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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2019840

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2019840

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2019840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 novembre 2020 et 1er mars 2021, Mme D C, représenté par Me Arvis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :

1°) d'annuler la décision implicite, née le 10 novembre 2020, par laquelle la ministre des armées a, d'une part, refusé de lui accorder un congé pour invalidité temporaire imputable au service, à compter du 30 avril 2019, et a, d'autre part, refusé de lui octroyer la protection fonctionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 29 décembre 2020 par laquelle la ministre des armées a refusé de lui octroyer la protection fonctionnelle ;

3°) d'enjoindre au ministre des armées de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au ministre des armées de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 30 avril 2019 ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 29 décembre 2020 est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de mise en oeuvre de la procédure d'orientation et de traitement des signalements de harcèlement moral et sexuel et de l'enquête administrative prévue par les dispositions du décret n° 2020-256 du 13 mars 2020 ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'elle méconnaît l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, puisqu'elle a été victime d'harcèlement sexuel de la part d'un collègue et de comportements sexistes et d'harcèlement moral de la part de son supérieur hiérarchique ;

- la décision implicite de rejet de sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de ses congés est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de consultation de la commission de réforme prévue par l'article 13 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dès lors que ses troubles dépressifs ont nécessité son placement en arrêt maladie depuis le 30 avril 2019 et trouvent leur origine directe et certaine dans ses conditions de travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête de Mme C est irrecevable, en l'absence d'inventaire détaillé des pièces jointes à sa requête ;

- ses conclusions relatives à l'imputabilité au service de sa pathologie sont irrecevables au regard des articles 47-2 et 47-3 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré le 3 mars 2023 pour Mme C et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le décret n° 2020-256 du 13 mars 2020 relatif au dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes dans la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,

- et les observations de Me Bourgeois, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, adjointe administrative principale au sein du ministère des armées, gestionnaire au sein du bureau du pôle statistiques et prévisions export de la direction générale pour l'armement, a été placée en congés de maladie du 11 janvier 2018 au 5 juillet 2018, puis en arrêt de travail à compter du 30 avril 2019 pour syndrome anxiodépressif. Par une décision du 25 septembre 2020, Mme C a été placée rétroactivement en congé de longue maladie du 29 juillet 2019 au 28 juillet 2020, et placée en congé de longue durée du 29 juillet 2020 au 28 janvier 2021, avec perception du plein traitement. Le 1er septembre 2020, elle a sollicité l'octroi de la protection fonctionnelle ainsi que d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service, à compter du 30 avril 2019. Sa demande, reçue le 10 septembre 2020 par l'administration, a d'abord fait l'objet d'une décision implicite de refus, née le 10 novembre 2020, puis d'une décision expresse de rejet, en date du 29 décembre 2020. Mme C doit être regardée comme demandant, d'une part, l'annulation de la décision implicite, née le 10 novembre 2020, par laquelle la ministre des armées a refusé de lui accorder un congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 30 avril 2019, d'autre part, l'annulation de la décision expresse de rejet de sa demande de protection fonctionnelle, en date du 29 décembre 2020, qui s'est substituée à la décision implicite du 10 novembre 2020, refusant de lui octroyer la protection fonctionnelle.

Sur la fin non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 414-3 du code de justice administrative : " () Lorsque le requérant transmet, à l'appui de sa requête, un fichier unique comprenant plusieurs pièces, chacune d'entre elles doit être répertoriée par un signet la désignant conformément à l'inventaire mentionné ci-dessus. S'il transmet un fichier par pièce, l'intitulé de chacun d'entre eux doit être conforme à cet inventaire. Le respect de ces obligations est prescrit à peine d'irrecevabilité de la requête. () "

3. La requête de Mme C est accompagnée d'un inventaire détaillé mentionnant quarante pièces jointes aux écritures, identifiées par un numéro explicite. Chacun des signets porte le numéro correspondant mentionné dans l'inventaire. Dans ces conditions, Mme C n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article R. 414-3 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 29 décembre 2020 :

4. En premier lieu, la décision du 29 décembre 2020 comprend les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle mentionne les principaux faits allégués par Mme C, notamment ses accusations de harcèlement sexuel et de harcèlement moral. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 : " Les administrations, collectivités et établissements publics mentionnés à l'article 2 mettent en place un dispositif de signalement qui a pour objet de recueillir les signalements des agents qui s'estiment victimes d'atteintes volontaires à leur intégrité physique, d'un acte de violence, de discrimination, de harcèlement moral ou sexuel, d'agissements sexistes, de menaces ou de tout autre acte d'intimidation et de les orienter vers les autorités compétentes en matière d'accompagnement, de soutien et de protection des victimes et de traitement des faits signalés./ () Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent article, notamment les conditions dans lesquelles le dispositif peut être mutualisé ainsi que les exigences en termes de respect de la confidentialité et d'accessibilité du dispositif. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 13 mars 2020 relatif au dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes dans la fonction publique : " Le dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement moral ou sexuel et des agissements sexistes prévu par l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 susvisée comporte : 1° Une procédure de recueil des signalements effectués par les agents s'estimant victimes ou témoins de tels actes ou agissements ; 2° Une procédure d'orientation des agents s'estimant victimes de tels actes ou agissements vers les services et professionnels compétents chargés de leur accompagnement et de leur soutien ; 3° Une procédure d'orientation des agents s'estimant victimes ou témoins de tels actes ou agissements vers les autorités compétentes pour prendre toute mesure de protection fonctionnelle appropriée et assurer le traitement des faits signalés, notamment par la réalisation d'une enquête administrative. ".

6. Si Mme C se prévaut des dispositions de l'article 1er du décret du 13 mars 2020, lesquels sont relatifs à la mise en place d'un dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes prévoyant une procédure d'orientation vers les autorités compétentes, ces dispositions ne sauraient être regardées comme instituant une obligation pour l'administration de procéder à une enquête administrative dans le cadre de l'instruction d'une demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, tenant à l'absence de réalisation d'une enquête administrative, doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 ter de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les faits : / a) Soit de harcèlement sexuel, constitué par des propos ou comportements à connotation sexuelle répétés qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ; / b) Soit assimilés au harcèlement sexuel, consistant en toute forme de pression grave, même non répétée, exercée dans le but réel ou apparent d'obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l'auteur des faits ou au profit d'un tiers. / () ". Aux termes de son article 6 quinquies : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Aux termes de l'article 11 de la même loi : " () IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ". Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : / 1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L. 4161-1 ; / 2° Des actions d'information et de formation ; / 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes ".

8. D'une part, les dispositions précitées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Si la protection résultant de ces dispositions n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

9. D'autre part, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement sexuel ou moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. En l'espèce, Mme C fait valoir qu'elle a été victime d'harcèlement sexuel de la part d'un collègue et de comportements sexistes et d'harcèlement moral de la part de son supérieur hiérarchique. Elle soutient, d'une part, que l'un de ses collègues lui a tenu des propos à connotation sexuelle par téléphone, à une occasion, puis a essayé de l'embrasser dans un ascenseur. Elle soutient, d'autre part, que son supérieur hiérarchique a démontré un comportement sexiste en la qualifiant ainsi que des collègues de " drôles de dames " et en les présentant par leurs prénoms plutôt que par leurs noms et fonctions. Elle soutient, en outre, qu'elle a été mise à l'écart du reste de son équipe par ses collègues, qu'elle ne recevait pas toutes les informations nécessaires à l'exercice de son activité professionnelle, qu'elle était informée tardivement des prises de congés de ses collègues, et que certains collègues ne lui adressaient plus la parole, sans réaction de son supérieur hiérarchique ni de son adjointe. Elle soutient également que son supérieur hiérarchique a remis en cause ses compétences professionnelles devant ses collègues, lors d'une réunion, et qu'à l'occasion d'une réorganisation des bureaux, il a refusé de la placer dans un autre bureau que celui de ses collègues. Elle fait enfin valoir qu'elle a alerté sa hiérarchie à plusieurs reprises sur sa sécurité et sur sa santé au travail, sans obtenir de réponse, et qu'elle a finalement dû être placée en arrêt de travail en raison des troubles dépressifs causés par sa situation professionnelle.

11. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le sous-directeur de la direction du développement international dont dépendait Mme C a décidé, le 25 février 2019, la réalisation d'une enquête administrative pour examiner la situation de l'intéressée. Mme C a reçu une réponse de la cellule Themis, chargée de traiter les cas de harcèlement au sein du ministère des armées, et a été reçue par Mme B, chef du bureau de l'accompagnement social et restructurations. Par suite, c'est à tort que Mme C soutient n'avoir eu aucune réponse à ses signalements. D'autre part, Mme C n'établit pas, par les éléments qu'elle produit, qu'un collègue aurait tenté de l'embrasser dans l'ascenseur et n'a pas déposé de signalement à la suite de cet épisode. Si elle produit des extraits d'échanges de courriers électroniques, dont elle a été destinataire et qui font référence à des propos à connotation sexuelle tenus par téléphone de la part d'un de ces collègues, ces faits présentent un caractère isolé et n'ont pas non plus fait l'objet d'un signalement. Par suite, ils ne peuvent suffire à faire présumer de l'existence d'un harcèlement sexuel. En outre, les faits mentionnés par Mme C et relatifs à son supérieur hiérarchique ne peuvent suffire à présumer l'existence d'un harcèlement moral, alors qu'il ressort des pièces du dossier, notamment des échanges de mails produits par Mme C, que son supérieur hiérarchique a répondu à ses demandes et à ses inquiétudes de manière détaillée et régulière. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que les relations humaines entre collègues à l'intérieur du bureau étaient difficiles, aucun élément ne permet de faire présumer l'existence d'un harcèlement organisé de la part des autres collègues du bureau contre Mme C.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'apporte pas à l'appui de ses allégations un faisceau d'indices suffisamment probants pour faire présumer l'existence du harcèlement moral et du harcèlement sexuel dont elle soutient avoir été victime. Par suite, le ministère des armées n'était pas tenu de lui accorder la protection fonctionnelle prévue par les dispositions précitées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, dès lors, être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 29 décembre 2020 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de l'invalidité temporaire de Mme C :

14. Aux termes des dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 alors en vigueur, désormais codifiées à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique : " Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. "

15. D'une part, les droits des agents en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie a été diagnostiquée. Il ressort des pièces du dossier que le syndrome anxiodépressif de Mme C a été diagnostiqué en avril 2019, et qu'elle a présenté sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service en septembre 2020 alors qu'elle était en congé longue maladie.

16. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient le ministre des armées, la demande de Mme C n'a pas été présentée à l'expiration d'un délai de deux ans à compter de la date de la première constatation médicale. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces au dossier et le ministre des armées n'établit par aucun élément précis que Mme C n'aurait pas respecté la forme règlementairement prescrite lors de sa demande.

17. D'autre part, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

18. Mme C soutient que ses troubles dépressifs, qui ont nécessité son placement en arrêt maladie depuis le 30 avril 2019, trouvent leur origine directe et certaines dans ses conditions de travail. Il ressort des pièces du dossier, notamment des rapports des médecins ayant examiné Mme C pendant la durée de son arrêt de travail, que l'état dépressif qui a motivé sa mise en congé de longue durée est en relation directe avec les difficultés de ses relations avec ses collègues, alors qu'il n'est pas établi qu'une prédisposition ou manifestation pathologique de cette nature avait été décelée antérieurement chez elle. Par suite, Mme C est fondée à soutenir, même en l'absence de volonté délibérée de l'administration de nuire à l'agent, que l'absence de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie est entachée d'erreur d'appréciation.

19. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite par laquelle la ministre des armées a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme C doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

20. La présente annulation implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre des armées de placer Mme C en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 30 avril 2019, au titre d'une maladie imputable au service.

Sur les frais liés au litige :

21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle la ministre des armées a rejeté la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la pathologie présentée par Mme C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de placer Mme C en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 30 avril 2019.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Versol, présidente,

M. Pény, premier conseiller,

M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

R. A

La présidente,

F. Versol La greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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