mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2013155 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ATGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés respectivement les 25 août 2020 et 25 janvier 2021, M. C A, représenté par Me Atger, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 28 juillet 2020 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de le convoquer aux fins d'enregistrement de sa demande d'asile et de lui délivrer l'attestation prévue à l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de condamner l'Etat à verser cette même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au requérant.
M. A soutient que :
- le délai de transfert n'a pu être prolongé dès lors qu'il n'était ni emprisonné ni en fuite, le préfet a méconnu l'article 29 du règlement UE n°604/2013 ;
- l'Etat requis n'a pas été informé de la prolongation du délai de transfert, en méconnaissance du 2 de l'article 9 du règlement CE n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié par le règlement 118/2014 de la commission du 30 janvier 2014 ;
-la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2020, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été averties par un courrier du 15 mars 2023 que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision refusant d'enregistrer sa demande d'asile en raison du caractère confirmatif de celle-ci au regard de l'arrêté du 14 octobre 2019, décision devenue définitive.
Un mémoire, enregistré le 21 mars 2023, présenté pour M. A, a répondu à ce moyen d'ordre public et a indiqué renoncer à ses conclusions tendant à obtenir le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013
- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,
- le décret n°2020-1406 du 18 novembre 2020,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mars 2023 :
- le rapport de Mme E ;
- et les conclusions de M. Dubois, rapporteur public
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan, né le 4 juillet 1995, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile par une demande enregistrée le 10 juillet 2019 et s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile le 14 octobre 2019. Par un arrêté du 14 octobre 2019, le préfet de police a décidé de son transfert aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un jugement du 12 décembre 2019, notifié le 21 janvier 2020, le tribunal administratif de céans a rejeté sa requête tendant à l'annulation de cette décision. Ce jugement a été confirmé par la cour administrative d'appel par un arrêt du 17 décembre 2020. L'intéressé s'est présenté le 28 juillet 2020 dans les locaux de la préfecture afin de solliciter l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et de se voir délivrer une attestation de dépôt de sa demande. Un refus verbal lui a été opposé par l'agent du service au motif qu'il était placé en situation de fuite. M. A demande au tribunal l'annulation de la décision du 28 juillet 2020 par laquelle le préfet de police a refusé l'enregistrement de sa demande d'asile ainsi que la délivrance d'une attestation de demandeur d'asile.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Lorsque, postérieurement à la décision ordonnant son transfert dans l'Etat responsable de sa demande, l'intéressé demande à l'autorité compétente que sa demande d'asile soit instruite " en procédure normale ", il doit être regardé comme demandant à cette autorité de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de dépôt de cette demande lui permettant de suivre la procédure devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
4. Le refus opposé à une telle demande constitue une décision susceptible de recours. Les conclusions d'annulation dirigées contre cette décision sont toutefois irrecevables s'il apparaît, en l'absence de circonstances de fait ou de considérations de droit nouvelles, pertinentes et postérieures à la décision de transfert, que ce refus se borne à confirmer purement et simplement celui de faire application des dispositions mentionnées ci-dessus du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en particulier de la clause dite " discrétionnaire " de l'article 17 de ce règlement, implicitement mais nécessairement inclus dans la décision de transfert. Une telle irrecevabilité doit, en particulier, être opposée à ces conclusions lorsque le demandeur soutient, sans l'établir, qu'ayant été considéré, à tort, comme étant en fuite pour l'application du paragraphe 2 de l'article 29 de ce règlement, le délai de transfert de six mois prévu au paragraphe 1 de cet article n'a pas été prolongé et que la décision de transfert ne peut plus, dès lors, être exécutée.
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État qui est responsable de cet examen en application des dispositions du règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Ce transfert peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge, susceptible d'être portée à douze ou dix-huit mois dans les conditions prévues à l'article 29 de ce règlement si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger non admis au séjour se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.
6. M. A ne s'est pas présenté aux rendez-vous qui lui avaient été fixés par la préfecture les 28 janvier et 4 février 2020. Il entend justifier ses absences à ces rendez-vous par son état de santé. Il produit des attestations d'une psychologue, indiquant qu'il souffre de moments de confusion spatio-temporelle et qu'il fait l'objet d'un suivi depuis novembre 2019. Il verse au dossier des attestations du directeur exécutif de l'association " Famille B D " qui certifie que M. A ne peut effectuer seul ses démarches car il souffre d'une fragilité psychologique et que son attitude peut paraître enfantine. Enfin, il produit une attestation d'une travailleuse sociale de l'association Emmaus solidarité selon laquelle il n'est pas autonome et doit être réveillé pour honorer ses rendez-vous médicaux. Cependant, malgré ces attestations circonstanciées, il ressort du certificat médical établi le 26 janvier 2020 par le service des urgences de l'hôpital Avicenne, soit 48 h avant son rendez-vous à la préfecture, qu'il n'y avait " pas d'urgence dans la prise en charge psychiatrique " de M. A. Si l'intéressé fait l'objet d'un suivi psychiatrique depuis le 27 février 2020, aucun élément d'ordre médical ni cette circonstance, ni les documents produits, qui revêtent un caractère général, ne permettent d'établir qu'il ne pouvait se rendre à la préfecture afin d'honorer les rendez-vous des
28 janvier et 4 février 2020, alors qu'il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que depuis fin 2019, le requérant bénéficie de l'assistance de l'association " Famille B D " pour l'accomplissement de ses démarches, laquelle l'a accompagné le 28 juillet 2020 à la préfecture de police. La seule circonstance que l'association Famille F se soit manifestée auprès de la préfecture de police par courriel le 27 août 2020, soit postérieurement au
21 juillet 2020, en invoquant la situation générale de M. A, n'est pas de nature à justifier l'absence de l'intéressé aux rendez-vous, les pièces produites ne permettant pas d'établir comme prétend l'intéressé, que l'association aurait déjà envoyé un courriel à la préfecture de police le 30 mai 2020. Ainsi, c'est à juste titre que le préfet de police a regardé M. A comme en fuite.
7. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) no 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement. ". Il résulte des articles 15 et 19 du règlement (CE) n° 1560/2003 que la production de l'accusé de réception émis, dans le cadre du réseau Dublinet, par le point d'accès national de l'Etat requis lorsqu'il reçoit une demande présentée par les autorités françaises établit l'existence et la date de cette demande et permet, en conséquence, de déterminer le point de départ du délai de deux semaines au terme duquel la demande de reprise est tenue pour implicitement acceptée. Pour autant, la production de cet accusé de réception ne constitue pas le seul moyen d'établir que les conditions mises à la reprise en charge du demandeur étaient effectivement remplies. Il appartient au juge administratif, lorsque l'accusé de réception n'est pas produit, de se prononcer au vu de l'ensemble des éléments qui ont été versés au débat contradictoire devant lui, par exemple du rapprochement des dates de consultation du fichier Eurodac et de saisine du point d'accès national français ou des éléments figurant dans une confirmation explicite par l'Etat requis de son acceptation implicite de reprise en charge.
8. Si M. A soutient qu'il n'est pas établi que les autorités allemandes aient été informées de la prolongation du délai de transfert, il ne conteste pas le caractère probant de l'accusé de réception Dublinet du 7 février 2020 produit par le préfet de police à l'appui de son mémoire en défense du 9 septembre 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 2 de l'article 9 du règlement CE 1560/2003 doit être écarté.
9. En troisième lieu, dès lors que les pathologies psychologiques du requérant ne sont pas établies, ainsi qu'il ressort de ce qui a été exposé au paragraphe 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée comme irrecevable.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente ;
- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère ;
- et Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
La rapporteure,
N. E
La présidente,
V. HERMANN JAGERLa greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026