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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2014409

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2014409

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2014409
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 septembre 2020, le 15 octobre 2020 et le 30 juin 2021, Mme A B C, représentée par Me Nombret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du Directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 14 avril 2020 par laquelle il a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou à son bénéfice dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où aucun entretien de vulnérabilité n'a été mené ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

L'OFII fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 juin 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au

8 juillet 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public,

- et les observations de Me Nombret, représentant Mme B C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante somalienne, née le 1er janvier 1973, a enregistré sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, le 18 octobre 2018. Le même jour, elle a reçu et accepté une offre de prise en charge de la part de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui proposant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 20 février 2020, le directeur territorial de l'OFII lui a notifié son intention de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 14 avril 2020, l'OFII a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, Mme B C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". En l'absence d'urgence, il n'y a pas lieu d'accorder à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle à Mme B C.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes l'article D. 744-38 du code d'entrée et de séjour des étrangers et des demandeurs d'asile alors en vigueur, dans sa rédaction issue de la loi n°2018-778 du 10 septembre 2018 : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. () ".

4. En l'espèce, l'OFII produit en défense une décision explicite du 14 avril 2020 qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

6. Il résulte de ces dispositions que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. De plus, il ressort des pièces du dossier que la requérante a bien bénéficié, préalablement à sa prise en charge par l'OFII, d'un entretien de vulnérabilité dans une langue qu'elle comprenait, en l'espèce le somali. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'entretien d'évaluation de la vulnérabilité doit être rejeté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ".

8. Il ressort des motifs de la décision attaquée que l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil accordé à la requérante pour faire suite à son refus d'accepter une proposition d'hébergement le 5 février 2020 et au fait qu'elle ne s'est pas présentée deux rendez-vous qui lui avaient été fixés. La requérante allègue au soutien de ses conclusions que son absence de réponse aux convocations est due au vol de son téléphone portable en janvier 2020. Toutefois, elle ne produit aucun élément de nature à établir le vol qu'elle invoque ni surtout qu'elle aurait prévenu l'OFII de sa situation avant le courrier en date du 24 février 2020 faisant suite à la notification de l'Office d'intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être rejeté.

9. En dernier lieu, Mme B C soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation compte tenu de sa situation de vulnérabilité. Si elle soutient que son état de santé est incompatible avec les conditions de vie dans lesquelles elle est placée du fait de la suspension des conditions partielles d'accueil et produit, à cet effet, plusieurs documents médicaux faisant état d'une hospitalisation à la suite d'une contamination à la covid-19, dont certains sont postérieurs à la décision attaquée, ces éléments ne permettent pas, à eux seuls, d'établir une particulière vulnérabilité de sa situation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut qu'être rejeté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de l'OFII du 14 avril 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C et au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hermann Jager, présidente,

Mme Beuglemans-Lagane, première conseillère,

Mme Renvoise, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

La présidente rapporteure,

V. HERMANN JAGER

L'assesseure la plus ancienne,

N. BEUGELMANS-LAGANE Le greffier

Y. FADEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2103405

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