mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2018804 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | LARROQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 novembre 2020, M. B A, représenté par Me Laroque, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire;
2°) d'annuler la décision du 3 août 2020 par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté sa demande d'asile en procédure normale et la prolongation du délai de son transfert vers les autorités roumaines ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile, dans le délai de huit jours à compter de la date de notification de la décision en litige ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande d'admission au séjour en tant que demandeur d'asile, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à Me Laroque, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision de refus d'enregistrement de sa demande d'asile a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision de prolongation du délai de transfert et le refus d'enregistrement de la demande d'asile en procédure normale sont entachées d'un défaut de motivation et révèlent un défaut d'examen sérieux ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article 9-2 du règlement (CE)
n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 janvier 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Par décisions du 29 janvier 2021, la demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (CE) 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hélard, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan, a présenté une demande d'asile le
14 octobre 2019, enregistrée en procédure dite " Dublin ". Le 18 décembre 2019, le préfet de police a pris un arrêté de transfert vers les autorités roumaines en charge de l'examen de sa demande d'asile. M. A ne s'étant pas rendu à deux convocations les 22 janvier et
29 janvier 2020, le préfet a considéré qu'il était en fuite et a informé les autorités roumaines de la prolongation du délai de transfert jusqu'au 30 avril 2021. Par des courriels du 3 juin et du 23 juillet 2020, M. A a demandé au préfet de police de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de rejet. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle :
2. La demande d'aide juridictionnelle de M. A ayant été rejetée, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. () Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. "
4. En outre, en vertu du premier paragraphe de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 susvisé, le transfert du demandeur d'asile vers l'Etat membre responsable s'effectue au plus tard dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par l'autre Etat de la demande de prise en charge ou de reprise en charge. Le paragraphe 2 de ce même article prévoit qu'à défaut d'exécution dans ce délai de six mois, " l'Etat membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'Etat membre requérant ". Il ajoute que le délai est susceptible d'être porté à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ".
5. Enfin, aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement du 2 septembre 2003 susvisé, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement. "
6. II résulte des dispositions, citées au point 4, du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement n° 604/2013, combinées avec celles du règlement n° 1560/2003 modifié qui en porte modalités d'application, que si l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'Etat membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'Etat membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois, courant à compter de l'acceptation de la reprise en charge, dont dispose l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert.
7. La notion de fuite au sens des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger non admis au séjour se serait soustrait de façon intentionnelle au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Le caractère intentionnel et systématique d'un tel comportement s'apprécie au regard, d'une part, des diligences accomplies par l'autorité administrative pour assurer l'exécution de la mesure de réadmission dans le délai de six mois, d'autre part, des dispositions prises par l'intéressé pour s'y conformer. Si ce transfert dont les modalités révèlent le caractère consenti, n'a pas été effectué avant la date limite fixée, le demandeur d'asile doit être regardé comme s'étant intentionnellement soustrait à l'exécution de la mesure de réadmission.
8. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision.
9. En premier lieu, le rejet implicite de la demande de M. A, formulée par un courriel le 3 juin 2020 et envoyée à une adresse fonctionnelle de la préfecture de police, doit être regardé comme émanant nécessairement du préfet de police. Partant, le moyen tiré du défaut de l'incompétence de l'auteur de la décision doit, en tout état de cause, être écarté.
10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait demandé la communication des motifs du rejet implicite de sa demande du 3 juin 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
11. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des éléments relatifs au constat de fuite du requérant, que le préfet n'aurait pas examiné la situation particulière de M. A avant de rejeter implicitement sa demande du 3 juin 2020. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier ne peut être qu'écarté.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement du 2 septembre 2003, modifié par le règlement n° 118/2014 du 30 janvier 2014 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ". Aux termes de l'article 15 du même règlement : " Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre Etats membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement (). / 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national () est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse. "
13. Il résulte de ce qui a été dit des points 3 à 8 que M. A ne peut utilement invoquer l'absence d'information des autorités roumaines de la prolongation du délai de son transfert. Au demeurant, il ressort des éléments produits en défense, et notamment de l'accusé de réception automatique émanant de l'application de messagerie " Dublinet ", que ces autorités ont bien été avisées, le 31 janvier 2020, de la prolongation jusqu'au 30 avril 2021 du délai de transfert de M. A, dont les références personnelles figurent dans l'objet du message. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 doit, dès lors et en tout état de cause, être écarté.
14. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A ne s'est pas présenté aux convocations des 22 et 29 janvier 2020 en vue de préparer son transfert vers les autorités roumaines. S'il soutient avoir été dans l'impossibilité de s'y rendre compte tenu de son état de santé, le requérant ne produit toutefois que deux ordonnances d'un médecin généraliste des 22 et 29 janvier 2020, par lesquelles lui sont prescrits des médicaments, et une fiche de l'hôpital Lariboisière attestant d'un rendez-vous d'imagerie le 30 janvier 2020. Ces éléments peu circonstanciés ne permettent pas d'établir que le requérant était effectivement dans l'incapacité de se rendre aux convocations des 22 et 29 janvier 2020. Il s'ensuit que le préfet de police pouvait légalement estimer que M. A s'était soustrait à l'exécution de son transfert et devait être regardé comme se trouvant en fuite, de sorte que le délai de transfert vers la Roumanie pouvait être porté à dix-huit mois. Le moyen tiré de la méconnaissance de dispositions précitées de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 doit ainsi être écarté.
15. En sixième lieu, si le requérant soutient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que M. A entretiendrait des liens avec son frère, vivant en France et bénéficiant de la protection subsidiaire, ces allégations sont contredites par l'entretien individuel du 14 octobre 2019, au cours duquel le requérant a déclaré ne pas avoir de famille en France. Ainsi, le moyen doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de
M. B A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de police et à Me Laroque.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Duchon-Doris, président,
M. Rebellato, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
R. HELARD
Le président,
J-C. DUCHON-DORIS
La greffière,
S. PORRINAS
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/5-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026