mardi 13 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2017201 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | VICTOR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 octobre 2020 et le 11 avril 2022, M. E C, représenté par Me Victor, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 10 août 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de novembre 2019, dans un délai de trois jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros hors taxes au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que le signataire de cette décision disposait d'une délégation de signature ;
- il n'est pas établi qu'il a bénéficié d'une procédure préalable contradictoire ;
- il n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité alors qu'il est atteint d'une hépatite C chronique ;
- l'OFII n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- il n'est pas démontré qu'il n'aurait pas respecté ses obligations ;
- la décision du 18 novembre 2019 portant première suspension de ses conditions matérielles d'accueil pour les mêmes motifs que la décision attaquée a été annulée par le tribunal administratif de Paris le 7 janvier 2022 ;
- en tout état de cause, il justifie de motifs légitimes justifiant qu'il ne se soit pas présenté les 19 et 26 septembre 2019.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 8 avril 2022 et 20 avril 2022,
l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une décision du 25 mai 2021, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par le bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant ivoirien, né le 23 avril 1980, a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié en France ou le bénéfice de la protection subsidiaire le 7 novembre 2018, a été mis en possession d'une attestation de demande d'asile en procédure " Dublin " et a accepté, le 8 novembre 2018, l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le 16 octobre 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait part à M. C de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil avant de prononcer cette suspension le 18 novembre 2019. Le juge des référés du tribunal administratif de Paris a, par une ordonnance du 3 juin 2020, suspendu l'exécution de cette décision. Le 16 juin 2020, l'Office a de nouveau informé M. C de son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Après que M. C a présenté des observations le 26 juin 2020, l'Office a de nouveau prononcé cette suspension, par une décision du 10 août 2020. Par un jugement du
7 janvier 2022, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision de l'Office
du 18 novembre 2019. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de la décision de l'Office du 10 août 2020.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de sa requête, M. C, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 mai 2021, a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
4. En premier lieu, par une décision du 13 février 2017 régulièrement publiée, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné délégation de signature à Mme D A, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Paris, à l'effet de signer notamment les décisions relatives aux conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, lesquelles relèvent des missions dévolues à la direction de Paris telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 portant organisation générale de l'Office qui prévoit, en son article 8, que " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII " et, en son article 12, que " les directions territoriales de l'office et les délégations qui leurs sont rattachées sont : () 23° la direction de Paris, compétente pour les activités de l'OFII dans les départements de Paris.". Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice d'incompétence manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 17 juin 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé M. C de son intention de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et l'a informé qu'il disposait d'un délai de 15 jours pour présenter ses observations. Il ressort également des pièces du dossier que, par un courrier électronique du 26 juin 2020, M. C, par l'intermédiaire de son conseil, a pu présenter ses observations. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de procédure préalable contradictoire ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile () ".
7. Il résulte de ces dispositions que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Par suite, et alors qu'il est constant que M. C a bénéficié d'un tel entretien lors de sa demande et a également été mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière est inopérant et ne peut qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, alors d'ailleurs qu'il a de nouveau examiné sa vulnérabilité.
9. En cinquième lieu, pour suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont M. C bénéficiait, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a relevé qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités.
10. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, M. C n'a pas respecté l'obligation qui lui avait été faite de se présenter aux services de la préfecture les 19 septembre et
26 septembre 2019. D'autre part, il est demeuré sans attestation de demandeur d'asile valide entre le 7 décembre 2019 et le 24 mars 2019 et entre le 29 juillet 2019 et le 3 janvier 2021.
11. Il ressort également des pièces du dossier que si, le 11 avril 2019, M. C a exercé un recours contre l'arrêté du 29 mars 2019 par lequel le préfet de police avait décidé son transfert aux autorités espagnoles aux fins d'examen de sa demande d'asile, lequel, au demeurant, a été rejeté par un jugement du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris du 2 juillet 2019, cette seule circonstance, ni celle tirée de ce que ce jugement lui a été notifié le 19 septembre 2019, ne l'exonérait de déférer à l'obligation qui lui était faite de se présenter ce même jour aux services de la préfecture de police. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que, le 26 septembre 2019, M. C était en consultation médicale à 12h30 alors qu'il était convoqué à la préfecture de police à 13h00, cette seule circonstance, dès lors qu'il n'établit ni ne soutient qu'il aurait été dans l'impossibilité d'aviser les autorités qu'il était ainsi dans l'impossibilité de déférer à cette convocation ou de n'avoir pu les en aviser en temps utile, ne suffit pas à démontrer qu'il ferait état d'un motif légitime justifiant qu'il ne puisse respecter son obligation de se présenter aux autorités.
12. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que, par un jugement en date du 7 janvier 2022, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision de l'Office du 18 novembre 2019 portant suspension des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. C, au motif que l'Office, en se bornant à faire valoir que l'intéressé était resté sans attestation de demande d'asile, sans fournir aucune précision quant aux manquements de l'intéressé à ses obligations de présentation, s'était fondé sur des faits matériellement erronés, ce jugement, au demeurant intervenu postérieurement à la décision attaquée, est sans incidence sur la légalité de cette dernière, laquelle est fondée sur le motif tiré de ce que M. C n'a pas déféré aux convocations des 19 et 26 septembre 2019.
13. En dernier lieu, s'il ressort des pièces du dossier que M. C est atteint d'une hépatite C chronique, cette seule circonstance, malgré la précarité de sa situation, ne suffit pas à démontrer qu'il serait dans une situation de particulière vulnérabilité et que l'OFII aurait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du
10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. C tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Ladreyt, président,
M. Gandolfi, premier conseiller,
Mme Leravat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.
Le rapporteur,
G. B Le président,
J-P. Ladreyt
La greffière,
L. Sueur
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026