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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2017653

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2017653

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2017653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2020, M. A B, représenté par Me Semak, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 16 juin 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 16 juin 2020, d'examiner sa demande d'admission dans un lieu prévu à l'article L. 744-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de lui indiquer un lieu d'hébergement susceptible de l'accueillir et de procéder à l'examen de sa vulnérabilité en application de l'article L. 744-6 du code précité, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement de la somme de 2 400 euros à

Me Semak, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice

administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que l'OFII ne justifie pas de la régularité de la notification de la décision d'intention de suspension des conditions matérielles d'accueil ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 20 de la directive 2013/33/UE ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il dispose d'un droit à bénéficier des conditions matérielles d'accueil ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les dispositions de l'article R. 744-14 du même code dès lors qu'il n'est pas justifié qu'il a bénéficié d'un entretien d'évaluation de vulnérabilité par un agent dûment formé et dans une langue qu'il comprend ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'est pas établi qu'il aurait manqué de se rendre à une ou plusieurs convocations des autorités chargées de l'asile.

Une mise en demeure a été adressée à l'OFII le 29 juillet 2021.

Par une ordonnance du 17 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 juillet 2022, à 12h00.

Un mémoire en défense a été enregistré pour l'OFII le 21 septembre 2022, soit après la clôture de l'instruction et la veille de l'audience, et n'a pas été communiqué.

La demande d'aide juridictionnelle de M. B a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Paris du 30 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Schaeffer, rapporteur public.

L'OFII a produit une note en délibéré, enregistrée le 22 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 11 juillet 1995, a sollicité le bénéfice de l'asile et a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII le 29 novembre 2019. Le 17 janvier 2020, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert vers l'Italie. Par une décision du 16 juin 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a décidé de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté son obligation de se présenter aux autorités. M. B demande l'annulation de cette décision de l'OFII du 16 juin 2020.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision en date du 20 avril 2021, M. B n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'attribution de l'aide juridictionnelle présentée par le requérant.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () / 2° au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités (). / Le demandeur est préalablement informé () que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. () ".

5. En l'espèce, M. B soutient avoir respecté systématiquement l'obligation de se présenter aux autorités et avoir toujours répondu aux demandes d'informations, pendant la procédure d'exécution de l'arrêté de transfert dont il a fait l'objet. L'OFII, qui n'a pas présenté de mémoire en défense en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée par le tribunal le 29 juillet 2021, ni en tout état de cause, avant la clôture de l'instruction intervenue le 18 juillet 2022, à 12h00, doit être réputé avoir admis l'exactitude matérielle des faits présentés par le requérant, conformément aux dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'acquiescement aux faits exposés dans la requête et non contredits par les pièces versées au dossier, en suspendant les conditions matérielles d'accueil de M. B au motif qu'il n'avait pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, l'OFII a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 16 juin 2020 par laquelle l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

7. Le présent jugement, qui annule la décision de l'OFII suspendant les conditions matérielles d'accueil de M. B implique nécessairement qu'il soit rétabli de manière rétroactive dans ce bénéfice à compter du 16 juin 2020, date de cette décision. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à l'OFII de procéder à ce rétablissement rétroactif dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B n'ayant pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son conseil ne saurait se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'OFII le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision de l'OFII du 16 juin 2020 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII d'octroyer rétroactivement à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil autres que l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 16 juin 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'OFII versera à M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Lambrecq, première conseillère

Mme Kante, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

La rapporteure,

C. C

La présidente,

C. RiouLa greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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