vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2020515 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | BRIATTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2020, Mme A B, représentée par Me Briatte, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision laquelle le garde des Sceaux, ministre de la justice a implicitement refusé de faire droit à sa demande du 30 juillet 2020 de report des congés annuels et des heures supplémentaires effectuées dont elle n'a pas pu bénéficier au titre des années 2018 et 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige, en ce qui concerne la demande de report des congés annuels, méconnaît les dispositions de l'article 7 la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 dès lors qu'elle n'a pas pu bénéficier de ses jours de congés au titre des années 2018 et 2019 en raison de ses congés maladie et de son congé maternité ;
- la décision en litige, en ce qui concerne les 111 heures supplémentaires qu'elle a effectuées, méconnaît les dispositions de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 et le décret du 14 janvier 2002 ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le garde des Sceaux, ministre de la justice informe le tribunal qu'il ne produira pas d'observations en défense dans cette instance.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ;
- l'arrêt C-214/10 du 22 novembre 2011 de la Cour de justice de l'Union européenne ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 ;
- le décret n° 2002-60 du 14 janvier 2002 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Blusseau, conseiller,
- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B est titularisée dans le corps des éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse. Par un courrier du 30 juillet 2020, reçu par l'administration le 3 août suivant, elle a demandé à la directrice territoriale de la protection judiciaire et de la jeunesse le report des congés annuels et des 111 heures supplémentaires effectuées dont elle n'a pas pu bénéficier au titre des années 2018 et 2019 du fait de son placement en congé maladie. Du silence de l'administration une décision implicite de rejet est née. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les jours de congés annuels :
2. Aux termes de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 relative à certains aspects de l'aménagement du temps de travail : " 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail ". Selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, ces dispositions font obstacle à ce que le droit au congé annuel payé qu'un travailleur n'a pas pu exercer pendant une certaine période parce qu'il était placé en congé de maladie pendant tout ou partie de cette période s'éteigne à l'expiration de celle-ci. Le droit au report des congés annuels non exercés pour ce motif n'est toutefois pas illimité dans le temps. Si, selon la Cour, la durée de la période de report doit dépasser substantiellement celle de la période au cours de laquelle le droit peut être exercé, pour permettre à l'agent d'exercer effectivement son droit à congé sans perturber le fonctionnement du service, la finalité même du droit au congé annuel payé, qui est de bénéficier d'un temps de repos ainsi que d'un temps de détente et de loisirs, s'oppose à ce qu'un travailleur en incapacité de travail durant plusieurs années consécutives, puisse avoir le droit de cumuler de manière illimitée des droits au congé annuel payé acquis durant cette période.
3. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 octobre 1984 relatif aux congés annuels des fonctionnaires de l'Etat visé ci-dessus : " Tout fonctionnaire de l'Etat en activité a droit, dans les conditions et sous les réserves précisées aux articles ci-après, pour une année de service accompli du 1er janvier au 31 décembre, à un congé annuel d'une durée égale à cinq fois ses obligations hebdomadaires de service ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Le congé dû pour une année de service accompli ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par le chef de service. Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice ". Ces dispositions réglementaires, qui ne prévoient le report des congés non pris au cours d'une année de service qu'à titre exceptionnel, sans réserver le cas des agents qui ont été dans l'impossibilité de prendre leurs congés annuels en raison d'un congé de maladie, sont, dans cette mesure, incompatibles avec les dispositions de l'article 7 de la directive précitée et, par suite, illégales.
4. En l'absence de dispositions législatives ou réglementaires fixant ainsi une période de report des congés payés qu'un agent s'est trouvé, du fait d'un congé maladie, dans l'impossibilité de prendre au cours d'une année civile donnée, le juge peut en principe considérer, afin d'assurer le respect des dispositions de la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003, que ces congés peuvent être pris au cours d'une période de quinze mois après le terme de cette année. La Cour de justice de l'Union européenne a en effet jugé, dans son arrêt C-214/10 du 22 novembre 2011, qu'une telle durée de quinze mois, substantiellement supérieure à la durée de la période annuelle au cours de laquelle le droit peut être exercé, est compatible avec les dispositions de l'article 7 de la directive. Toutefois ce droit au report s'exerce, en l'absence de dispositions, sur ce point également, dans le droit national, dans la limite de quatre semaines prévue par cet article 7.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été dans l'impossibilité de prendre les quarante-quatre jours de congé annuel dont elle bénéficiait au titre de l'année 2018 en raison de ses congés maladie et de son congé maternité. En outre, si, en application des dispositions précitées, le droit au report de ces jours de congé annuel pour l'année 2019 s'exerce dans la limite de vingt jours, il ressort également des pièces du dossier qu'elle a été dans l'impossibilité de prendre l'ensemble des jours de congé annuel dont elle bénéficiait au titre de cette année 2019 en raison de son congé maladie. Dans ces conditions, en refusant de faire droit à sa demande de report de ses jours de congé annuel, le garde des Sceaux, ministre de la justice, qui a indiqué dans son mémoire en défense n'avoir aucune observation à formuler, a méconnu les dispositions précitées.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le garde des Sceaux, ministre de la justice, a refusé de faire droit à sa demande de report de ses jours de congé annuel.
En ce qui concerne les heures supplémentaires :
7. Aux termes des dispositions de l'article 1er du décret du 14 janvier 2002 relatif aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires : " Les personnels civils de l'Etat et de leurs établissements publics à caractère administratif peuvent percevoir des indemnités horaires pour travaux supplémentaires dans les conditions et suivant les modalités fixées par le présent décret. ". Aux termes des dispositions de l'article 3 du même décret : " La compensation des heures supplémentaires peut être réalisée, en tout ou partie, sous la forme d'un repos compensateur. () ". Et aux termes des dispositions de l'article 4 du même décret : " Pour l'application du présent décret et conformément aux dispositions du décret du 25 août 2000 susvisé, sont considérées comme heures supplémentaires les heures effectuées à la demande du chef de service dès qu'il y a dépassement des bornes horaires définies par le cycle de travail. () ".
8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S'il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance.
9. La requérante soutient qu'elle peut bénéficier d'une compensation des 111 heures supplémentaires qu'elle a effectuées. Si elle produit uniquement un tableau réalisé par ses propres soins qu'elle présente comme un décompte de ces 111 heures supplémentaires qu'elle aurait effectuées entre janvier 2019 et juillet 2019, le garde des Sceaux, ministre de la justice n'apporte aucun élément de nature à le contester et se borne à indiquer, dans son mémoire en défense, qu'il n'a pas d'observations à formuler dans cette affaire sans même conclure au rejet de la requête. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de faire droit à sa demande de compensation des 111 heures supplémentaires qu'elle a effectuées, le garde des Sceaux, ministre de la justice a méconnu les dispositions précitées.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le garde des Sceaux, ministre de la justice, a refusé de faire droit à sa demande de compensation de 111 heures supplémentaires.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le garde des Sceaux, ministre de la justice, a refusé de faire droit à sa demande de report des jours de congé annuel au titre des années 2018 et 2019 et à sa demande de compensation des 111 heures supplémentaires.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a implicitement refusé de faire droit à la demande de Mme B tendant au report de ses jours de congé annuel au titre des années 2018 et 2019 et à la compensation des 111 heures supplémentaires est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Blusseau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.
Le rapporteur,
A. BLUSSEAU
La présidente,
C. RIOU
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026