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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2013238

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2013238

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2013238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantCRUSOE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 août 2020, 12 mars 2021, 3 mai 2022 et 22 juillet 2022, M. A D, représenté par Me Lionel B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2019 par lequel le ministre de la culture lui a infligé un blâme, ensemble la décision implicite née du silence gardé sur son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 5 décembre 2019 est insuffisamment motivé faute d'indiquer précisément les faits qui lui sont reprochés et les griefs finalement retenus à son encontre ;

- il a été prononcé à l'issue d'une procédure irrégulière qui l'a privé d'une garantie dès lors qu'il n'a pas eu communication, d'une part, du rapport de l'enquête administrative confiée à l'inspection générale des affaires culturelles et, d'autre part, des procès-verbaux des auditions des personnes entendues dans le cadre de cette enquête ;

- il repose sur des faits inexacts dès lors que les manquements qui lui sont reprochés ne sont pas établis.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 avril, 17 juin et 27 juillet 2022, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D et l'Union des syndicats des personnels des affaires culturelles (USPAC-CGT Culture) ne sont pas fondés.

Par une intervention, enregistrée le 3 mai 2022, l'Union des syndicats des personnels des affaires culturelles (USPAC-CGT Culture), représentée par sa secrétaire générale, représentée par Me B, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de M. D.

Elle se réfère aux moyens exposés dans la requête.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de M. Degand, rapporteur public,

- et les observations de M B, représentant M. D et l'USPAC-CGT Culture.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, attaché principal d'administration, a exercé, à compter du 19 septembre 2016, les fonctions d'adjoint au chef du département de la stratégie et de la modernisation au secrétariat général du ministère de la culture. En raison de témoignages relatifs à son comportement, notamment la tenue de propos injurieux et à caractère discriminatoire, le ministre de la culture a confié le 5 avril 2019 à l'inspection générale des affaires culturelles (IGAC) une mission d'enquête sur ces faits. Le 25 juillet 2019, une procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de M. D. A l'issue de cette procédure, le ministre de la culture a prononcé à son encontre la sanction de blâme par un arrêté du 5 décembre 2019, contre lequel M. D a formé un recours gracieux par un courrier reçu le 7 février 2020. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2019 et la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux.

Sur l'intervention de l'Union des syndicats des personnels des affaires culturelles :

2. L'Union des syndicats des personnels des affaires culturelles (USPAC-CGT Culture) justifie d'un intérêt suffisant à l'annulation de la décision attaquée. Ainsi, son intervention à l'appui de la requête formée par M. D est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / - 2° infligent une sanction ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " () L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ". Ces dispositions imposent à l'autorité qui prononce une sanction l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire intéressé, de telle sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

4. L'arrêté du 5 décembre 2019 énonce de manière précise les motifs de fait sur lesquels il se fonde et, en particulier, les propos et les comportements dénoncés par deux agentes contractuelles nommément désignées qui ont travaillé dans le département de la stratégie et de la modernisation alors que M. D était adjoint au chef du département et les conclusions du rapport d'enquête de l'IGAC qualifiant de comportement inapproprié de la part d'un cadre les manquements constatés et relevant la souffrance au travail générés par ce comportement pour plusieurs de ses collègues. La décision en litige expose ainsi les griefs retenus à l'encontre de M. D de manière suffisamment circonstanciée pour le mettre à même de déterminer les faits que l'autorité disciplinaire entend lui reprocher et est, dès lors, suffisamment motivée, alors même qu'elle ne mentionne pas la date précise des faits. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision qu'il conteste est insuffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, en vertu de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 et de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983, selon lequel " le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes ", un fonctionnaire faisant l'objet d'une procédure disciplinaire doit être mis à même d'obtenir communication de son dossier. Lorsqu'une enquête administrative a été diligentée sur le comportement d'un agent public ou porte sur des faits qui, s'ils sont établis, sont susceptibles de recevoir une qualification disciplinaire ou de justifier que soit prise une mesure en considération de la personne d'un tel agent, le rapport établi à l'issue de cette enquête, y compris lorsqu'elle a été confiée à des corps d'inspection, ainsi que, lorsqu'ils existent, les procès-verbaux des auditions des personnes entendues sur le comportement de l'agent faisant l'objet de l'enquête font partie des pièces dont ce dernier doit recevoir communication en application de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983, sauf si la communication de ces procès-verbaux serait de nature à porter gravement préjudice aux personnes qui ont témoigné.

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision d'engager une procédure disciplinaire à l'encontre de M. D, laquelle a conduit au prononcé de la sanction de blâme, a été prise au vu d'un rapport de l'IGAC remis en juillet 2019.

7. Il ressort également des pièces du dossier que M. D a été informé, au plus tard par un courrier du 26 juillet 2019, que le ministre de la culture envisageait de lui infliger une sanction et qu'il avait la possibilité de consulter son dossier, ce qu'il a fait le 30 juillet 2019. Si le dossier consulté ne comprenait pas les procès-verbaux des auditions réalisées dans le cadre de l'enquête administrative menée par l'IGAC, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence de production du mémoire qu'il dit avoir produit en réponse au courrier du 26 juillet 2019 et de caractère suffisamment probant du courrier non daté que la secrétaire générale de la CGT-Culture aurait envoyé au ministre de la culture à une date inconnue, qui se borne au demeurant à regretter que l'intégralité de son dossier ne lui a pas communiqué sans formuler de demande de communication de pièces, et de l'attestation peu circonstanciée qu'elle a rédigée le 22 juillet 2022, que M. D, qui avait connaissance de ces auditions qui étaient citées dans le rapport qui lui avait été communiqué et qui était au dossier consulté, aurait demandé la communication de ces pièces. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis à même d'obtenir communication de l'intégralité de son dossier en méconnaissance de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 et que la mesure mettant fin à ses fonctions a été prise au terme d'une procédure irrégulière.

8. En troisième lieu, il incombe à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public.

9. Il ressort des pièces du dossier que les auteurs du rapport de l'IGAC se sont appuyés sur les informations écrites et orales qui leur ont été communiquées lors des entretiens qu'ils ont menés avec de nombreux agents et dont le contenu, concordant, corrobore le témoignage de Mme F et la main courante déposée par Mme E et n'est ni invalidé par l'anonymisation des sources ni utilement contredit par les attestations produites par M. D faisant état de qualités professionnelles qui n'ont pas été remises en cause. Dès lors, les faits sur lesquels la sanction attaquée repose doivent être regardés comme établis.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de l'USPAC-CGT Culture est admise.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à l'Union des syndicats des personnels des affaires culturelles (USPAC-CGT Culture) et à la ministre de la culture.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le magistrat désigné,

S. CLa greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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