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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2020120

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2020120

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2020120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantKETCHEDJIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 27 novembre 2020 et 15 septembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) NACO, représentée par Me Ketchedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 octobre 2020 par laquelle le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris a rejeté sa demande d'opposition à saisie administrative à tiers détenteur émise à son encontre le 11 juin 2020 en vue du recouvrement d'une somme totale de 67 897 euros, due au titre des pénalités de recouvrement afférentes aux cotisations supplémentaires de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2011 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis de mise en recouvrement et la lettre du 16 mars 2020 sont entachés d'irrégularité ;

- les intérêts de retard complémentaires mis en recouvrement par l'avis du 16 mars 2020 sont prescrits, dès lors que les droits et pénalités correspondant ont été mis en recouvrement par un avis du 15 juillet 2015.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis de mise en recouvrement est irrecevable ;

- l'autre moyen soulevé par la SAS NACO n'est pas fondé.

II. Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 1er décembre 2020 et les 6 septembre et 7 octobre 2022, la SAS NACO, représentée par Me Ketchedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris sur sa demande du 13 août 2020 tendant à la réparation du préjudice qu'elle a subi en raison de la saisie conservatoire de créances effectuée sur son compte le 20 novembre 2014, à concurrence de 36 157 euros, correspondant au montant dont elle a obtenu la décharge par un jugement du tribunal de céans du 7 novembre 2017 ;

2°) d'ordonner la mainlevée totale de la saisie conservatoire de créances du 20 novembre 2014 ;

3°) de condamner l'État à lui verser la somme de 21 804,55 euros à titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice résultant de la saisie conservatoire susmentionnée pendant plus de six années ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a droit à la réparation du préjudice résultant de la saisie conservatoire du 20 novembre 2014, conformément aux dispositions de l'article L. 512-2 du code des procédures civiles d'exécution ;

- elle a droit au paiement d'intérêts au taux de l'intérêt légal pour toute la période consécutive à la date du jugement du 7 novembre 2017 par lequel le tribunal de céans a prononcé la décharge de la retenue à la source mise à sa charge, à hauteur de 36 157 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la mainlevée totale de la saisie conservatoire de créances du 20 novembre 2014 a été donnée par le pôle de recouvrement spécialisé parisien 1 le 10 juin 2020 ;

- le moyen tiré d'une faute commise par le comptable public du fait du blocage des fonds pendant plusieurs années à la suite du jugement du tribunal de céans relève de la compétence de la juridiction judiciaire ;

- l'autre moyen soulevé par la requérante n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Khansari,

- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 14 août 2020, la SAS NACO s'est opposée à la saisie administrative à tiers détenteur émise à son encontre le 11 juin 2020 en vue du recouvrement d'une somme de 67 897 euros, correspondant aux pénalités de recouvrement afférentes aux cotisations supplémentaires de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2011. Par un courrier du 14 octobre 2020, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris a rejeté cette demande. Par une requête, enregistrée sous le n° 2020120, la SAS NACO demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Par un courrier du 13 août 2020 adressé au pôle de recouvrement spécialisé parisien 1, la SAS NACO a demandé la réparation du préjudice qu'elle a subi en raison de la saisie conservatoire de créances effectuée sur son compte le 20 novembre 2014, à concurrence de 36 157 euros, correspondant au montant dont elle a obtenu la décharge par un jugement du tribunal de céans du 7 novembre 2017. En l'absence de réponse de l'administration dans le délai deux mois prévu par les dispositions de l'article R. 281-4 du livre des procédures fiscales, une décision implicite de rejet est née le 14 octobre 2020. Par une requête, enregistrée sous le n° 2020322, la SAS NACO demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner l'État à lui verser la somme de 21 804,55 euros à titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice résultant de la saisie conservatoire susmentionnée pendant plus de six années.

Sur la jonction :

3. Les requêtes susvisées n° 2020120 et n° 2020322 concernent la situation de la même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution ".

5. En l'espèce, ainsi que le fait valoir l'administration en défense, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales que les moyens tirés de l'irrégularité en la forme d'un avis de recouvrement relèvent de la compétence du juge judiciaire et ne peuvent être utilement invoqués devant le juge administratif. Le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis de mise en recouvrement du 16 mars 2020 et, en tout état de cause, de la lettre que la requérante aurait reçu le même jour, est donc irrecevable et ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables du Trésor qui n'ont fait aucune poursuite contre un contribuable retardataire pendant quatre années consécutives, à partir du jour de la mise en recouvrement du rôle perdent leur recours et sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. Le délai de quatre ans mentionné au premier alinéa, par lequel se prescrit l'action en vue du recouvrement, est interrompu par tous actes comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous autres actes interruptifs de la prescription ".

7. Il résulte de ces dispositions que les intérêts de retard complémentaires ne peuvent être mis en recouvrement qu'après apurement de la créance principale. En l'espèce, celle-ci a été acquittée par la SAS NACO le 10 mars 2020. Cette dernière n'est, par suite, pas fondée à soutenir que la créance relative à ces intérêts de retard complémentaires était prescrite à la date d'émission de l'avis de mise en recouvrement du 16 mars 2020. Le moyen doit donc être écarté.

Sur les conclusions tendant à la levée de la mesure conservatoire de saisie de créances :

8. Il ressort des pièces du dossier que, le 10 juin 2020, le comptable du pôle de recouvrement spécialisé parisien 1 a donné la mainlevée totale de la saisie conservatoire des créances du 20 novembre 2014 qui avait été pratiquée contre la société requérante, à hauteur de 36 158 euros. Par suite, et en tout état de cause, les conclusions de la société requérante tendant à ce que le tribunal de céans ordonne la mainlevée totale de cette saisie conservatoire sont dépourvues d'objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions indemnitaires tendant à la réparation du préjudice résultant de l'exécution dommageable de la mesure conservatoire de saisie de créances :

9. Aux termes de l'article L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire : " Le juge de l'exécution connaît, de manière exclusive, des difficultés relatives aux titres exécutoires et des contestations qui s'élèvent à l'occasion de l'exécution forcée, même si elles portent sur le fond du droit à moins qu'elles n'échappent à la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire. / Dans les mêmes conditions, il autorise les mesures conservatoires et connaît des contestations relatives à leur mise en œuvre. () / Il connaît, sous la même réserve, des demandes en réparation fondées sur l'exécution ou l'inexécution dommageables des mesures d'exécution forcée ou des mesures conservatoires. () ". L'article 32 du décret n° 2015-233 du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles dispose que : " Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif décline la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, elle renvoie les parties à saisir la juridiction compétente de l'autre ordre de juridiction ".

10. Il résulte des dispositions précitées que seul le juge judiciaire est compétent pour connaître des demandes en réparation fondées sur l'exécution dommageable des mesures conservatoires. Par suite, il y a lieu d'accueillir, dans cette mesure, l'exception d'incompétence opposée par l'administration fiscale et de rejeter les conclusions tendant à la réparation du préjudice qu'aurait subi la SAS NACO résultant de la saisie conservatoire du 20 novembre 2014. Il y a également lieu de renvoyer la société requérante à saisir le juge de l'exécution qui a autorisé cette saisie conservatoire.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction tendant à ce que le tribunal de céans ordonne la mainlevée totale de la saisie conservatoire des créances du 20 novembre 2014 pratiquée contre la SAS NACO.

Article 2 : Les conclusions de la SAS NACO tendant à la réparation du préjudice qu'elle aurait subi du fait de la saisie conservatoire du 20 novembre 2014 sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître. La SAS NACO est renvoyée à saisir le juge de l'exécution qui a autorisé la saisie conservatoire le 17 novembre 2014.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS NACO et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,

A. KHANSARI

Le président,

B. BACHOFFER La greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2,2020322/1-

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