lundi 23 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2016067 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | CABINET CORNILLE, POUYANNE (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 25 septembre 2020 et le 15 décembre 2022, Mme D A, représentée par Me Cornille, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé d'accorder le concours de la force publique en vue de l'exécution du jugement du tribunal d'instance de Paris du 5 décembre 2019 ordonnant l'expulsion de M. B et de Mme F du logement qu'ils occupent 13 boulevard de Dixmude dans le 17ème arrondissement de Paris ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 54 640 euros, sauf à parfaire à la date du présent jugement, en réparation du préjudice qu'elle a subi du fait du refus de l'Etat d'accorder le concours de la force publique ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- le refus de concours de la force publique méconnaît les dispositions de l'article
L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution et engage la responsabilité de l'Etat ;
- le refus de concours de la force publique méconnaît l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle subit un préjudice correspondant au montant de la dette locative pendant la période de responsabilité de l'Etat, soit à compter du 1er octobre 2018 et jusqu'à la date de l'expulsion effective de M. B et de Mme F.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction dès lors que M. B et Mme F ont été expulsés des lieux du logement litigieux le 28 octobre 2020, à ce que l'indemnisation allouée soit réduite à la somme de 9 011,10 euros correspondant aux indemnités d'occupation non versées pour la période du 18 juillet au 28 octobre 2020 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
La requête et les mémoires ont été communiqués à M. B et de Mme F qui n'ont pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 8 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 décembre 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Castéra en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Castéra ;
- et les observations de Me Cornille, avocate de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est propriétaire d'un logement situé 13 boulevard de Dixmude dans le 17ème arrondissement, qu'elle a donné à bail à M. B et Mme F en vertu d'un contrat signé le 8 mars 2016. Par un jugement du 5 décembre 2019, le tribunal d'instance de Paris, après avoir relevé l'acquisition de la clause résolutoire contenue dans le contrat de bail pour défaut de paiement des loyers, a notamment, d'une part, constaté que le bail se trouvait résilié de plein droit à compter du 19 mai 2019, d'autre part, ordonné l'expulsion des occupants sous astreinte de 50 euros par jour de retard pendant quatre mois à défaut d'avoir libéré les lieux deux mois après la signification du commandement de quitter les lieux, et enfin, condamné les occupants à verser à Mme A la somme de 27 812 euros au titre des loyers, charges et indemnités dûs, avec intérêts au taux légal. Un commandement de quitter les lieux a été délivré aux occupants le 21 janvier 2020. Par actes d'huissier des 18 mai et 22 juillet 2020, Mme A a ensuite requis le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de M. B et Mme F. Le préfet de police ayant implicitement refusé le concours de la force publique, Mme A demande, d'une part, l'annulation de cette décision implicite, d'autre part, la condamnation de l'Etat à réparer les préjudices qu'elle estime en résulter.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 1er octobre 2020, le concours de la force publique a été accordé, en vue de procéder à l'expulsion de M. B et Mme E et de tous occupants de son chef du logement appartenant à Mme A. Il est constant, d'une part, que cette décision n'a pas été contestée dans le délai de recours contentieux, d'autre part, que le logement a été libéré le 28 octobre 2020. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation du refus implicite de prêter le concours de la force publique sont dépourvues d'objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. D'une part, aux termes de l'article R. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Si l'expulsion porte sur un lieu habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois qui suit le commandement, sans préjudice des dispositions des articles L. 412-3 à L. 412-7. ( ) ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'Etat dans le département () ".
5. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet, régulièrement requis à cet effet, refuse le concours de la force publique pour l'exécution d'une décision juridictionnelle exécutoire ordonnant l'expulsion de l'occupant d'un local, la responsabilité de l'Etat se trouve engagée à compter de ce refus ou, s'il intervient à une date où l'occupant bénéficie du sursis prévu à l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution, à compter du terme de la période de sursis.
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé le concours de la force publique pour l'exécution du jugement du 5 décembre 2019 est intervenue le 18 juillet 2020, soit à une date à laquelle les occupants du logement ne bénéficiaient pas du sursis prévu à l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution. Par suite, la responsabilité de l'Etat se trouve engagée, du fait de ce refus implicite, à compter de ce refus, soit le 18 juillet 2020.
7. En deuxième lieu, il est constant que le logement en cause a été effectivement libéré le 28 octobre 2020. Par suite, et dès lors que la responsabilité de l'Etat prend, en tout état de cause, fin à la date du départ des occupants, il incombe à l'Etat de réparer les préjudices que l'occupation irrégulière a causé à Mme A entre le 18 juillet et le 28 octobre 2020.
8. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le préjudice locatif de la requérante correspond à la perte du loyer mensuel, augmenté des charges incombant au locataire, d'un montant de 2 686 euros, au cours de la période de responsabilité du 18 juillet au 28 octobre 2020. Il y a ainsi lieu de fixer le montant de l'indemnité due à ce titre à la somme de 9 007,30 euros.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander le versement d'une somme de 9 007,30 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi entre le 18 juillet et le 28 octobre 2020, date du présent jugement, du fait du refus implicite de l'Etat du concours de la force publique.
Sur la subrogation de l'Etat :
10. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il détermine le montant et la forme des indemnités allouées par lui, de prendre, au besoin d'office, les mesures nécessaires pour que sa décision n'ait pas pour effet de procurer à la victime d'un dommage, par les indemnités qu'elle a pu ou pourrait obtenir en raison des mêmes faits, une réparation supérieure au préjudice subi. Par suite, lorsqu'il condamne l'Etat à indemniser le propriétaire auquel le préfet a refusé le concours de la force publique pour exécuter un jugement ordonnant l'expulsion des occupants d'un local, le juge doit, au besoin d'office, subroger l'Etat dans la limite de l'indemnité mise à sa charge, dans les droits que le propriétaire peut détenir sur les occupants au titre de l'occupation irrégulière de son bien pendant la période de responsabilité de l'Etat.
11. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité que le présent jugement accorde à la requérante à la subrogation de l'Etat, dans la limite du montant de cette indemnité, dans les droits qu'elle peut détenir sur M. B et Mme F au titre de l'occupation irrégulière, entre le 18 juillet et le 28 octobre 2020, du logement situé 13 boulevard de Dixmude dans le 17ème arrondissement de Paris.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les dépens :
13. Dès lors que Mme A ne fait pas état des dépens qu'elle aurait engagés au cours de la présente instance, il ne peut être fait droit aux conclusions tendant à mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation du refus implicite de concours de la force publique du préfet de police de prêter le concours de la force publique pour assurer l'exécution du jugement du tribunal d'instance de Paris du 5 décembre 2019 ordonnant l'expulsion de M. B et de Mme F.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 9 007,30 euros en réparation du préjudice financier subi.
Article 3 : Le paiement de l'indemnité prévue à l'article 2 est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits que Mme A peut détenir sur M. B et Mme F au titre de l'occupation irrégulière, entre le 18 juillet et le 28 octobre 2020 du logement lui appartenant situé 13 boulevard de Dixmude dans le 17ème arrondissement de Paris.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Mme A au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. B et Mme F.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.
La magistrate désignée,
A. Castéra
La greffière,
I. Garnier
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026