête susvisée n° 2012369 et la requête

n° 2018710 de M. D sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2022.

La magistrate désignée,

A. A

La greffière,

I. Garnier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2012369, 2018710

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