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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2017733

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2017733

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2017733
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantJOHNSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 octobre 2020, 22 juin 2022 et 10 octobre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme B A, représentée par le cabinet Athon-Perez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet du 3 septembre 2020 par laquelle l'institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP) a rejeté la demande de paiement de ses astreintes et interventions entre 2016 et 2018 ;

2°) d'enjoindre à l'INSEP de procéder au paiement de ses astreintes et interventions non compensées en temps entre 2016 et 2018, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'INSEP à lui verser la somme de 4 500 euros au titre de ses préjudices, assortie des intérêts de droit à compter de la date de réception de sa réclamation préalable et de la capitalisation des intérêts ;

4°) de mettre à la charge de l'INSEP la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision rejetant sa demande de paiement de ses astreintes :

- à titre principal, elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article 5 du décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique d'Etat et dans la magistrature et de l'article 7 de l'arrêté du 8 janvier 2002 portant application du décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans les services et les établissements relevant du ministère de la jeunesse et des sports, des articles 2 et 4 du décret n° 2002-42 du 8 janvier 2002 relatif aux astreintes dans les services et établissements relevant du ministère de la jeunesse et des sports ;

- à titre subsidiaire, elle est dépourvue de motivation en méconnaissance des dispositions du 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

En ce qui concerne la responsabilité de l'INSEP et l'indemnisation des préjudices subis :

- l'INSEP a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité ; d'une part, la décision par laquelle elle a refusé de procéder à l'indemnisation des astreintes et des interventions qu'elle a réalisées entre janvier 2016 et décembre 2018 non compensées est illégale ; d'autre part, elle n'a pas respecté le délai de récupération prescrit par l'article 4 du décret n° 2002-42 du 8 janvier 2002 ;

- elle a subi un préjudice moral du fait du non-paiement de ses astreintes ou interventions extrêmement contraignantes qui est également la cause de troubles dans ses conditions d'existence.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 mai 2022, 14 septembre 2022 et 31 octobre 2022 ce dernier n'ayant pas été communiqué, l'institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP) conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme A de la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le moyen tiré de ce que la décision attaquée est insuffisamment motivée est inopérant ;

- le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas fondé ; aucune base légale ne prévoit la réalisation d'astreintes par ses agents ; les prétentions financières de Mme A sont également dépourvues de base contractuelle ; en dépit des assertions de Mme A, l'organisation d'un service d'astreinte au sein de son pôle informatique n'était en rien nécessaire ; en tout état de cause, le caractère effectif des astreintes effectuées par

Mme A n'est pas établi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 ;

- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 ;

- l'arrêté du 8 janvier 2002 portant application du décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans les services et les établissements relevant du ministère de la jeunesse et des sports ;

- l'arrêté du 28 septembre 2015 fixant les taux des indemnités et les modalités de compensation des astreintes et des interventions en application du décret n° 2002-42 du

8 janvier 2002 relatif aux astreintes dans les services et établissements relevant du ministère de la jeunesse et des sports et du décret n° 2009-924 du 27 juillet 2009 relatif aux modalités de rémunération ou de compensation des astreintes et des indemnités de certains personnels relevant des ministères chargés des affaires sociales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kanté, première conseillère,

- les conclusions de M. Schaeffer, rapporteur public,

- les observations de Me Achard, représentant Mme A, et les observations de Me Johnson, représentant l'institut national du sport, de l'expertise et de la performance.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ingénieure d'études et de fabrications du ministère de la défense, a été détachée auprès de l'institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP), à compter du 26 mai 2014. Elle a, dans ce cadre, été recrutée en contrat à durée déterminée en vue d'exercer les fonctions de manageur des systèmes d'information. Par un courrier du 2 juillet 2020, Mme A a demandé au directeur général de l'INSEP de procéder au paiement des astreintes et des interventions qu'elle soutient avoir réalisées entre janvier 2016 et décembre 2018 et qui n'ont pas été compensées ainsi que l'indemnisation de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de cette absence fautive de paiement. Elle demande l'annulation de la décision implicite de rejet opposée par l'INSEP à cette demande et l'indemnisation des préjudices d'un montant total de 4 500 euros qu'elle estime avoir subis en raison du comportement fautif de l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 5 du décret du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique d'Etat et dans la magistrature : " Une période d'astreinte s'entend comme une période pendant laquelle l'agent, sans être à la disposition permanente et immédiate de son employeur, a l'obligation de demeurer à son domicile ou à proximité afin d'être en mesure d'intervenir pour effectuer un travail au service de l'administration, la durée de cette intervention étant considérée comme un temps de travail effectif. Des arrêtés du ministre intéressé, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget, pris après consultation des comités techniques ministériels, déterminent les cas dans lesquels il est possible de recourir à des astreintes. Les modalités de leur rémunération ou de leur compensation sont précisées par décret. La liste des emplois concernés et les modalités d'organisation des astreintes sont fixées après consultation des comités techniques ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 8 janvier 2002 portant application du décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans les services et les établissements relevant du ministère de la jeunesse et des sports : " Une astreinte peut être mise en place pour les besoins du service durant la semaine, la nuit, le samedi, le dimanche ou les jours fériés dans les cas suivants : /()/ - pour permettre le fonctionnement continu des services techniques, notamment informatiques ". Aux termes de l'article 2 du décret n° 2002-42 du 8 janvier 2002 relatif aux astreintes dans les services et établissements relevant du ministère de la jeunesse et des sports : " Les personnels appelés à participer à un service d'astreinte au sens de l'article 5 du décret du 25 août 2000 susvisé ont droit à une compensation soit en temps, soit sous la forme d'une indemnisation, à l'exception de ceux bénéficiant de la nouvelle bonification indiciaire prévue en faveur des personnels exerçant des fonctions de responsabilité supérieure ".

4. Contrairement à ce que soutient l'INSEP le bénéfice des dispositions précitées n'est pas subordonné à l'existence d'une décision de son conseil d'administration ou de son directeur général définissant un système d'astreintes pour les personnels de cet établissement. Par suite, l'absence d'une telle décision est sans incidence sur le droit à rémunération des astreintes que Mme A soutient avoir faites.

5. Mme A fait valoir que la nature même des activités de l'INSEP, lesquelles impliquent l'organisation d'évènements se tenant le soir et le week-end, des permanences médicales le samedi et l'hébergement occasionnel d'enfants, d'étudiants ou de sportifs, ce qui n'est pas contesté, imposait la réalisation d'interventions et d'astreintes par son équipe au cours des années 2016 à 2018. Elle produit à cette fin plusieurs tableaux de calcul qui récapitulent les semaines d'astreinte accomplies ainsi que les interventions réalisées entre 2016 et 2018 par l'équipe informatique, dont elle-même, qui font clairement ressortir les évènements s'étant tenus les soirs et week-ends sur cette période, les chantiers menés en dehors des heures ouvrées et les interventions réalisées dans le cadre d'interventions et d'astreintes dont un nombre important a cependant été exclu pour 2017 et 2018 dès lors qu'elle n'a pas été en mesure d'en déterminer avec certitude la durée. Ces tableaux font également apparaître qu'elle a pu récupérer un certain nombre d'astreintes, ce qui rend d'autant plus difficile leur mise en cause. En outre,

Mme A joint à ces tableaux plusieurs échanges de courriels d'avril et novembre 2018, notamment avec le directeur général adjoint de son service, faisant état de ce que " la procédure de paiement des astreintes est engagée ", portant sur la question de l'inscription à l'ordre du jour du conseil d'administration du paiement des astreintes ou laissant entendre que les astreintes n'ont pris fin qu'après l'arrivée du nouveau chef du pôle informatique en novembre 2021.

6. Pour sa part, l'INSEP se borne à produire un courriel du nouveau chef du pôle informatique daté du 18 novembre 2021, faisant état de l'inutilité, à cette date, de la mise en place d'un régime d'astreinte interne dès lors que le fonctionnement continu des services informatiques assuré, en cas d'urgence, par un prestataire extérieur suffit. Il ne démontre pas que telle était la situation entre janvier 2016 et décembre 2018.

7. Dans ces conditions, et au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, Mme A a, en sa qualité de manageur des systèmes d'information, effectivement accompli des périodes d'astreintes, pendant les années 2016 à 2018. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle percevait la nouvelle bonification indiciaire prévue en faveur des personnels exerçant des fonctions de responsabilité supérieure. Par suite, elle est fondée à soutenir que la décision par laquelle le directeur de l'INSEP a refusé de procéder à l'indemnisation des astreintes et des interventions qu'elle a réalisées entre janvier 2016 et décembre 2018 non compensées est entachée d'erreur de droit et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 28 septembre 2015 fixant les taux des indemnités et les modalités de compensation des astreintes et des interventions en application du décret n° 2002-42 du 8 janvier 2002 : " Les taux applicables à l'indemnisation des astreintes et des interventions prévues par les décrets des 8 janvier 2002 et 27 juillet 2009 susvisés sont fixés ainsi qu'il suit : Indemnité d'astreinte : 149,48 € par semaine complète ; (). Indemnité d'intervention : 16 € de l'heure pour une intervention effectuée un jour de semaine ; 22 € de l'heure pour une intervention effectuée une nuit, un samedi, un dimanche ou un jour férié ".

9. Mme A a droit, pour les astreintes et les interventions qui n'ont pas fait l'objet d'une récupération, à une indemnité de 149,48 euros par semaine d'astreinte complète ainsi qu'à une indemnité de 16 euros ou 22 euros par heure d'intervention selon que l'intervention a eu lieu d'une part, un jour de semaine ou, d'autre part, une nuit, un samedi, un dimanche ou un jour férié.

10. Il ressort des tableaux récapitulatifs établis par Mme A et non sérieusement contestés dans leur montant en défense pour les années 2016 à 2018 que le droit à paiement s'établit, après déduction des jours de récupération, à la somme totale de 7 068,85 euros au titre des astreintes et des compensations horaires pour les heures d'intervention effectuées par l'intéressée. Dès lors, eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement, qui annule la décision implicite de rejet, implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'INSEP de verser cette somme de 7068,85 euros à Mme A. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce paiement dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. Il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme A est fondée à soutenir qu'en refusant de payer les astreintes et les interventions qu'elle a effectuées entre janvier 2016 et décembre 2018 et qui n'ont pas été compensées, l'INSEP a commis une faute de nature à engager sa responsabilité. L'INSEP n'a également pas respecté, ainsi qu'il résulte de l'instruction, le délai de récupération prescrit par les dispositions de l'article 4 du même décret n° 2002-42 du 8 janvier 2002 aux termes duquel : " La récupération s'opère au plus tard dans le trimestre suivant l'accomplissement du temps d'astreinte et du temps d'intervention, sous réserve que les nécessités de continuité du service le permettent () ".

12. Toutefois les fautes commises par l'INSEP en refusant de payer à Mme A les astreintes et les interventions non compensées qu'elle a effectuées et en méconnaissant les dispositions citées au point 11 n'ouvrent droit à indemnité que dans la mesure où la requérante justifie d'un préjudice certain en lien direct avec ces fautes.

13. Il résulte de l'instruction que Mme A, bien qu'ayant quitté les services de l'INSEP en décembre 2018, a cependant été contrainte, du fait de l'attitude de l'INSEP refusant de faire droit à sa demande et marquant par là-même son manque de considération vis-à-vis de la requérante et de son équipe, d'effectuer de nombreuses démarches pour obtenir le paiement de ses astreintes. Elle a ainsi subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence dont il sera fait une juste appréciation, dans les circonstances de l'espèce, en condamnant l'INSEP à lui verser une indemnité de 1 000 euros, tous intérêts compris.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande l'INSEP sur le fondement de ces dispositions. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'INSEP la somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur ce fondement.

DECIDE :

Article 1er : La décision par laquelle l'INSEP a implicitement rejeté la demande de Mme A tendant au paiement de ses astreintes et interventions entre 2016 et 2018 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'INSEP de verser à Mme A la somme de

7 068,85 euros en paiement de ces astreintes et interventions non compensées entre 2016 et 2018, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'INSEP est condamné à verser à Mme A une indemnité de

1 000 euros tous intérêts compris.

Article 4 : L'INSEP versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Les conclusions de l'INSEP présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP).

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

Mme Kanté, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

La rapporteure,

C. KantéLa présidente,

S. Aubert

La greffière,

S. Porrinas

La République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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