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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2015024

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2015024

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2015024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationR
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET FABIANI, LUC-THALER (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2020, Mme E, représentée par le cabinet Fabiani Luc-Thaler, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 mai 2020 par laquelle le président de l'université Sorbonne a refusé son inscription dans la formation certificat de capacité d'orthophoniste dispensée par cette université ainsi que la décision du 1er septembre 2020 du même président de l'université par laquelle il a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'université Sorbonne une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions du 19 mai 2020 et du 1er septembre 2020 sont entachées d'un défaut de motivation ;

- les décisions précitées sont illégales en l'absence d'une autorisation régulière de délégation de signature du président de l'université envers le doyen de l'université ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit ou d'une inexactitude matérielle des faits dès lors qu'elles sont fondées sur des informations partielles;

- ces décisions sont également entachées d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il a été opposé à la requérante une insuffisance de cohérence de son projet de formation professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2021, le président de l'université Sorbonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E a sollicité son admission à la formation " certificat de capacité d'orthophoniste " au titre de l'année 2020-2021 à l'université Sorbonne de médecine. Par décision du 19 mai 2020, le président de la faculté de médecine de l'université Sorbonne a rejeté sa demande. Par une seconde décision du 1er septembre 2020, le président de l'université Sorbonne Université a confirmé cette décision en rejetant le recours gracieux déposé par

Mme E le 2 juillet 2020. Mme E demande l'annulation de ces deux décisions du 19 mai 2020 et du 1er septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées des 19 mai 2020 et 1er septembre 2020 ont été signées par M. B A, doyen de la faculté de médecine de l'université Sorbonne. Or, il ressort de l'arrêté du 28 février 2020 portant délégation de signature, régulièrement publié, que Jean Chambaz, président de l'université Sorbonne, a donné délégation de signature à M. B A à l'effet de signer au nom du président de l'université les " actes, décisions, contrats et documents suivants dans le périmètre de la Faculté de Médecine : () en matière de formation initiale () : Les actes, décisions, contrats et documents relevant de la formation initiale ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'éducation, dans sa version applicable au litige : " I.- Le premier cycle est ouvert à tous les titulaires du baccalauréat et à ceux qui ont obtenu l'équivalence ou la dispense de ce grade en justifiant d'une qualification ou d'une expérience jugées suffisantes conformément au premier alinéa de l'article L. 613-5. / () L'inscription dans une formation du premier cycle dispensée par un établissement public est précédée d'une procédure nationale de préinscription qui permet aux candidats de bénéficier d'un dispositif d'information et d'orientation qui, dans le prolongement de celui proposé au cours de la scolarité du second degré, est mis en place par les établissements d'enseignement supérieur. Au cours de cette procédure, les caractéristiques de chaque formation, y compris des formations professionnelles et des formations en apprentissage, et les statistiques prévues à l'article L. 612-1 sont portées à la connaissance des candidats ; ces caractéristiques font l'objet d'un cadrage national fixé par arrêté du ministre chargé de l'enseignement supérieur. L'inscription est prononcée par le président ou le directeur de l'établissement ou, dans les cas prévus aux VIII et IX du présent article, par l'autorité académique. / Afin de garantir la nécessaire protection du secret des délibérations des équipes pédagogiques chargées de l'examen des candidatures présentées dans le cadre de la procédure nationale de préinscription prévue au même deuxième alinéa, les obligations résultant des articles L. 311-3-1 et L. 312-1-3 du code des relations entre le public et l'administration sont réputées satisfaites dès lors que les candidats sont informés de la possibilité d'obtenir, s'ils en font la demande, la communication des informations relatives aux critères et modalités d'examen de leurs candidatures ainsi que des motifs pédagogiques qui justifient la décision prise. () / VI.- Une sélection peut être opérée, selon des modalités fixées par le ministre chargé de l'enseignement supérieur, pour l'accès aux sections de techniciens supérieurs, instituts, écoles et préparations à celles-ci, grands établissements au sens du chapitre VII du titre Ier du livre VII de la troisième partie et tous établissements où l'admission est subordonnée à un concours national ou à un concours de recrutement de la fonction publique, ainsi que pour l'accès aux formations de l'enseignement supérieur dispensées dans les lycées, aux cycles préparatoires intégrés, aux formations préparant au diplôme de comptabilité et de gestion ou aux diplômes d'études universitaires scientifiques et techniques et aux formations de l'enseignement supérieur conduisant à la délivrance d'un double diplôme ". L'article L. 612-1-14 du même code dispose : " Les informations relatives aux critères et modalités d'examen de leur candidature ainsi que les motifs pédagogiques qui justifient la décision prise sont communiqués par le chef d'établissement aux candidats qui lui en font la demande dans le délai d'un mois qui suit la notification de la décision de refus. ".

4. Il résulte des dispositions précitées du code de l'éducation que dans le but de préserver le secret des délibérations des équipes pédagogiques, le législateur a prévu une procédure de motivation spécifique s'agissant des décisions relatives aux demandes d'inscription dans une formation de premier cycle universitaire, présentées dans le cadre de la procédure nationale de préinscription. Par suite, les requérantes ne peuvent utilement se prévaloir du code des relations entre le public et l'administration pour soutenir que la décision contestée serait entachée d'un défaut de motivation.

5. En l'espèce, si la décision du 19 mai 2020 n'exposait pas les considérations de droit et de fait qui en constituaient le fondement, elle précisait que l'intéressée avait la possibilité, dans un délai d'un mois à compter de la réception de ladite décision, de solliciter la communication des informations relatives aux critères et modalités d'examen de sa candidature ainsi que des motifs pédagogiques qui ont justifié le rejet de sa candidature. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a fait usage de cette possibilité en demandant le 5 juin 2020 à connaître les motifs du refus de sa demande d'inscription à la formation " Certificat de capacité d'orthophoniste " de l'université Sorbonne. Or, par une lettre du 17 juin 2020, le proviseur de cet établissement a communiqué à l'intéressée les motifs de la décision contestée, de sorte que la procédure de motivation spécifique instaurée par le législateur aux articles L. 612-3 et

L. 612-1-14 du code de l'éducation a été respectée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article D. 638-18-3 du code de l'éducation dans sa version applicable : " La commission d'examen des vœux formée au sein de chaque établissement ou au sein du regroupement examine les dossiers selon les modalités définies aux articles D. 612-1-12 et D. 612-1-14 du code de l'éducation. Après examen des dossiers de candidature, la commission d'examen des vœux ordonne les candidatures retenues et établit une liste de candidats admis ". Aux termes de l'arrêté du 13 mars 2020 relatif aux périodes et modalités des opérations d'inscription en formation initiale en lettres, santé et sciences à Sorbonne université pour l'année universitaire 2020-2021 : " Article 5 - Candidatures en 1ère année d'orthophonie, de psychomotricité et d'orthoptie / La candidature en première année d'orthophonie, de psychomotricité et d'orthoptie s'effectue sur la plateforme Parcoursup. Ces trois formations sont sélectives. Compte tenu du numerus clausus, la commission d'étude des vœux de Parcoursup établit la liste principale des candidats et des candidates admis et admises ainsi qu'une liste complémentaire. "

7. La candidature de Mme E a été écartée par la commission d'examen des voeux, selon l'information qui lui a été faite le 19 mai 2020 par le président de l'université Sorbonne en application de l'article D. 612-1-14 du code de l'éducation, aux motifs, présentés dans un courrier du 17 juin 2020, que : " Outre la prise en compte des différentes notes accessibles sur votre dossier, la commission d'examen des vœux, par une lecture attentive des informations relatives à votre parcours et à l'expression de votre projet de formation, a attaché une importance particulière à tenir compte également des éléments qualitatifs de votre dossier. Il en ressort que la présentation de votre parcours, ainsi que l'expression de votre projet de formation motivé n'ont pas permis de faire ressortir suffisamment votre dossier au regard des autres candidatures. ". Il ne ressort pas de cette motivation que la commission d'examen des vœux se serait bornée à prendre en compte les résultats de Mme E au lycée et au baccalauréat, et aurait exclu de son appréciation ses diplômes dans l'enseignement supérieur et son expérience professionnelle en tant que maître de conférence, chercheur associée au CNRS et enseignante en master à l'université de Lille. De surcroît, il ressort en outre de la grille d'analyse de la candidature de Mme E par la commission d'examen des vœux que cette dernière n'a pas fourni la fiche de suivi facultative de réorientation ou de reprise d'étude mais qu'ont été pris en compte son projet de formation professionnel explicité dans sa lettre de motivation et les éléments relevant des " activités et centres d'intérêt ".

8. En quatrième lieu, Mme E fait valoir que les décisions contestées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elles lui opposent l'insuffisance de son projet professionnel. Or, il ressort de la grille d'analyse issue de la commission d'examen des vœux réunie le 21 avril 2020 que la moyenne générale de Mme E est de 4,16/20 contre 11,333/20 pour le dernier candidat classé et qu'elle a obtenu une note de 7,5/20 sur la notation de son projet professionnel. Il ressort également de cette grille que cette notation par la commission est justifiée par " un intérêt de la réflexion sur le métier insuffisant, qualité du contenu également insuffisant car elle n'a pris en compte qu'une partie du métier. Son intérêt pour la santé est non justifié. En revanche, solide maîtrise de la langue ". De surcroît, il ressort également d'une part de la réponse à la demande de communication des motifs du 17 juin 2020 que " l'expression d[u] projet de formation motivé " de Mme E n'a pas permis de faire ressortir son dossier " au regard des autres candidatures " malgré la circonstance explicitée dans la décision de rejet du recours gracieux du 1er septembre 2020 que son " dossier était à bien des égards de qualité ". Compte tenu de ces éléments et du nombre élevé de candidatures, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des décisions de refus d'admission du 19 mai 2020 et de refus de recours gracieux du 1er septembre 2020 en tant qu'elles considèrent le projet professionnel de la requérante comme insuffisant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au président de l'université Sorbonne.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Edert, première conseillère,

M. Baudat, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

Le rapporteur,

J-B D

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. COULANT

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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