jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2014511 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n°2014511 enregistrée le 11 septembre 2020, M. C D, représenté par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2020 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et a prolongé son délai de transfert aux autorités suédoises ;
2°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à Me Hug, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le préfet ne rapporte pas la preuve de l'information faite aux autorités suédoises de la prolongation du délai de transfert en méconnaissance de l'article 9 du règlement CE n°1560/2003 du 2 septembre 2003 ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement UE n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il ne peut être regardé comme en fuite.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 octobre 2020, le préfet de police conclut au rejet de la requête de M. A.
Il soutient que :
- les conclusions de M. A sont irrecevables dès lors que la prolongation du délai de transfert a pour effet de maintenir en vigueur l'arrêté de transfert du 8 août 2019 et qu'ainsi aucune décision susceptible de recours est née ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er mars 2021.
Par une ordonnance du 7 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 avril 2022.
II. Par une requête n°2014542 enregistrée le 11 septembre 2020, Mme B A, représentée par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2020 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et a prolongé son délai de transfert aux autorités suédoises ;
2°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à Me Hug, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le préfet ne rapporte pas la preuve de l'information faite aux autorités suédoises de la prolongation du délai de transfert en méconnaissance de l'article 9 du règlement CE n°1560/2003 du 2 septembre 2003 ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement UE n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle ne peut être regardée comme en fuite.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 octobre 2020, le préfet de police conclut au rejet de la requête de Mme A.
Il soutient que :
- les conclusions de Mme A sont irrecevables dès lors que la prolongation du délai de transfert a pour effet de maintenir en vigueur l'arrêté de transfert du 8 août 2019 et qu'ainsi aucune décision susceptible de recours est née ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 avril 2021, la clôture d'instruction a été fixée au
24 mai 2021.
La demande d'aide juridictionnelle de Mme A a été rejetée par une décision du 22 janvier 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A, ressortissants afghans nés respectivement le 18 janvier 1991 et le 8 juin 1993, ont présenté une demande d'asile le 8 août 2019 et ont été mis en possession d'une attestation de demande d'asile en procédure " Dublin ". Par deux arrêtés du 8 août 2019, le préfet de police a décidé leur transfert aux autorités suédoises responsables de l'examen de leur demande d'asile. Par deux jugements n° 1918561 et n° 19185335 du 16 octobre 2019, le tribunal administratif de Paris a rejeté les requêtes de M. et Mme A dirigées contre ces arrêtés. M. et Mme A ne s'étant pas présentés à plusieurs convocations destinées à exécuter la mesure de transfert, le préfet de police a estimé qu'ils étaient en fuite et a prolongé le délai de leur transfert de six à dix-huit mois. Le 8 septembre 2020, M. et Mme A se sont présentés aux services de la préfecture de police en vue de faire procéder à l'enregistrement de leur demande d'asile en France selon la procédure normale. M. et Mme A demandent l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer leur demande d'asile et a prolongé leur délai de transfert aux autorités suédoises.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2014511 et n° 2014542 présentées par M. et Mme A présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un jugement commun.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'État responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'État responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Par suite, le préfet de police est fondé à soutenir que les conclusions dirigées contre la prolongation du délai de transfert de M. et Mme A aux autorités suédoises sont irrecevables.
4. En revanche, M. et Mme A produisent à l'appui de leur requête une attestation en date du 8 septembre 2020, rédigée par une bénévole à la permanence juridique des demandeurs d'asile du bureau d'accueil et d'accompagnement des migrants, indiquant qu'ils se sont présentés le même jour à la préfecture de police pour déposer une demande d'asile en procédure normale et que les services du préfet de police ont refusé d'enregistrer leur demande. Les requérants sont ainsi recevables à demander l'annulation du refus verbal qui leur a été opposé.
Sur les conclusions à fin d'annulation du refus d'enregistrement de la demande d'asile en procédure normale :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 9.2 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ". Aux termes de l'article 15 du même règlement : " Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre Etats membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement (). / 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national () est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse ".
6. Le préfet de police produit au dossier l'accusé de réception émis, dans le cadre du réseau DubliNet, par le point d'accès national français le 19 décembre 2019 ainsi qu'une note " d'informations relatives à la prolongation des délais de transfert ou au report du transfert " en date du même jour, sur laquelle est indiqué en français et en anglais qu'elle a été validée et certifiée par l'Unité Dublin lors de sa transmission via DubliNet. En l'absence de tout élément de nature à remettre en cause la réalité de cette saisine, ces documents suffisent à justifier que les autorités suédoises ont été informées de la prolongation du délai de transfert de M. et Mme A le 19 décembre 2019, avant l'expiration du délai de six mois à compter de la date de l'acception de la requête aux fins de prise en charge, intervenue le 28 juin 2019. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 9.2 du règlement (CE) n°1560/2003 doit être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article 29 du règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur () vers l'Etat membre responsable s'effectue () au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre Etat membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée () 2. () Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ". La notion de fuite doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger non admis au séjour s'est soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.
8. Il est constant que M. et Mme A ne se sont pas présentés aux deux convocations auxquelles ils ont été conviés le 11 et le 18 décembre 2019 à 8h30 à la préfecture de police. S'ils soutiennent que ces absences sont dues à la grève des transports en Île-de-France, ils n'établissent pas, par les pièces qu'ils produisent, que la circulation ait été totalement interrompue sur le RER D entre la gare de Grigny-Centre et la gare de Paris-gare de Lyon les mercredis 11 et 18 décembre 2019. Dans ces conditions, et pour regrettables que soient les perturbations du trafic ferroviaire liées à la grève de la société nationale des chemins de fer français (SNCF), M. et Mme A n'établissent pas l'impossibilité pour eux de se déplacer depuis leur lieu d'hébergement, situé à Grigny, jusqu'à la préfecture de police, localisée place Louis Lépine, dans le 4e arrondissement de Paris. Par ailleurs, M. et Mme A n'ont jamais signalé au préfet les difficultés qu'ils auraient pu rencontrer pour honorer leurs convocations. Dans ces conditions, M. et Mme A doivent être regardés comme s'étant soustraits de manière intentionnelle et systématique à l'exécution du transfert organisé, se mettant ainsi en situation de fuite au sens de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013. Les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît l'article 29 de ce règlement et de ce qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E A, à Mme B A, à Me Hug et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
Le rapporteur,
J. REBELLATO
Le président,
L. GROS
La greffière,
S. PORRINAS
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2014511 - 201454
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026