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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2016828

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2016828

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2016828
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantMAESTRINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 octobre 2020, le 14 mai 2021 et le 28 février 2022, Mme B A, représentée par Me Maestrini, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les arrêtés du 2 mars 2020 et du 9 septembre 2020 par lesquels le recteur de l'académie de Paris l'a placée en congé de maladie ordinaire, respectivement du 2 mars 2020 au 31 mars 2020 et du 1er avril 2020 au 1er septembre 2020, l'arrêté du 10 septembre 2020 par lequel le recteur de l'académie de Paris l'a réintégrée dans ses fonctions à temps plein à compter du 2 septembre 2020 ainsi que le courrier du 13 octobre 2020 par lequel le recteur de l'académie de Paris l'a mise en demeure de reprendre ses fonctions sans délai ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Paris de la placer en congé de longue maladie à titre rétroactif et de la rétablir dans son plein traitement à compter du 2 décembre 2019, ou, à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 58 978,28 euros en réparation de ses préjudices ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les trois décisions attaquées relatives à ses congés de maladie sont entachées d'un défaut de motivation ;

- ces mêmes décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles sont intervenues en méconnaissance de l'article 7 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- elles sont entachées d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle remplissait les conditions prévues par le 3° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 pour bénéficier d'un congé de longue maladie ;

- elle a subi, du fait des décisions litigieuses, un préjudice financier qui s'élève à la somme totale de 48 978,28 euros, ainsi qu'un préjudice moral qui peut être évalué à la somme de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2021, le recteur de l'académie de Paris conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- les arrêtés attaqués par Mme A ont été retirés par des arrêtés du 11 janvier 2021, de sorte que les conclusions à fin d'annulation de ces arrêtés ont perdu leur objet ;

- les conclusions indemnitaires de la requête sont irrecevables, en l'absence de réclamation préalable ;

- les préjudices invoqués ne sont pas justifiés.

Par ordonnance du 1er mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, professeur agrégée en économie gestion affectée au lycée polyvalent Jean Lurçat (Paris 13ème), a été victime d'une chute sur son lieu de vacances le 24 août 2019. Elle a été placée, sur production d'arrêts de travail régulièrement renouvelés, en congé de maladie à compter du 2 septembre 2019, puis a sollicité son placement en congé de longue maladie en application du 3° de l'article 34 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984. Par arrêtés du 2 mars 2020 et du 9 septembre 2020, le recteur de l'académie de Paris l'a placée en congé de maladie ordinaire sur le fondement du 2° du même article 34, du 2 mars 2020 au 1er septembre 2020, à plein traitement du 2 septembre 2019 au 1er décembre 2019 et à demi-traitement du 2 décembre 2019 au 1er septembre 2020. Par arrêté du 10 septembre 2020, le recteur de l'académie de Paris l'a réintégrée dans ses fonctions à temps plein à compter du 2 septembre 2020 puis, par courrier du 13 octobre 2020, l'a mise en demeure de reprendre ses fonctions sans délai. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler les arrêtés des 2 mars 2020, 9 septembre 2020 et 10 septembre 2020 ainsi que le courrier du 13 octobre 2020, et de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 58 978,28 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête, le recteur de l'académie de Paris a, par trois arrêtés du 11 janvier 2021, placé Mme A en congé de longue maladie du 2 septembre 2019 au 1er mars 2021, à plein traitement du 2 septembre 2019 au 1er septembre 2020 et à demi-traitement du 2 septembre 2020 au 1er mars 2021. Eu égard à l'intervention de ces arrêtés, qui précisent d'ailleurs qu'ils ont pour objet de retirer les arrêtés des " 2 septembre 2019 ", 2 mars 2020 et 10 septembre 2020, le recteur de l'académie de Paris est fondé à soutenir que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation des arrêtés des 2 mars 2020, 9 septembre 2020 et 10 septembre 2020 et du courrier du 13 octobre 2020 la mettant en demeure de reprendre sans délai ses fonctions sont devenues sans objet et qu'il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin indemnisation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le recteur de l'académie de Paris :

3. En premier lieu, si Mme A soutient qu'elle a subi, du fait des arrêtés des 2 mars 2020, 9 septembre 2020 et 10 septembre 2020, un préjudice financier s'élevant à la somme totale de 48 978,28 euros, correspondant à hauteur de 20 496,645 euros au montant des demi-traitements perçus entre le 2 décembre 2019 et le 1er septembre 2020 qu'elle aurait été contrainte de rembourser en exécution des arrêtés du 2 mars 2020 et du 9 septembre 2020, et à hauteur de 28 481,64 euros au montant de ses pertes de salaires résultant de l'arrêté 10 septembre 2020, entre le mois de septembre 2020 et le mois de février 2021, la réalité du préjudice ainsi allégué ne peut être regardé comme établie eu égard à l'intervention des arrêtés précités du 11 janvier 2021 qui ont placé Mme A en congé de longue maladie à plein traitement du 2 septembre 2019 au 1er mars 2021.

4. En second lieu, si Mme A soutient qu'elle a subi, du fait de l'attitude de l'administration à son égard, un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence en raison de l'anxiété résultant de l'incertitude sur sa situation statutaire et du stress lié au risque de précarité financière auquel elle était confrontée, la réalité de tels préjudices ne peut davantage être regardée comme établie au vu des éléments versés au dossier. En particulier, si Mme A soutient que son état d'anxiété a été médicalement constaté, le certificat médical du 8 octobre 2020 qu'elle produit à cet égard se contente de mentionner qu'elle " développe un syndrome anxio dépressif réactionnel ", sans préciser l'origine d'un tel syndrome, tandis que le certificat du 13 décembre 2021 dont elle se prévaut également mentionne qu'elle présente " un état de névrose post traumatique en lien avec [sa] perte d'autonomie ". Dans ces conditions, et eu égard au délai relativement bref dans lequel est intervenu son placement en congé de longue maladie, Mme A n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à l'indemniser desdits préjudices.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction de la requérante ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat, qui doit être regardée comme partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de Mme A.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au recteur de l'académie de Paris.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marino, président,

M. Le Broussois, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

Le rapporteur,

N. C

Le président,

Y. Marino

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2016828/6-1

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