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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2016606

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2016606

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2016606
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantELLENBERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête n° 2011919, enregistrée le 5 août 2020, la société Max Mara, représentée par Me Ellenberger, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mai 2017 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) lui a infligé la pénalité financière prévue à l'article L. 2242-5-1 du code du travail et le titre de perception du 15 avril 2019 l'obligeant à payer la somme de 72 452 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de ramener la pénalité à la somme maximale de 31 704 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

- l'obligation de négocier un accord visé par l'article L. 2242-1 du code du travail ou, faute d'aboutir à un accord, d'établir un plan d'action, ne s'applique pas à elle, dès lors qu'elle n'a pas de délégué syndical ;

- le plan d'égalité présenté à la DIRECCTE est conforme aux exigences légales ;

- le plan ayant été régularisé, la pénalité doit être annulée, l'inspecteur du travail ne pouvant pas rajouter de nouvelles critiques ;

- à titre subsidiaire, la pénalité étant assise sur la masse salariale, elle ne doit pas dépasser le montant de 31 704 euros.

II) Par une requête n° 2016606 et un mémoire en réplique enregistrés respectivement les 9 octobre 2020 et 22 novembre 2021, la société Max Mara, représentée par Me Ellenberger, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mai 2017 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) lui a infligé la pénalité financière prévue à l'article L. 2242-5-1 du code du travail et le titre de perception du 15 avril 2019 l'obligeant à payer la somme de 72 452 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique par la ministre du travail née le 6 février 2020 et la décision confirmative de ce rejet prise le 10 août 2020 ;

2°) à titre subsidiaire, de ramener la pénalité à la somme maximale de 31 704 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

- l'obligation de négocier un accord visé par l'article L. 2242-1 du code du travail ou, faute d'aboutir à un accord, d'établir un plan d'action, ne s'applique pas à elle, dès lors qu'elle n'a pas de délégué syndical ;

- le plan d'égalité présenté à la DIRECCTE est conforme aux exigences légales ;

- le plan ayant été régularisé, la pénalité doit être annulée, l'inspecteur du travail ne pouvant pas rajouter de nouvelles critiques ;

- à titre subsidiaire, la pénalité étant assise sur la masse salariale, elle ne doit pas dépasser le montant de 31 704 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2021, la ministre du travail conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les conclusions dirigées contre la décision du 16 mai 2017 sont irrecevables et que les moyens soulevés contre le titre de perception du 15 avril 2019 inopérants.

Par un courrier du 5 octobre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté, faute d'avoir été introduite dans un délai raisonnable, tel que prévu par la jurisprudence Czabaj.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012,

- le code du travail,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Dubois, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 16 mai 2017, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) d'Ile-de-France, a infligé à la société Max Mara la pénalité prévue à l'article L. 2242-5-1 du code du travail, remplacé par l'article L. 22492-9 du même code, jusqu'à réception d'un accord collectif ou, à défaut un plan d'action conforme à la loi en matière d'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Pour le paiement de cette sanction, la société Max Mara a reçu un titre de perception de la somme de 72 452 euros, émis par la direction des finances publiques. Par un courrier du 10 août 2020, la ministre du travail a informé la société Max Mara qu'une décision implicite de rejet de son recours hiérarchique du 2 décembre 2019 était née le 6 février 2020 et par une décision explicite du 10 août 2020, elle confirme le rejet de ce recours hiérarchique. Par la requête n° 2011919, la société Max Mara conteste la décision du 16 mai 2017 et le titre de perception. Par la requête n° 2016606, elle conteste ces deux décisions ainsi que les décisions de rejet de son recours hiérarchique.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2011919 et n° 2016606, visées ci-dessus, qui concernent la même requérante, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la ministre du travail quant à la contestation de la décision du 16 mai 2017 :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () " Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

4. Il ressort des pièces du dossier n° 2016606 que la décision du 16 mai 2017 d'infliger la pénalité prévue à l'article L. 2242-5-1 du code du travail, remplacé par l'article L. 22492-9 du même code, prise par la DIRECCTE comportait les voies et délais de recours. Elle a été contestée dans le cadre d'un recours gracieux formé le 30 mai 2017, rejetée par une décision du 21 juillet 2017 notifiée le 25 juillet suivant, comportant également les voies et délais de recours. Celle-ci n'ayant pas été contestée devant le tribunal administratif dans un délai de deux mois est donc devenue définitive, et ne peut plus être contestée. La fin de non-recevoir opposée par la ministre du travail doit donc être accueillie.

Sur les conclusions tendant à l'annulation du titre de perception émis le 15 avril 2019 :

5. Aux termes de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer.

Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. () " Le non-respect de l'obligation d'informer le débiteur sur les voies et les délais de recours ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie, est de nature à faire obstacle à ce que le délai de forclusion, prévu par la seconde, lui soit opposable. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. S'agissant des titres exécutoires, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait son destinataire, le délai raisonnable ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre, ou à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la société Max Mara a eu connaissance, au plus tard le 4 juillet 2019, date de sa réclamation préalable formulée auprès de la direction régionale des finances publiques, du titre de perception émis à son encontre le

15 avril 2019. Elle disposait donc d'un an, soit jusqu'au 4 juillet 2020, pour contester ce titre de perception devant le tribunal. La circonstance qu'elle ait formé un recours hiérarchique contre ce titre le 2 décembre 2019 auprès du ministère du travail, qui a en accusé réception le

6 décembre suivant, est sans incidence sur la computation de ce délai. Ainsi, le recours introduit devant le tribunal administratif les 5 août et 9 octobre 2020 pour contester ce titre était tardif.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de la société Max Mara ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la société Max Mara sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Max Mara et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente ;

- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère ;

- et Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

La rapporteure,

N. A

La présidente,

V. HERMANN JAGER

Le greffier,

Y. FADEL

La République mande et ordonne à la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2011919, 2016606

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