mardi 14 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2016654 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | ARVIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 octobre 2020, M. A B, représenté par Me Arvis, demande au tribunal :
1°) d'annuler décision du 8 septembre 2020 par laquelle l'organe disciplinaire d'appel de la Fédération française d'athlétisme (FFA) a prononcé une sanction à son encontre ;
2°) de mettre à la charge de la FFA une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière ;
- elle méconnait le principe de légalité des délits et des peines, dès lors que le règlement disciplinaire de la FFA ne précise pas le quantum des sanctions qu'il prévoit ;
- elle méconnait l'article 22 du règlement disciplinaire de la FFA, dès lors que la sanction dont il a fait l'objet n'y est pas prévue ;
- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas matériellement établis ;
- elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 20 juillet 2021, le président de la FFA, représenté par Me Berenger, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est irrecevable.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du sport,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le règlement disciplinaire de la Fédération française d'athlétisme du 27 avril 2019,
- la charte d'éthique et de déontologie de l'athlétisme de la Fédération française d'athlétisme du 8 novembre 2014 modifiée,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- les conclusions de M. Guérin-Lebacq, rapporteur public,
- et les observations de Me Lemoine, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B était entraineur d'athlétisme et président du Club athlétique de l'Ouest. Le 6 janvier 2020, le directeur départemental de la cohésion sociale des Yvelines a notifié à l'intéressé un arrêté portant interdiction temporaire d'exercer ses fonctions en raison de plaintes formulées à son encontre pour des faits de harcèlement moral, physique et sexuel et ayant conduit à sa mise en cause pénale, avant que le préfet ne prononce une interdiction définitive le 17 juillet 2020. Le 2 mars 2020, le président de la Fédération française d'athlétisme (FFA), saisi de ces faits, a déféré M. B devant l'organe disciplinaire de première instance de la fédération. Le 11 mars 2020, l'organe disciplinaire a prononcé à l'encontre de l'intéressé une suspension de terrain ou de salle pour une durée de trente ans, une interdiction de participer directement ou indirectement à l'organisation et au déroulement des compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFA pendant une durée de trente ans, une interdiction d'exercer toute fonction dans un club affilié à la FFA ou dans ses organes déconcentrés pendant une durée de trente ans et une radiation assortie d'une interdiction de prise de licence de la FFA ou de s'y affilier pour une durée de trente ans. Saisi par l'intéressé, l'organe disciplinaire d'appel a confirmé la décision de l'organe de première instance, le 8 septembre 2020. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. La décision attaquée vise la Charte éthique et déontologique de la Fédération française d'athlétisme du 8 novembre 2014 modifiée, ainsi que les articles 17, 20, 22, et 23 du règlement disciplinaire fédéral. Elle reproduit les témoignages présentés devant l'organe disciplinaire d'appel. Elle mentionne que les faits reprochés au requérant sont des agissements constitutifs d'une infraction au règlement disciplinaire fédéral. Elle rappelle enfin que le requérant ne produit pas d'éléments suffisamment probants pour étayer son contre-argumentaire. La décision mentionne, par suite, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2 du règlement disciplinaire de la Fédération française d'athlétisme du 27 avril 2019 : " Il est institué un ou plusieurs organes disciplinaires de première instance et un ou plusieurs organes disciplinaires d'appel investis du pouvoir disciplinaire à l'égard : () / 6° Tout membre, préposé, salarié ou bénévole de ces associations et sociétés sportives agissant en qualité de dirigeant ou de licencié de fait. / Ces organes disciplinaires sont compétents pour prononcer des sanctions à raison des faits contraires aux règles posées par les statuts et règlements de la fédération, de ses organes déconcentrés ou, le cas échéant, de la ligue professionnelle et commis par une personne physique ou morale en une des qualités mentionnées ci-dessus à la date de commission des faits. () / Chacun de ces organes se compose de trois membres au moins choisis, notamment, en raison de leur compétence d'ordre juridique ou en matière d'éthique et de déontologie sportives. / Le président de la fédération ainsi que les membres des instances dirigeantes de la fédération ne peuvent être simultanément membres d'aucun organe disciplinaire. / Les membres des organes disciplinaires ne peuvent être liés à la fédération, par un lien contractuel /autre que celui résultant éventuellement de la licence. ".
5. Le requérant soutient que les membres de l'organe disciplinaire d'appel ne remplissaient pas les conditions fixées par le règlement disciplinaire précité. Toutefois, d'une part, le requérant n'apporte aucun élément permettant de supposer que Mme C et MM E et D, membres de l'organe disciplinaire d'appel, auraient été membres du comité directeur de la fédération à la date de la décision litigieuse. Si Mme C était présidente de la Ligue d'Auvergne, que M. E, responsable fédéral de la commission des officiels techniques et M. Prevost, président de la ligue du Grand-Est, ces fonctions ne constituent pas des incompatibilités au sens du règlement de la fédération précitée. D'autre part, le requérant n'apporte aucun élément permettant de remettre en cause la qualification des membres de l'organe, ou de supposer qu'ils fussent liés à la fédération par des liens contractuels. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen : " La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée. ". Aux termes de l'article 22 du règlement disciplinaire de la Fédération français d'athlétisme du 27 avril 2019 : " Les sanctions applicables sont : () / 7° une suspension de terrain ou de salle ; / 8° Une interdiction temporaire ou définitive de participer aux manifestations sportives organisées ou autorisées par la FFA ; / 9° Une interdiction temporaire ou définitive de participer directement ou indirectement à l'organisation et au déroulement des compétitions et manifestations sportives organisées ou autorisé par la FFA ; / 10° Une interdiction d'exercice de fonction ; / 12° Une interdiction pour une durée qu'elle fixe d'être licencié de la fédération ou de s'y affilier ; / 13° Une radiation / Une ou plusieurs sanctions peuvent être choisies parmi les sanctions énumérées ci-dessus dans le respect du principe de proportionnalité. Elles sont prononcées en considération de la gravité des faits et du comportement de leur auteur ".
7. Il ressort suffisamment clairement des termes du règlement précité que les sanctions prononcées par les organes disciplinaires de la FFA peuvent être temporaires ou définitives. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le règlement précité méconnaitrait le principe de légalité des délits et des peines en prononçant des sanctions pour des durées de trente ans, quand bien même ce quantum ne serait pas spécifiquement mentionné par le règlement.
8. En quatrième lieu, le requérant soutient que l'interdiction d'exercer toutes fonctions dans les clubs affiliés à la FFA et dans ses organes déconcentrés n'est pas conforme aux termes du 10° de l'article 22 du règlement précité, qui mentionne seulement une " interdiction d'exercice de fonction ", sans préciser que celle-ci puisse s'étendre à toutes les fonctions et à toutes les divisions territoriales de la fédération. Toutefois, les fonctions visées par le règlement ne peuvent se référer qu'à des activités en lien avec la FFA, c'est-à-dire des fonctions exercées au sein des organes de la fédération ou des clubs qui y sont affiliés. Par suite, le moyen tiré de ce que l'organe disciplinaire aurait infligé une sanction non prévue par l'article 22 du règlement précité doit être écarté.
9. En cinquième lieu, il ressort des termes de la charte d'éthique et de déontologie de l'athlétisme de la Fédération française d'athlétisme du 8 novembre 2014 modifiée, que les entraineurs affiliés à la FFA s'engagent " à ne pas utiliser leur position privilégiée pour établir, en certaines circonstances, des relations affectives excessives avec les athlètes ou d'autres acteurs de l'athlétisme et à éviter tout comportement incorrect ". M. B, qui, en qualité d'entraineur au service de la fédération, ne pouvait ignorer les termes de la charte d'éthique et de déontologie, ne conteste pas avoir entretenu des relations sentimentales et sexuelles avec certaines des athlètes sous sa responsabilité. Dès lors que ces comportements sont contraires à la charte précitée, l'organe disciplinaire d'appel pouvait prononcer une sanction sans commettre d'erreur de fait.
10. En dernier lieu, M. B soutient que les sanctions prononcées à son encontre, notamment la durée de trente ans dont sont assorties la suspension de terrain ou de salle, les interdictions de participation aux activité de la fédération et l'interdiction d'exercice de fonction, sont disproportionnées. Toutefois, il ressort des témoignages portés à la connaissance de l'organe disciplinaire que le requérant a entretenu des relations sexuelles avec deux athlètes, qu'il a, à plusieurs reprises, sollicité " des câlins " de ses athlètes de sexe féminin et qu'il s'efforçait d'empêcher les rapprochements entre athlètes de sexes opposés. Plusieurs témoignages d'athlètes rapportent également que M. B interrogeait les athlètes sur leurs relations affectives, sur leurs pratiques alimentaires, sur leurs études, en se prévalant de ce que leurs activités privées pouvaient avoir une influence négative sur leur " potentiel " sportif. Il ressort en outre des témoignages portés à la connaissance de l'organe disciplinaire que M. B communiquait en des termes excessivement affectueux avec certaines athlètes, par voie de messagerie privée et en dehors du cadre professionnel auquel il était tenu. Il ressort enfin de ces témoignages que M. B avait recours à la culpabilisation des athlètes qui s'opposaient à ses instructions, qu'il proférait parfois des injures à leur encontre, ou les menaçait de mettre fin à leur entrainement. Ce comportement, quand bien même il n'aurait reçu aucune qualification pénale, est contraire à la charte de déontologie précitée et suffisamment grave à cet égard pour que l'organe disciplinaire ait estimé, sans commettre d'erreur d'appréciation, que M. B devait être durablement tenu à l'écart des activités de la fédération. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la sanction prise à son encontre serait disproportionnée.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la présidente de la Fédération française d'athlétisme.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laloye, président,
Mme Roussier, première conseillère,
M. Théoleyre, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.
Le rapporteur,
M. Théoleyre
Le président,
P. Laloye
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2016654/6-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026