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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2018721

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2018721

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2018721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantLARROQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2020, M. A B, représenté par Me Larroque, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 23 septembre 2020 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et a prolongé le délai de transfert ;

3°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande d'admission au séjour en qualité de demandeur d'asile dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des

dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus d'enregistrement de sa demande d'asile a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision de prolongation du délai de transfert et la décision de refus d'enregistrement de la demande d'asile en procédure normale sont entachées d'un défaut de motivation et révèlent un défaut d'examen sérieux ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article 9-2 du règlement (CE)

n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2020, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que l'agent qui a reçu le requérant au guichet n'a fait que l'informer de la prolongation de son délai de transfert et n'a pris aucune décision ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. B sont inopérants ou infondés.

Par un mémoire, enregistré le 9 décembre 2020, M. B déclare maintenir sa requête en application des dispositions de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Paris du 4 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers,

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Schaeffer, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant iranien, né le 1er février 1990, est entré en France en 2019 selon ses déclarations. Les autorités suédoises, responsables de sa demande d'asile, ont accepté sa reprise en charge le 19 novembre 2019. Par un arrêté du 14 janvier 2020, le préfet de police a décidé du transfert de l'intéressé en Suède. Par un courriel du 23 juillet 2020, M. B estimant que la France était désormais responsable de l'examen de sa demande d'asile, a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale auprès du préfet de police. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite née le 23 septembre 2020 par laquelle le préfet de police a refusé de faire droit à sa demande, ainsi que la décision par laquelle le délai de son transfert aurait été prolongé de six à dix-huit mois.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Le requérant ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2021, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de police :

3. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Par suite, et ainsi que le fait valoir le préfet de police, les conclusions visant à l'annulation de cette décision sont irrecevables et doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, le rejet implicite de la demande de M. B, formulée par un courriel le 23 juillet 2020 et envoyée à une adresse fonctionnelle de la préfecture de police, doit être regardé comme émanant nécessairement du préfet de police. Partant, le moyen tiré du défaut de l'incompétence de l'auteur de la décision doit, en tout état de cause, être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait demandé la communication des motifs du rejet implicite de sa demande du 23 juillet 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B.

7. En quatrième lieu, l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dispose que : 1. Le transfert du demandeur () de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27 () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ". Il résulte de ces dispositions que le transfert vers l'Etat membre responsable peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge et est susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.

8. Pour justifier le placement en fuite de M. B, le préfet de police fait valoir qu'il ne s'est pas présenté les 14 et 21 février 2020 alors qu'il était convoqué dans ses services en exécution de la décision de transfert dont il faisait l'objet. Le requérant soutient qu'il s'est rendu à toutes les convocations de la préfecture et produit un certificat médical établi le 14 février 2020 par un médecin généraliste justifiant selon lui de son impossibilité à se rendre à ses convocations. Toutefois, ce document, établi le jour de la première convocation, rédigé en des termes généraux et peu circonstanciés, qui fait seulement état de ce que son état de santé " ne lui permet pas de se rendre à ses rendez-vous pendant dix jours " ne permet pas d'établir la gravité de son état de santé qui aurait fait obstacle à ce qu'il honore ses obligations de présentation. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de police a estimé qu'il avait pris la fuite et que son délai de transfert aux autorités suédoises était ainsi porté à dix-huit mois. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 29 du règlement (UE) 604/2013 doit dès lors être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 : " () / 2. Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) no 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) no 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement. / (). ". Aux termes de l'article 15 du même règlement : " 1. Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (UE) no 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique "DubliNet" établi au titre II du présent règlement (). ".

10. Il ressort des pièces produites par le préfet de police, et notamment de la note d'information relative à la prolongation de délais de transfert ou au report du transfert et de l'accusé de réception automatique émanant de l'application de messagerie Dublinet, que les autorités suédoises ont bien été avisées, le 24 février 2020, de la prolongation du délai de transfert de M. B. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 9-2 du règlement (CE) n°1560/2003 du 2 septembre 2003 doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Larroque et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Lambrecq, première conseillère,

Mme Kanté, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

La rapporteure,

C. C

La présidente,

C. RiouLa greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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