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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2016525

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2016525

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2016525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantJOBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 octobre 2020 et 24 janvier 2022, Mme A B, représentée par Me Jobert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 août 2020 par laquelle le préfet de police a refusé sa demande de regroupement familial au bénéfice de son époux ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui accorder le regroupement familial au bénéfice de son époux, ou, à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation au regard de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur et au regard de sa vie privée et familiale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'erreurs de fait ;

- le préfet a méconnu la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

28 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Rebellato, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité argentine et née le 1er mai 1987, a sollicité le regroupement familial au bénéfice de son époux, M. C B. Mme B demande l'annulation de la décision du 11 août 2020 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de regroupement familial.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 411-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : / () / 3° Un membre de la famille résidant en France. ". Selon l'article R. 411-6 de ce code : " Le bénéfice du regroupement familial ne peut être refusé à un ou plusieurs membres de la famille résidant sur le territoire français dans le cas où l'étranger qui réside régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 411-1 et R. 411-2 contracte mariage avec une personne de nationalité étrangère régulièrement autorisée à séjourner sur le territoire national sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'un an. Le bénéfice du droit au regroupement familial est alors accordé sans recours à la procédure d'introduction. Peuvent en bénéficier le conjoint et, le cas échéant, les enfants de moins de dix-huit ans de celui-ci résidant en France, sauf si l'un des motifs de refus ou d'exclusion mentionnés aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-5 leur est opposé. " Il résulte des termes mêmes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le bénéfice du regroupement familial est prévu pour permettre aux membres de la famille d'un ressortissant étranger qui réside régulièrement en France de faire venir son conjoint et ses enfants mineurs qui résident à l'étranger. Il résulte des dispositions de l'article L. 411-6 précitées que, lorsqu'il se prononce sur une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour au titre du regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter cette demande alors même que le demandeur justifierait remplir l'ensemble des conditions légalement requises, dans le cas où le membre de sa famille à raison duquel la demande a été présentée réside, comme en l'espèce, sur le territoire français. Le préfet dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande, notamment dans le cas où ce refus porterait une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale ou méconnaîtrait l'intérêt supérieur de l'enfant.

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a rejeté la demande de regroupement familial déposée par Mme B en faveur de son époux au motif que celui-ci résidait irrégulièrement en France depuis le 28 octobre 2019 et que le mariage avait été célébré avant l'entrée en France de l'époux, sans apprécier si le refus envisagé ne portait pas une atteinte excessive au droit des intéressés à mener une vie familiale normale. Le préfet a dès lors commis une erreur de droit en ne procédant pas à cet examen. Mme B est, par suite, fondée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le préfet réexamine la demande de regroupement familial présentée par Mme B au bénéfice de son époux. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de police ou à tout autre préfet territorialement compétent de prendre une nouvelle décision après réexamen de la situation du demandeur et de sa famille dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de police du 11 août 2020 rejetant sa demande de regroupement familial en faveur de son époux, M. C B, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout autre préfet territorialement compétent de statuer de nouveau, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sur la demande de regroupement familial formée par Mme B.

Article 3 : L'État versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Rebellato, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

J. REBELLATO

Le président,

L. GROS

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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