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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2020089

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2020089

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2020089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET LACOME D'ESTALENX MARQUIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête et des mémoires, enregistrés le 27 novembre 2020, le 28 janvier 2022 et le 15 mars 2022, Mme A B, représentée D Me Lacome d'Estalenx, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision, révélée D un courrier du 27 janvier 2020, D laquelle l'université de Paris Cité a refusé de lui renouveler son contrat de travail à durée déterminée ;

2°) d'enjoindre à l'université de Paris Cité de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'université de Paris Cité une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive,

- la décision du 27 janvier 2020 de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée a été prise D une autorité incompétente,

- elle est illégale dès lors qu'elle n'est pas justifiée D l'intérêt du service.

D des mémoires en défense, enregistrés les 17 janvier, 28 février et 29 mars 2022, l'université de Paris Cité conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête de Mme B est irrecevable faute d'avoir été précédée d'un recours administratif préalable obligatoire,

- elle est également irrecevable en l'absence de démonstration D la requérante de son intérêt à agir,

- les moyens soulevés D Mme B ne sont pas fondés.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires,

- le décret n° 2018-101 du 16 février 2018 portant expérimentation d'une procédure de médiation préalable obligatoire en matière de litiges de la fonction publique et de litiges sociaux,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lacome pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a été recrutée D l'université Paris VII Denis Diderot, aux droits et obligations de laquelle est venue l'université Paris Cité, comme ingénieure de recherche contractuelle, pour la période comprise entre le 15 février 2018 et le 14 février 2020. D la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision, révélée D un courrier du

27 janvier 2020, D laquelle son employeur a refusé de lui renouveler son contrat de travail à durée déterminée.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu et contrairement à ce qui est soutenu en défense D l'université Paris Cité, Mme B a intérêt à agir à l'encontre de la décision de non-renouvellement de son contrat de travail à durée déterminée.

3. En second lieu, aucun recours administratif préalable obligatoire n'a été institué à l'encontre des décisions de non-renouvellement des contrats de travail à durée déterminée des agents contractuels des universités D les dispositions du décret du 16 février 2018 susvisé alors applicables. Dans ces conditions, Mme B pouvait saisir le juge administratif de conclusions à fin d'annulation de la décision de non-renouvellement de son contrat de travail à durée déterminée sans préalablement saisir l'université Paris Cité d'un recours administratif préalable.

4. Il résulte de ce qui précède que ladite université n'est pas fondée à soutenir que la requête de Mme B serait entachée d'irrecevabilité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Un agent public qui a été recruté D un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent, sous le contrôle restreint du juge administratif.

6. En l'espèce, l'université Paris Cité a justifié le non-renouvellement du contrat de travail de Mme B D les seuls besoins du service, sans évoquer de considérations tenant à sa personne. Elle se prévaut en effet, d'une part, de la dénonciation le 17 octobre 2018 de la convention de recherche qui unissait le groupement d'intérêt public (GIP) " Mission de recherche Droit et Justice " et l'Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon relativement au financement du projet ITERP (" Equipe internationale d'évaluation des dispositifs de prévention de la radicalisation ") dont la requérante était la co-responsable scientifique, d'autre part, de la décision de l'agence nationale de la recherche (ANR) de clore en décembre 2019, de manière anticipée, la convention de financement qu'elle avait conclue avec l'université Paris VII Denis Diderot pour ce même projet ITERP. L'université Paris Cité indique de manière plus générale que le recrutement de Mme B ayant été justifié D la conduite du projet ITERP, il n'y avait plus lieu de renouveler son contrat compte-tenu de l'arrêt de ces financements.

7. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme B a été recrutée pour assurer les fonctions d'ingénieure de recherche au sein du " centre d'étude de la radicalisation et de ses traitements " (CERT), qui venait d'être créé D l'université Paris VII Denis Diderot et la FMSH (Fondation maison des sciences de l'Homme) suite à leur sélection à un appel à manifestation d'intérêt (AMI) organisé en 2017 D le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche portant sur les disciplines rares. Il ressort de très nombreuses pièces, notamment de la fiche de poste rédigée en décembre 2017 pour définir les missions de cet ingénieur de recherche, d'une attestation sur l'honneur et d'un courriel détaillés d'un professeur de l'université Paris VII Diderot qui a porté la candidature de son établissement à cet AMI et a été le supérieur direct de Mme B jusqu'à son départ à la retraite le 1er septembre 2019, et, enfin, du compte-rendu professionnel de la requérante pour l'année 2018-2019, que les missions confiées à celle-ci excédaient très largement la co-responsabilité scientifique du projet ITERP. Il lui incombait ainsi d'organiser des événements scientifiques sans lien avec l'ITERP, d'alimenter et de mettre à jour le site internet du CERT, de coordonner les travaux d'étudiants afin d'élaborer et de diffuser des lettres d'information, d'animer des groupes de travail et de recherche avec des étudiants et de développer de manière générale les partenariats internationaux du CERT. L'université Paris Cité n'a pas fait valoir en défense et il ne ressort pas des pièces du dossier que le CERT aurait eu vocation à cesser de fonctionner après le 14 février 2020, date de la fin du contrat de travail à durée déterminée de Mme B, ni que ce centre n'aurait plus eu besoin pour continuer à fonctionner des tâches exercées jusqu'alors D l'intéressée.

8. D ailleurs, la dénonciation de la convention de recherche qui unissait le GIP " Mission de recherche Droit et Justice " et l'ENS de Lyon relativement au financement du projet ITERP est intervenue dès le 17 octobre 2018, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que cette dénonciation ait empêché le CERT de poursuivre son développement D la suite. Ce centre n'était d'ailleurs pas partie à cette convention de financement, non plus que l'université Paris VII Denis Diderot auquel il est rattaché et qui était l'employeur de Mme B. La requérante fait également valoir de manière circonstanciée et sans être contredite en défense que cette étude était internationale et que la dénonciation de cette convention de recherche D deux financeurs français n'y a pas mis fin, l'étude ayant pu se poursuivre dans les autres pays concernés, à savoir la Belgique, le Danemark, la Suisse, le Canada, l'Allemagne et la Grande-Bretagne.

9. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la création du CERT, le financement du poste d'ingénieur de recherche affecté à ce centre et même la conduite du projet ITERP avaient été initialement envisagés sans l'aide de l'ANR. Il ressort du compte-rendu professionnel de Mme B pour l'année 2018-2019 que cette dernière a obtenu de sa propre initiative une aide supplémentaire de l'ANR, d'un montant de 30 000 euros, dans le cadre de l'appel à projet MRSEI (" montage de réseaux scientifiques européens et internationaux "). Cette aide a été octroyée D l'ANR à l'université Paris VII Denis Diderot en 2019 et permettait de financer certains des coûts associés à l'étude ITERP jusqu'en 31 janvier 2021, soit très postérieurement à la fin du contrat de travail à durée déterminée de la requérante, le 14 février 2020. Si l'université de Paris Cité fait valoir pour justifier le non-renouvellement du contrat de Mme B que l'ANR lui aurait demandé de clore de manière anticipée ce projet en décembre 2019, il ressort au contraire d'un courriel rédigé le 20 janvier 2020 D un agent de l'ANR que, si l'agence a bien demandé à cette date la clôture rapide du projet, elle ne l'a fait que parce qu'elle avait été préalablement informée de l'intention de l'université de " mettre fin au contrat de la coordinatrice (Sabine B) et de na pas nommer un nouveau coordinateur en son sein ".

10. Dans ces conditions, l'université Paris Cité ne pouvait, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, estimer que les faits précités justifiaient le non-renouvellement du contrat de Mme B pour un motif tiré de l'intérêt du service.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée, pour ce seul motif, à demander au tribunal d'annuler la décision, révélée D un courrier du 27 janvier 2020, D laquelle l'université de Paris Cité a refusé de lui renouveler son contrat de travail à durée déterminée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Eu égard aux motifs qui le fondent, le présent jugement implique de faire droit aux conclusions de Mme B tendant à ce qu'il soit enjoint à l'université Paris Cité de réexaminer sa situation. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de sa mise à disposition au greffe.

Sur les frais de l'instance :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision, révélée D un courrier du 27 janvier 2020, D laquelle l'université de Paris Cité a refusé de renouveler le contrat de travail à durée déterminée de Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'université Paris Cité de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement.

Article 3 : L'université Paris Cité versera à Mme B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'université Paris Cité.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Thulard, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, conseiller.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le rapporteur,

V. C

Le président,

N. Le BroussoisLe greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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