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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2016481

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2016481

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2016481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantBECHIEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 octobre 2020 et 10 novembre 2020, M. A B, représenté par Me Béchiau, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 8 septembre 2020 du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) suspendant ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter de la date à laquelle elle a été refusée, dans le délai de trois jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle ou à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, mettre cette somme à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le principe du contradictoire n'a pas été respecté en méconnaissance de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au directeur général de l'OFII qui, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 7 juin 2022, n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 23 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kanté, première conseillère,

- et les conclusions de M. Schaeffer, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant irakien né le 25 septembre 1955, a sollicité l'asile en France le 3 septembre 2018 et a accepté, le lendemain, les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure normale. L'OFII a, par une décision du 8 septembre 2020 prise sur le fondement de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, suspendu le bénéfice au profit de l'intéressé des conditions matérielles d'accueil, motif pris qu'il n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités en ne se rendant pas à l'entretien personnel concernant sa demande d'asile. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. B ne justifie pas avoir saisi le bureau d'aide juridictionnelle d'une demande tendant à obtenir le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle doit, par suite, être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 applicable à l'espèce : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile () n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations () ".

4. En l'espèce, M. B soutient qu'il n'a manqué aucun rendez-vous en préfecture et conteste ne pas s'être rendu à un entretien personnel concernant sa demande d'asile. L'OFII, qui n'a pas présenté de mémoire en défense en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée par le tribunal, doit être réputé avoir admis l'exactitude matérielle des faits présentés par le requérant, conformément aux dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'acquiescement aux faits exposés dans la requête et non contredits par les pièces versées au dossier, en suspendant les conditions matérielles d'accueil de M. B au motif qu'il n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités en ne se rendant pas à l'entretien personnel concernant sa demande d'asile, l'OFII a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 septembre 2020 par laquelle l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

6. En vertu de l'article D.744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige, en cas de suspension de l'allocation pour demandeur d'asile : " L'interruption du versement de l'allocation prend effet à compter de la date de la décision de suspension. "

7. Eu égard aux motifs d'annulation qu'il retient, le présent jugement implique que M. B soit rétabli de manière rétroactive dans le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil à compter du 8 septembre 2020, date de la décision de suspension. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à l'OFII de procéder à ce rétablissement dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, faute pour M. B d'avoir effectué une demande d'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 8 septembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir M. B dans son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 8 septembre 2020, dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à M. B la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Duchon-Doris, président,

Mme Lambrecq, première conseillère,

Mme Kanté, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

C. KantéLe président,

J-Ch. Duchon-Doris

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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