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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2014475

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2014475

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2014475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 septembre 2020, 10 mars 2022 et 31 mars 2022, M. A B, représenté par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 9 juillet 2020 par lesquels le ministre de l'intérieur a mis fin à son détachement en qualité de technicien de classe normale des systèmes d'information et de communication stagiaire à compter du 1er août 2020, a prononcé sa réintégration dans son corps d'origine à compter de la même date, l'a réintégré dans ce corps, l'a affecté à la sous-direction de la coordination des acteurs et services transverses de la direction du numérique du secrétariat général du ministère de l'intérieur sur un poste de surveillant de standard téléphonique ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de le titulariser dans le corps des techniciens des systèmes d'information et de communication à compter du 1er mars 2020 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de l'affecter sur un poste correspondant à ce corps ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- les arrêtés attaqués sont entachés d'incompétence, faute pour l'administration d'établir l'existence d'une délégation de signature régulière ;

- ils sont entachés d'un vice de procédure dès lors que la commission administrative paritaire ne s'est pas prononcée régulièrement ; il n'est pas établi qu'elle s'est réunie pour délibérer effectivement sur sa situation en étant composée régulièrement ; si la parité a été respectée s'agissant des membres avec voix délibérative, la présence de davantage de représentants de l'administration par rapport aux représentants du personnel a exercé une influence sur le vote ;

- ils sont entachés d'incompétence négative en ce que le ministre de l'intérieur s'est estimé lié par l'avis de la commission administrative paritaire pour refuser de le titulariser ;

- en refusant de le titulariser, l'administration a entaché les arrêtés attaqués d'une erreur de droit le ministre de l'intérieur ayant pris une décision de refus de titularisation avant l'expiration de la période probatoire ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a les compétences requises pour exercer des missions de développement ; il a été cantonné à des missions de bureautique et d'assistance qui ne relèvent pas de sa fiche de poste ; il s'est investi dans l'ensemble de ses missions ; aucune raison objective ne justifiait de l'affecter dans la gendarmerie nationale lors de la prorogation de son stage alors que d'autres postes correspondent davantage à son profil ; il était le seul fonctionnaire civil ce qui a dégradé ses relations de travail avec ses collègues ; il était impliqué et disponible dans l'exercice de ses missions ainsi que l'attestent les heures supplémentaires qu'il a effectuées ;

- il a été réintégré dans son corps d'origine mais pas dans sa spécialité alors que des postes y étaient vacants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il était en situation de compétence liée pour prendre la décision portant réintégration dans le corps d'origine, ce qui rend inopérants les moyens dirigés contre cette décision ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 82-451 du 28 mai 1982 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;

- le décret n° 2009-1388 du 11 novembre 2009 ;

- le décret n° 2011-1187 du 27 décembre 2011 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blusseau, conseiller ;

- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;

- et les observations de Me Arvis, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 février 2018, M. A B a été nommé en qualité de technicien de classe normale des systèmes d'information et de communication (SIC) stagiaire du ministère de l'intérieur et a été affecté sur un poste de " concepteur-développeur d'applications / intégrateur d'applications ", au sein de la division de l'appui technique de la sous-direction des ressources et des moyens à la direction centrale du recrutement et de la formation de la police nationale, à compter du 1er mars 2018. Par un arrêté du ministre de l'intérieur du 8 août 2019, son stage a été prorogé pour une durée d'un an du 1er mars 2019 au 29 février 2020. Par un arrêté du 9 juillet 2020, le ministre de l'intérieur a mis fin à son détachement en qualité de stagiaire à compter du 1er août 2020. Par un second arrêté du même jour, le ministre de l'intérieur l'a réintégré dans le corps d'agents des systèmes d'information et de communication du ministère de l'intérieur et l'a affecté à la sous-direction de la coordination des acteurs et services transverses de la direction du numérique du secrétariat général du ministère de l'intérieur, sur un poste de surveillant de standard téléphonique. M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés du 9 juillet 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article 14 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " Le détachement d'un fonctionnaire ne peut avoir lieu que dans l'un des cas suivants : /()/ 10° Détachement pour l'accomplissement d'un stage ou d'une période de scolarité préalable à la titularisation dans un emploi permanent de l'Etat, d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public à caractère administratif dépendant de l'Etat ou d'une collectivité territoriale, ou pour suivre un cycle de préparation à un concours donnant accès à l'un de ces emplois ; () ". Aux termes de l'article 11 du décret du 11 novembre 2009 portant dispositions statutaires communes à divers corps de fonctionnaires de la catégorie B de la fonction publique de l'Etat : " I. - Les candidats reçus à l'un des concours mentionnés au 1° et au 2° du I et au II de l'article 4 sont nommés fonctionnaires stagiaires du corps concerné et accomplissent un stage d'une durée d'une année. /()/ IV. - Les nominations sont prononcées par l'autorité dont relève le corps de fonctionnaires. () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 27 décembre 2011 portant statut particulier du corps des techniciens des systèmes d'information et de communication du ministère de l'intérieur : " Les techniciens des systèmes d'information et de communication du ministère de l'intérieur sont recrutés, nommés et gérés par le ministre de l'intérieur. ". Aux termes des dispositions de l'article 7 du décret du 7 octobre 1994 fixant les dispositions communes applicables aux stagiaires de l'Etat et de ses établissements publics : " Le fonctionnaire stagiaire peut être licencié pour insuffisance professionnelle lorsqu'il est en stage depuis un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage.()/ Lorsque le fonctionnaire stagiaire a la qualité de fonctionnaire titulaire dans un autre corps, cadre d'emplois ou emploi, il est mis fin à son détachement et l'intéressé est réintégré dans son administration d'origine dans les conditions prévues par le statut dont il relève. () ".

3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 25 du décret du 28 mai 1982 relatif aux commissions administratives paritaires : " I.- Les commissions administratives paritaires connaissent : /1° En matière de recrutement, des refus de titularisation et des licenciements en cours de stage en cas d'insuffisance professionnelle ou de faute disciplinaire ; () ". Aux termes des dispositions de l'article 32 du même décret : " Les commissions administratives émettent leur avis à la majorité des membres présents. () ".

4. Il ressort du courrier d'accompagnement de l'arrêté mettant fin au détachement de M. B, lequel n'a pas à être motivé, que son auteur s'est borné à constater que la commission administrative paritaire qui s'est réunie le 12 mars 2020 s'est prononcée pour un refus de titularisation et qu'il a décidé en conséquence de mettre fin au stage de l'intéressé et à son détachement dans le corps des techniciens de classe normale des SIC. Contrairement à ce que fait valoir l'administration en défense, il ressort ainsi de ce courrier que le ministre n'a pas pris en compte les différents rapports établis par les supérieurs hiérarchiques de M. B durant ses stages pour prendre la décision attaquée mais qu'il s'est uniquement fondé sur l'avis de la commission administrative paritaire nationale. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme s'étant estimé lié par cet avis alors qu'il ressort des dispositions précitées qu'il s'agit d'un avis simple et que le pouvoir de décision appartient au ministre. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté du 9 juillet 2020 mettant fin à son détachement est entaché d'une erreur de droit et à en demander l'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celle de l'arrêté du même jour par lequel le ministre de l'intérieur l'a réintégré dans son corps d'origine sur un poste de surveillant de standard téléphonique.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le ministre de l'intérieur réexamine la situation de M. B. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Les arrêtés du ministre de l'intérieur du 9 juillet 2020 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le rapporteur,

A. BLUSSEAU

La présidente,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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