jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2016700 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET MEIER-BOURDEAU LÉCUYER & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2020, et deux mémoires complémentaires, enregistrés respectivement le 26 octobre 2020 et le 25 février 2021, la société ABCV Music, représentée par le cabinet Meier-Bourdeau Lécuyer et associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 12 août, du 29 août et du 30 septembre 2020 par lesquelles le directeur général des finances publiques a rejeté ses demandes d'aide exceptionnelle pour les mois de juin, juillet et août 2020 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 ;
2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer ses demandes afin de lui accorder les aides sollicitées ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur de fait dès lors qu'elle a conclu un plan de règlement de sa dette avec l'administration fiscale dès le 30 juin 2020, attesté par un courriel du 1er juillet 2020 et par le versement de sa première échéance de remboursement le 22 juillet 2020 ;
- le plan de règlement n'était pas caduc compte tenu de l'acceptation par le service des impôts des entreprises du report de paiement de l'échéance d'août 2020 à septembre 2020 pour le remboursement de sa dette fiscale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et du département de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les conclusions en annulation sont irrecevables et qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une ordonnance en date du 10 février 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n°2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;
- le décret n°2020-371 du 30 mars 2020, modifié, relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public,
- et les observations de Me Cathelineau, représentant la société ABCV Music.
Considérant ce qui suit :
1. La société ABCV Music demande au tribunal d'annuler les décisions du 12 août, du 29 août et du 30 septembre 2020 par lesquelles le directeur général des finances publiques a rejeté ses demandes d'aide exceptionnelle pour les mois de juin, juillet et août 2020 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19.
Sur la fin de non-recevoir invoquée en défense :
2. L'administration invoque une fin de non-recevoir à l'encontre des conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées tirée de l'existence d'un recours parallèle en faisant valoir que la voie du recours de plein contentieux était ouverte à la société ABCV Music. Toutefois, le contentieux portant sur les décisions refusant l'attribution d'une subvention relève du recours pour excès de pouvoir et les conclusions en annulation de la société requérante sont donc bien recevables. La fin de non-recevoir ne peut donc pas être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, dans sa rédaction applicable au litige : " Il est institué, jusqu'au 31 décembre 2020, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation () ". L'article 3 de la même ordonnance dispose : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds () ". Aux termes de l'article 3-5 du décret du
30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, dans sa rédaction issue du décret n° 2020-873 du 16 juillet 2020 : " Les aides financières prévues à l'article 3-6 prennent la forme de subventions aux entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret qui remplissent les conditions suivantes : 1° Elles ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public intervenue entre le 1er juin 2020 et le 30 juin 2020 ; 2° Ou elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er juin 2020 et le 30 juin 2020 () ". L'article 3-6 du même décret précise : " Les entreprises mentionnées à l'article 3-5 du présent décret ayant subi une perte de chiffre d'affaires supérieure ou égale à 1 500 euros perçoivent une subvention d'un montant forfaitaire de 1 500 euros. Les entreprises mentionnées à l'article 3-5 du présent décret ayant subi une perte de chiffre d'affaires inférieure à 1 500 euros perçoivent une subvention égale au montant de cette perte (). La demande est accompagnée des justificatifs suivants : -une déclaration sur l'honneur attestant que l'entreprise remplit les conditions prévues par le présent décret et l'exactitude des informations déclarées, ainsi que l'absence de dette fiscale ou sociale impayée au 31 décembre 2019, à l'exception de celles bénéficiant d'un plan de règlement () ". Aux termes de l'article 3-8 du décret du
30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, dans sa rédaction issue du décret n° 2020-1048 du 14 août 2020 : " Les aides financières attribuées aux entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret et prévues à l'article 3-9 prennent la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires, subie au cours de chaque période mensuelle comprise entre le 1er juillet 2020 et le 30 septembre 2020, par les entreprises qui remplissent les conditions suivantes : 1° Elles ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public intervenue au cours de la période mensuelle considérée ; 2° Ou elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % au cours de la période mensuelle considérée : () ". L'article 3-9 du même décret précise : " Les entreprises mentionnées à l'article 3-8 du présent décret ayant subi une perte de chiffre d'affaires supérieure ou égale à 1 500 euros perçoivent une subvention d'un montant forfaitaire de 1 500 euros. Les entreprises mentionnées à l'article 3-8 du présent décret ayant subi une perte de chiffre d'affaires inférieure à 1 500 euros perçoivent une subvention égale au montant de cette perte. (). La demande est accompagnée des justificatifs suivants : -une déclaration sur l'honneur attestant que l'entreprise remplit les conditions prévues par le présent décret et l'exactitude des informations déclarées, ainsi que l'absence de dette fiscale ou sociale impayée au 31 décembre 2019, à l'exception de celles bénéficiant d'un plan de règlement () ". Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de l'aide exceptionnelle versée sous la forme d'une subvention est réservé aux contribuables qui n'avaient aucune dette fiscale ou sociale impayée au 31 décembre 2019, à moins qu'ils ne bénéficient au jour de leur demande, ce dont ils doivent alors attester, d'un plan de règlement.
S'agissant de la légalité des décisions du 12 août et du 29 août 2020 portant sur les mois de juin et juillet 2020 :
4. Pour refuser de faire droit aux demandes présentées par la société requérante, le directeur général des finances publiques a relevé que celle-ci était redevable d'une dette fiscale d'un montant de 13 625 euros au 31 décembre 2019 non couverte par un plan de règlement. Toutefois, contrairement à ce que soutient l'administration fiscale en défense, la société requérante justifie, par la production d'un plan de règlement de sa dette établi par le service impôts des entreprises (SIE) Paris 11ème Nord le 30 juin 2020 et d'un courriel du 1er juillet 2020 de l'agent des finances publiques de ce même service des impôts confirmant la réception d'un premier versement de 2 625 euros et invitant la société requérante à prendre connaissance de l'échéancier sur six mois de règlement de sa dette fiscale, avoir bénéficié, à sa demande, à partir du 30 juin 2020, d'un plan de règlement de sa dette. Par ailleurs, si l'administration fait valoir que la société n'a pas réglé l'échéance du 15 août 2020, il résulte de l'instruction que, par un courriel du 24 août 2020, le SIE Paris 11ème a accepté le report du paiement de l'échéance du mois d'août au mois de septembre. Ainsi, l'administration n'est pas fondée à soutenir qu'à la date des décisions attaquées du 12 et du 29 août 2020, le plan de règlement dont bénéficiait la société ABCV Music était devenu caduc. Dès lors, en lui refusant pour ce motif le bénéfice des aides sollicitées, elle a entaché ses décisions d'une erreur de fait. La société ABCV Music peut donc prétendre à l'annulation des décisions du 12 août et du 29 août 2020.
S'agissant de la légalité de la décision du 30 septembre 2020 portant sur le mois d'août 2020 :
5. Il ressort des pièces du dossier que la société requérante n'a pas réglé l'échéance du 15 septembre 2020. Il est également constant qu'en raison de ses difficultés financières, la société n'a pu honorer son plan de règlement et a demandé par un courriel du 27 octobre 2020 de décaler son échéancier afin de pouvoir reprendre ses versements à compter de janvier 2021. Ainsi, l'administration est fondée à soutenir qu'à la date de la décision attaquée du 30 septembre 2020, le plan de règlement qui n'avait pas été respecté était devenu caduc. La société requérante ne peut donc pas prétendre à l'annulation de la décision attaquée du 30 septembre 2020 lui refusant le bénéfice de l'aide sollicité pour le mois d'août 2020.
Sur les conclusions en injonction :
6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement, mais seulement, que le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris prenne une nouvelle décision après instruction de la demande de la société ABCV Music au titre des mois de juin et juillet 2020. Il lui sera enjoint d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la société ABCV Music au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 12 août et du 29 août 2020 par lesquelles le directeur général des finances publiques a rejeté les demandes d'aide exceptionnelle de la société ABCV Music pour les mois de juin et juillet 2020 au titre du premier volet du fonds de solidarité, instituée à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris de procéder au réexamen de la demande de la société ABCV Music tendant au bénéfice de l'aide financière exceptionnelle au titre du fonds de solidarité lié à l'épidémie de covid-19 pour les mois de juin et de juillet 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la société ABCV Music une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société ABCV Music et au directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris, pôle juridictionnel administratif.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Evgénas, présidente,
Mme Laforêt, première conseillère,
M. Halard, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
La présidente,
J. EVGENAS
L'assesseure la plus ancienne,
L. LAFORET La greffière,
M-C. POCHOT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026