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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2014601

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2014601

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2014601
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantOUADAH-BENGHALIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoire enregistrés le 13 septembre 2020, le 22 septembre 2020, le 21 mars 2023, le 9 mai 2023 et le 26 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Ouadah-Benghalia, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la délibération du jury du concours AlterPACES de l'université Paris Descartes devenue université Paris-Cité, organisé au titre de l'année universitaire 2019-2020, en tant qu'elle prononce sa non-admissibilité, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 9 juillet 2020 ;

2°) d'annuler la délibération du jury du concours AlterPACES de l'université Paris Descartes devenue université Paris-Cité, organisé au titre de l'année universitaire 2019-2020 dans sa totalité ;

3°) d'enjoindre à l'université Paris-Cité de lui communiquer l'ensemble de ses copies corrigées avec la grille d'évaluation correspondante, les sujets de l'AlterPACES 2020, les compte-rendu des jurys, le règlement des études et les modalités d'admissibilité à l'AlterPACES de l'université Paris-Descartes ainsi que la composition du jury ;

4°) d'enjoindre à l'université de Paris-Cité de requalifier les modules d'enseignement prévus dans le cadre de l'expérimentation AlterPACES en unités d'enseignement ;

5°) de mettre à la charge de l'université Paris-Cité la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de non-admissibilité est entachée d'incompétence ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées en l'absence de transmission des copies ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article 6 du décret n° 2014-189 du 20 février 2014 dès lors qu'elle n'a pas eu connaissance des critères d'évaluation du jury ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'éducation dès lors que les évaluations écrites ne comprennent pas de notes chiffrées mais seulement des items mentionnant " acquis " ou " non-acquis " ;

- elle méconnaissent les dispositions de l'article 5 du décret n° 2014-189 du 20 février 2014 modifié et les dispositions de l'article D. 611-2 du code de l'éducation en ce que les évaluations des modules n'ont pas prévu l'octroi d'unités d'enseignement ;

- elles sont entachées d'illégalité dès lors que la liste des candidats admis, classés par ordre de mérite, n'a pas été publiée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 janvier 2023, le 31 mars 2023 et le 26 mai 2023, la présidente de l'université Paris-Cité conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- en l'absence de saisine pour avis de la commission d'accès aux documents administratifs, les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une lettre du 12 janvier 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision de non-admission de Mme B en 2ème année d'études de santé dès lors que la délibération du jury du concours " Alter Paces ", établissant la liste des candidats admis, fondée sur une appréciation des aptitudes de l'ensemble des candidats, a un caractère indivisible.

Par une lettre du 16 mai 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la délibération du jury du concours AlterPACES de l'université Paris Descartes devenue université Paris-Cité, organisé au titre de l'année universitaire 2019-2020, arrêtant la liste des candidats admis, en raison de leur tardiveté dès lors qu'elles ont été présentées le 21 mars 2023, soit plus de deux mois après que Mme B a reçu notification, le 15 juillet 2020, du " relevé de notes et résultats - dispositif AlterPACES " la déclarant non admissible et non admise, dans des conditions lui permettant de demander, le cas échéant, communication de l'ensemble de la délibération du jury.

Un mémoire présenté pour Mme B a été enregistré le 6 juin 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 2013-660 du 22 juillet 2013 modifiée relative à l'enseignement supérieur et à la recherche ;

- le décret n° 2014-189 du 20 février 2014 modifié tendant à l'expérimentation de modalités particulières d'admission dans les études médicales, odontologiques, pharmaceutiques et maïeutiques ;

- l'arrêté du 20 février 2014 modifié relatif à l'expérimentation de nouvelles modalités d'admission dans les études médicales, odontologiques, pharmaceutiques et maïeutiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guiader,

- les conclusions de M. Pottier, rapporteur public,

- et les observations de Me Ouadah-Benghalia.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, étudiante en troisième année de licence de droit au cours de l'année universitaire 2019-2020, a subi les épreuves d'admission en deuxième année d'études de santé qui ont été expérimentées à l'université Paris-Descartes devenue université Paris-Cité, dans le cadre du dispositif AlterPACES, prévu par les dispositions du 2° de l'article 39 de la loi du 22 juillet 2013 relative à l'enseignement supérieur et à la recherche, dans sa rédaction résultant de la loi du 8 mars 2018 relative à l'orientation et à la réussite des étudiants. A l'issue des épreuves écrites et orales, Mme B a été déclarée non-admissible par une décision du jury du concours AlterPACES du 15 juillet 2020. Par la requête susvisée, la requérante demande d'une part, l'annulation de cette décision, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux et d'autre part, l'annulation de la délibération du jury arrêtant la liste des candidats admis au concours AlterPACES au titre de l'année universitaire 2019-2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 39 de la loi n° 2013-660 du 22 juillet 2013 modifiée relative à l'enseignement supérieur et à la recherche applicable à l'espèce : " A titre expérimental, pour une durée de huit ans, et par dérogation aux dispositions du I de l'article L. 631-1 du code de l'éducation, des modalités particulières d'admission dans les études médicales, odontologiques, pharmaceutiques et de maïeutique peuvent être fixées par décret sous la forme : () / 2° D'une admission en deuxième ou en troisième année des études médicales, odontologiques, pharmaceutiques ou de maïeutique après une à trois années d'un premier cycle universitaire adapté conduisant à un diplôme national de licence. Le nombre des étudiants admis en deuxième année après la première année commune ou la première année commune adaptée mentionnée au 1° bis et le nombre des étudiants admis directement en deuxième ou en troisième année au titre du 1° bis et du présent 2° sont fixés, pour chaque université concernée et pour chacune des filières, par arrêté conjoint des ministres chargés de l'enseignement supérieur et de la santé. () ". Aux termes de l'article 2 du décret n° 2014-189 du 20 février 2014 tendant à l'expérimentation de modalités particulières d'admission dans les études médicales, odontologiques, pharmaceutiques et maïeutiques : " () Les expérimentations prévues au 1° bis et au 2° de l'article 39 de la loi du 22 juillet 2013 susvisée sont mises en œuvre sans préjudice des modalités particulières d'admission en deuxième ou troisième année des études médicales, odontologiques, pharmaceutiques ou de maïeutique prévues par le II de l'article L. 631-1 du code de l'éducation ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " I.- Le premier cycle universitaire adapté mentionné au 2° de l'article 39 de la loi du 22 juillet 2013 susvisée est un cursus conduisant à un diplôme national de licence désigné par l'université expérimentatrice comme adapté pour une admission directe en deuxième ou en troisième année d'une ou plusieurs filières des études médicales, odontologiques, pharmaceutiques ou maïeutiques. Un cursus de premier cycle universitaire adapté peut comporter, en fonction de la filière de santé visée, des formations complémentaires sous forme d'unités d'enseignement et, le cas échéant, des stages en milieu professionnel () " et aux termes de l'article 6 de ce décret : " Au titre d'une année donnée et dans une seule université expérimentatrice, un candidat peut postuler en vue d'une admission directe dans une ou plusieurs filières des études médicales, odontologiques, pharmaceutiques ou maïeutiques. Le contenu du dossier de candidature, notamment la liste des pièces exigées, ainsi que les conditions de cette admission directe sont fixées par chaque université expérimentatrice. / Les candidatures à l'admission directe en deuxième ou en troisième année des études de santé au titre des dispositifs expérimentaux mentionnés à l'article 5 sont examinées par un jury dans les conditions fixées par arrêté des ministres chargés de l'enseignement supérieur et de la santé. Cet arrêté fixe également la composition du jury dont les membres sont nommés par le président de l'université () ". Aux termes de l'article 7 dudit décret : " Le jury du dispositif d'admission directe en deuxième ou troisième année des études médicales, odontologiques, pharmaceutiques ou maïeutiques délibère avant la publication des résultats de la première année commune aux études de santé ou de la première année commune aux études de santé adaptée. () ".

3. L'article 6 du règlement des études relatif au programme expérimental d'alternative à la PACES (AlterPACES) adopté par l'université au titre de l'année 2019-2020 dispose que : " Le jury d'admissibilité se réunit pour examiner les résultats obtenus par chaque étudiant aux différents modules et statue sur l'admissibilité ou la non admissibilité des candidats en L3. / Les étudiants déclarés admissibles sont convoqués par la scolarité pour l'étape d'admission à l'Alter PACES organisée sous la forme d'un entretien individuel de 20 minutes avec les membres du jury d'admission (des sous jurys d'admission sont susceptibles d'être organisés en fonction du nombre de candidats). Au cours de cet entretien, les étudiants devront présenter leur parcours et démontrer leur motivation à accéder à la filière de santé choisie. Le jury d'admission d'AlterPACES prononce l'admission définitive en filière de santé et ses décisions sont souveraines ". Aux termes de l'article 7 du même règlement : " Le jury d'admissibilité est chargé de se prononcer sur la validation ou non validation à l'écrit des modules AlterPACES, c'est-à-dire sur l'admissibilité ouvrant droit aux entretiens oraux d'admission ".

4. Il résulte des dispositions précitées que, dans le cadre du dispositif AlterPACES expérimenté par l'université Paris-Descartes au titre de l'année universitaire 2020-2021, les étudiants étaient admis à poursuivre leur formation en deuxième année des études médicales, odontologiques, pharmaceutiques ou de maïeutique, en fonction, d'une part, de leur rang sur la liste de classement établie, par ordre de mérite, à l'issue de l'obtention de leur licence et des épreuves écrites et orales sanctionnant leur niveau de connaissance dans les unités d'enseignement de sciences exactes, de sciences biologiques, de sciences de la santé et de sciences humaines et santé publique et, d'autre part, du nombre de places disponibles en deuxième année, déterminé par voie réglementaire. Ainsi, la délibération par laquelle le jury arrête les résultats, pour l'ensemble des candidats, du concours organisé pour l'admission en deuxième année d'études médicales, qui est fondée sur les aptitudes des candidats, présente un caractère indivisible et les conclusions dirigées contre la seule décision de non-admissibilité d'un candidat à ce concours ne sont pas recevables. Il suit de là que les conclusions présentées par Mme B qui tendent expressément à l'annulation de la délibération du jury du concours AlterPACES organisé par l'université Paris-Descartes au titre de l'année universitaire 2020-2021 en tant seulement qu'elle la concerne et qu'elle ne l'a pas déclarée admissible au vu de ses résultats dans les unités d'enseignement de sciences exactes, de sciences biologiques, de sciences de la santé et de sciences humaines et santé publique, sont irrecevables.

5. Si Mme B, dans son mémoire en réplique du 21 mars 2023, a étendu ses conclusions à l'annulation de l'ensemble de la délibération du jury arrêtant les résultats, pour l'ensemble des candidats, du concours organisé pour l'admission en deuxième année d'études médicales, ces nouvelles conclusions ont été présentées plus de deux mois après qu'elle a reçu notification, le 15 juillet 2020, du " relevé de notes et résultats - dispositif AlterPACES " la déclarant non admissible et non admise, dans des conditions lui permettant de demander, le cas échéant, communication de l'ensemble de la délibération du jury. Par suite, ces conclusions sont tardives et doivent être rejetés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure d'injonction. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, ces conclusions doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'université de Paris-Cité, qui n'est pas la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par conséquent, ces conclusions doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au président de l'université Paris-Cité.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

M. Guiader, premier conseiller,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

Le rapporteur,

V. GUIADER

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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