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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2020375

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2020375

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2020375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 novembre 2020, 15 février et

3 et 10 mars 2023, sous le numéro 2020375, Mme E D, représentée par

Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 novembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de la rétablir dans ses droits à l'allocation pour demandeur d'asile à compter de la date d'interruption du versement de ladite allocation, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'OFII n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle disposait d'un motif légitime justifiant sa non-présentation à la convocation de la préfecture de police le 27 mars 2020 en raison de la fermeture des locaux de celle-ci pour cause de confinement dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, liée à l'épidémie de Covid-19 ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle s'est présentée à toutes les convocations et n'a jamais reçu de convocations pour celles des 29 juin et 6 juillet 2020 ;

- la décision la place dans une situation de vulnérabilité dès lors que l'allocation pour demandeur d'asile est sa seule ressource pour subvenir au besoin de sa famille.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 avril 2022 et 22 février 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour Mme D ne sont pas fondés.

Il fait valoir que :

- il était fondé à suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la condition de vulnérabilité ne s'y opposant pas, dès lors que l'intéressée ne s'est pas présentée aux convocations de la préfecture des 29 juin et 6 juillet 2020, qui lui ont été notifiées par courriers simples ;

- le motif avancé pour justifier de ces absences ne peut pas être regardé comme légitime dès lors que le confinement a été décrété du 17 mars au 11 mai 2020.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 avril 2022 et 3 et 10 mars 2023, sous le numéro 2207789, Mme E D et M. B D, représentés par

Me Jaslet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 mars 2022 juin par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de leur rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de les rétablir dans leur droit à l'allocation pour demandeur d'asile à compter de l'enregistrement de leur demande d'asile en procédure normale, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, au versement de la somme de 1 200 euros à leur conseil, Me Jaslet, sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Ils soutiennent que :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de leur vulnérabilité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ; il ne peut pas leur être reproché de ne pas avoir respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités préfectorales le 29 juin et le 6 juillet 2020 dès lors qu'ils n'ont jamais été convoqués par la préfecture et en ont informé l'OFII lors de leur entretien de vulnérabilité du 23 décembre 2021.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 22 février et 8 mars 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour les époux D ne sont pas fondés.

M. et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mai 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rebellato,

- et les conclusions de Mme Florence Nikolic, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1.Mme E D, accompagnée de son époux, M. B D, alias D C, et de leur fille mineure, ressortissants pakistanais, ont sollicité le bénéfice de l'asile en France le 16 octobre 2019. Ils ont été placés en " procédure Dublin " le même jour et accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 21 octobre 2019. Le 23 juillet 2020, la famille a été déclarée en fuite. Par courrier du 21 septembre 2020, le directeur général de l'OFII a informé le couple de son intention de leur suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif de l'absence de présentation aux autorités. Par une décision en date du 16 novembre 2020, le directeur général de l'OFII a suspendu ce bénéfice. Le 11 octobre 2021, les demandes d'asile du couple ont été enregistrées en procédure normale. Les intéressés ont alors sollicité l'OFII d'une demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 14 mars 2022, l'OFII a refusé de procéder à ce rétablissement. Par une ordonnance du 21 avril 2022, le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de la décision du 14 mars 2022. Par les présentes requêtes, Mme D demande l'annulation de la décision du 16 novembre 2020. M. et Mme D demandent l'annulation de celle du 14 mars 2022.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisée nos 2020375 et 2207789 présentées respectivement par Mme D et par celle-ci et son conjoint, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de suspension de l'OFII du 16 novembre 2020 :

3. Aux termes de l'article L.744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a suspendu les conditions matérielles d'accueil dont Mme D bénéficiait au motif qu'elle ne s'était pas présentée aux deux rendez-vous auxquels elle avait été convoquée à la préfecture de police les 29 juin 2020 et

6 juillet 2020. Toutefois, la requérante conteste avoir reçu ces convocations et aucune pièce du dossier ne permet d'établir leur notification à Mme D. Dans ces conditions, faute de justifier de la notification régulière de ces convocations à la requérante, l'OFII ne pouvait fonder sa décision sur ces manquements. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du 16 novembre 2020.

5. Il y a lieu dès lors d'enjoindre à l'OFII d'octroyer à Mme D les conditions matérielles d'accueil initialement suspendues, avec effet rétroactif à compter du

16 novembre 2020, date à laquelle elles ont été suspendues, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

En ce qui concerne la décision de refus de rétablissement de l'OFII du 14 mars 2022 :

6. Dès lors que les motifs de la décision du 14 mars 2022 sont identiques à ceux de la décision du 16 novembre 2020, il y a lieu par adoption des motifs retenus au point précédent, faute pour l'OFII de justifier de la notification régulière aux requérants de leur convocation les 29 juin et 6 juillet 2020, d'annuler également la décision du 14 mars 2022.

7. Eu égard aux motifs retenus pour annuler les décisions litigieuses, le présent jugement implique nécessairement que l'OFII rétablisse le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de M. et Mme D, avec effet rétroactif au 16 novembre 2020, date à laquelle elles ont été suspendues, en tenant compte, le cas échant, des versements déjà effectués, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. M. et Mme D ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre des deux requêtes. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jaslet, avocat de M. et Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Jaslet de la somme globale de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1 : Les décisions du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 16 novembre 2020 et du 14 mars 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de M. et Mme D dans un délai d'un mois à compter de la date de la notification du présent jugement, avec effet rétroactif au 16 novembre 2020, en tenant compte le cas échant des versements déjà effectués.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera la somme globale de 1 000 euros à Me Jaslet sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à M. B D, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Jaslet.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

M. Rebellato, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le rapporteur, La présidente,

M. Rebellato Mme RIOU

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2020375/5-2 - 2207789/5-

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