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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2012452

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2012452

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2012452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre - R.222-13
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 août 2020 et 2 septembre 2022, Mme B C, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 28 mars 2020 par laquelle le préfet de police a refusé de lui communiquer la copie de plusieurs documents administratifs, à la suite de sa saisine le 28 janvier 2020 de la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui communiquer les documents demandés, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- cette décision méconnaît l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, le préfet de police conclut :

1°) au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 28 mars 2020 en ce qu'elle a refusé de lui communiquer les documents mentionnés aux points 1,2,3,4 et 7 de l'avis de la CADA du 25 juin 2020 ;

2°) au rejet du surplus de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pény, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, gardienne de la paix titulaire au sein de la préfecture de police de Paris, a sollicité, par courrier du 17 décembre 2019, notifié le 20 décembre 2019, la communication de plusieurs documents administratifs. Par une décision du 20 janvier 2020, le préfet de police a implicitement rejeté cette demande. Le 28 janvier 2020, Mme C a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA), qui a émis un avis favorable à cette demande le 25 juin 2020. Une décision implicite de rejet née le 28 mars 2020, soit deux mois après la saisine de la CADA, en vertu des dispositions de l'article R. 345-3 du code des relations entre le public et l'administration. La préfecture de police n'a pas donné suite à cet avis. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de la décision implicite de rejet du 28 mars 2020 opposée par le préfet de police à la suite de sa saisine de la commission d'accès aux documents administratifs.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a obtenu la communication de son dossier de médecine professionnelle, préventive et statutaire par courriel du 20 avril 2021. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur cette demande, qui a perdu son objet en cours d'instance.

Sur la communication de l'entier dossier administratif de Mme C :

3. Aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'État, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. (). ". Selon l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. ". Et aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret des affaires () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, par plusieurs courriels du 18 juillet 2022, la préfecture de police a communiqué l'ensemble du dossier administratif individuel de Mme C à son conseil, qui en a accusé réception le même jour. Toutefois, il n'est pas contesté que ces documents ne comprenaient aucune pièce postérieure à l'année 2012, alors que Mme C demandait la communication de l'intégralité de son dossier administratif individuel. Si le préfet de police produit une copie des courriels de transmission du dossier administratif de la requérante, ces échanges ne permettent pas de s'assurer du contenu des documents en cause. En l'absence d'explications de la part de la préfecture de police sur la raison pour laquelle aucune pièce postérieure à 2012 ne figurait dans le dossier administratif de Mme C, celle-ci est fondée à soutenir que cette communication demeure incomplète et, par suite, que l'administration a méconnu les dispositions des articles L. 311-1 et L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration.

Sur la communication des dossiers constitués auprès du comité médical et de la commission de réforme :

5. Aux termes de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique : " Toute personne a accès à l'ensemble des informations concernant sa santé détenues, à quelque titre que ce soit, par des professionnels et établissements de santé (), qui sont formalisées ou ont fait l'objet d'échanges écrits entre professionnels de santé, notamment des résultats d'examen, comptes rendus de consultation, d'intervention, d'exploration ou d'hospitalisation, des protocoles et prescriptions thérapeutiques mis en œuvre, feuilles de surveillance, correspondances entre professionnels de santé, à l'exception des informations mentionnant qu'elles ont été recueillies auprès de tiers n'intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique ou concernant un tel tiers ().

6. Les avis rendus par le comité médical les 3 mai et 5 juillet, 6 septembre et 4 octobre 2016, les 3 janvier, 6 mai et 3 octobre 2017 et les 2 octobre 2018 et 1er octobre 2019, ainsi que l'avis rendu le 2 juin 2021 par la commission de réforme ont été produits par le préfet de police au cours de la présente instance. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, dans son courrier du 17 décembre 2019, Mme C avait sollicité la communication de l'intégralité des dossiers médicaux constitués auprès du comité médical et de la commission de réforme. En l'absence de communication de ces documents, Mme C est fondée à soutenir que l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique et de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration.

Sur la communication de l'ensemble des plannings de l'équipe des assistants de direction de la direction opérationnelle des services techniques et logistiques entre les mois de juillet et d'avril 2015 :

7. Il ressort des pièces du dossier que la préfecture de police a produit au cours de la présente instance une copie du planning annuel des congés de Mme C au cours des années 2014 et 2015. La requérante soutient que sa demande concerne l'ensemble des plannings des assistantes au sein de la direction opérationnelle des services techniques et logistiques (DOSTL) de la préfecture de police, mentionnant les plages horaires sur lesquelles chacune des assistantes était affectée. Toutefois, dans la mesure où ces plannings sont susceptibles de révéler le nom et les plages horaires des agents qui y sont inscrits, leur divulgation est susceptible de porter atteinte à la vie privée des personnes concernées. En outre, l'occultation des informations nominatives figurant sur ces documents ne saurait suffire, en l'espèce, à garantir le respect de la vie privée des agents concernés dès lors que ces documents permettent, en tout état de cause, de révéler la répartition des heures de travail entre les quatre agents composant le secrétariat de direction de la DOSTL. Par suite, il n'y a pas lieu d'ordonner la communication de ces documents.

Sur la communication des fiches d'heures supplémentaires des personnes du secrétariat de la DOSTL :

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme C a obtenu la communication de ses fiches d'heures supplémentaires pour la période du 28 juillet 2014 au 23 mars 2015. La requérante soutient que cette communication est toutefois incomplète dès lors qu'elle demandait une telle communication à compter du 1er juillet 2014. En l'espèce, le préfet de police n'apporte aucune explication quant à la raison pour laquelle la période prise en compte n'a commencé à courir que le 28 juillet 2014. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la communication des fiches d'heures supplémentaires de Mme C pour la période courant à partir du 1er juillet 2014.

9. D'autre part, il n'y a pas lieu d'ordonner la communication des fiches d'heures supplémentaires des autres assistantes de direction au sein de la DOSTL, ces informations portant atteinte à leur vie privée. A cet égard, l'occultation des informations nominatives figurant sur ces documents ne saurait suffire en l'espèce à garantir le respect de la vie privée des agents concernés dès lors que le nombre total d'heures supplémentaires effectuées par les trois autres assistantes de direction du service est susceptible de révéler leur planning de travail.

Sur la communication des organigrammes du service de la DOSTL depuis 2014 et des notes et instructions relatives à l'attribution d'heures supplémentaires depuis le mois de juillet 2014 :

10. Si une autorité administrative est tenue de communiquer les documents administratifs qu'elle détient aux personnes qui en font la demande, ce droit à communication ne s'applique toutefois qu'à des documents existants et n'a ni pour objet, ni pour effet de contraindre l'administration à établir un document qui n'existe pas, l'administration n'étant pas davantage tenue d'établir un document en vue de procurer les renseignements ou l'information souhaités. La communication d'un document inexistant est toutefois imposée, dans l'hypothèse où celui-ci peut être obtenu par un traitement automatisé d'usage courant.

11. Mme C soutient que la préfecture de police dispose nécessairement des organigrammes de service depuis 2014 ainsi que les notes et instructions relatives à l'attribution d'heures supplémentaires depuis le mois de juillet 2014.

12. En se bornant à préciser que les services de la DOSTL ne disposent plus des documents demandés, sans apporter aucune précision sur la nature des recherches effectuées pour les retrouver, le préfet de police ne peut être regardé comme établissant l'inexistence de ces derniers. Dès lors, en refusant de communiquer ceux-ci à Mme C, en l'absence d'impossibilité matérielle établie, l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est uniquement fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet du 28 mars 2020 en tant qu'elle lui a refusée la communication de l'intégralité de son dossier administratif individuel, de l'intégralité des dossiers constitués auprès du comité médical et de la commission de réforme, de ses fiches d'heures supplémentaires pour la période courant à partir du 1er juillet 2014, ainsi que les organigrammes de service depuis de la DOSTL depuis 2014 et les notes et instructions relatives à l'attribution d'heures supplémentaires depuis le mois de juillet 2014.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".

15. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'enjoindre au préfet de police de communiquer à Mme C, dans le délai de deux mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement, la communication de l'intégralité de son dossier administratif individuel, de l'intégralité des dossiers constitués auprès du comité médical et de la commission de réforme lors de leurs réunions, les fiches d'heures supplémentaires de l'intéressée pour la période courant à partir du 1er juillet 2014, des organigrammes de service de la DOSTL depuis 2014 et des notes et instructions relatives à l'attribution d'heures supplémentaires depuis le mois de juillet 2014. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'ordonner la communication des autres documents demandés par la requérante.

Sur les frais liés au litige :

16. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de Mme C tendant à obtenir la communication de son dossier de médecine professionnelle, préventive et statutaire.

Article 2 : La décision implicite du préfet de police du 28 mars 2020 est annulée en tant qu'elle a refusé à Mme C la communication de l'intégralité de son dossier administratif individuel, de l'intégralité des dossiers constitués auprès du comité médical et de la commission de réforme lors de leurs réunions, de ses fiches d'heures supplémentaires pour la période courant à partir du 1er juillet 2014, des organigrammes de service de la DOSTL depuis 2014 et des notes et instructions relatives à l'attribution d'heures supplémentaires depuis le mois de juillet 2014.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de communiquer à Mme C, dans le délai de deux mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement, la communication de l'intégralité de son dossier administratif individuel, de l'intégralité des dossiers constitués auprès du comité médical et de la commission de réforme lors de leurs réunions, des fiches d'heures supplémentaires de l'intéressée pour la période courant à partir du 1er juillet 2014, ainsi que des organigrammes de service depuis de la DOSTL depuis 2014 et des notes et instructions relatives à l'attribution d'heures supplémentaires depuis le mois de juillet 2014.

Article 4 : Il est mis à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

A. ALa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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