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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2020768

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2020768

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2020768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantGENIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 décembre 2020 et le 22 mai 2022, Mme B D F, représentée par Me Géniès et Me Dumonteil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 8 octobre 2020 par laquelle le président-directeur général de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) l'a informée du non-renouvellement de son contrat de travail conclu le 2 janvier 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Inserm une somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle doit être regardée comme une décision de licenciement prise sans respect de la procédure correspondante et qu'en tout état de cause, le délai de prévenance lié au non-renouvellement n'a pas été respecté ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle constitue une sanction déguisée ;

- le non-renouvellement de son contrat a été décidé pour des motifs étrangers à l'intérêt du service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2022, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,

- et les observations de Me Géniès pour Mme D d'Angelo.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D d'Angelo a été recrutée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en qualité de chef de projet européen dans le cadre du programme " European Joint Programme on Rare Diseases " (EPJ RD) par un contrat de travail conclu le 2 janvier 2019 pour une durée d'un an, 2 mois et 25 jours, du 1er janvier 2019 au 25 mars 2020. Ce contrat a été reconduit par trois avenants successifs, respectivement jusqu'au 11 mai 2020, au 11 août 2020 et au 11 novembre 2020. Par décision du 8 octobre 2020, le président-directeur général de l'Inserm a informé Mme D d'Angelo que son contrat de travail ne serait pas renouvelé au-delà du 11 novembre 2020. Par la présente requête, Mme D d'Angelo demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C A, responsable des ressources humaines au sein de la délégation régionale de Paris 6, qui bénéficiait d'une délégation de signature du président-directeur général de l'Inserm en vertu d'une décision n° 2020-168 du 17 août 2020 régulièrement publiée sur le site internet de l'Inserm. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision contestée manque ainsi en fait et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de l'article 2 du contrat de travail conclu entre Mme D d'Angelo et l'Inserm le 2 janvier 2019 que ce contrat avait une durée d'un an, 2 mois et 25 jours. Ainsi qu'il a été dit précédemment, ce contrat a par la suite été reconduit par trois avenants successifs, respectivement jusqu'au 11 mai 2020, au 11 août 2020 et au 11 novembre 2020. Compte tenu de ces reconductions successives, la durée totale d'engagement de Mme D d'Angelo s'élevait ainsi à 22 mois et 11 jours. Si la requérante fait valoir que l'offre de recrutement qui lui avait été faite initialement par l'Inserm correspondait à un contrat à durée déterminée de trois ans, ainsi que cela ressort de la fiche de poste diffusée par l'Inserm et du courrier du 4 décembre 2018 l'informant de son recrutement sur le poste en cause, et que cette durée de trois ans est également mentionnée dans une attestation d'emploi qui lui a été délivrée par l'Inserm le 9 septembre 2019, de telles circonstances sont sans incidence sur la durée réelle de son engagement telle qu'elle résulte des stipulations du contrat et des avenants signés par la requérante. Il suit de là que Mme D d'Angelo n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée, qui a mis fin à son contrat de travail au 11 novembre 2020, soit au terme de la durée d'engagement stipulée dans le dernier avenant audit contrat, s'analyserait comme un licenciement intervenu en cours de contrat et que cette décision serait illégale faute d'avoir respecté la procédure applicable à un tel licenciement.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " Lorsque l'agent non titulaire est recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'administration lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : - huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ; - un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à six mois et inférieure à deux ans ; - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à deux ans ; - trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables. () Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième et quatrième alinéas sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux effectués avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. () ". Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme D d'Angelo a été recrutée pour une durée totale de 22 mois et 11 jours. En application des dispositions précitées, l'administration était dès lors tenue de lui notifier son intention de renouveler ou non son engagement au plus tard un mois avant le terme de celui-ci, soit en l'espèce le 11 octobre 2020 au plus tard. Il est constant que la décision de non-renouvellement de son contrat a été notifiée à Mme D d'Angelo le 8 octobre 2020, soit avant cette date. Le moyen tiré du non-respect des dispositions de l'article 45 précité du décret du 17 janvier 1986 doit ainsi être écarté.

5. En troisième lieu, un agent dont le contrat est arrivé à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci. Il en résulte que la décision de ne pas renouveler ce contrat n'est pas, sauf à revêtir le caractère d'une mesure disciplinaire, au nombre des décisions qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la décision de non-renouvellement du contrat de travail de Mme D d'Angelo aurait présenté un caractère disciplinaire. Le moyen tiré du défaut de motivation de ladite décision ne peut ainsi qu'être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, la décision attaquée a pour objet, ainsi qu'il a été dit précédemment, de mettre fin au contrat de travail de Mme D d'Angelo au 11 novembre 2020, soit au terme de la durée d'engagement résultant du dernier avenant à ce contrat, et ne peut dès lors s'analyser, contrairement à ce que soutient la requérante, comme une mesure de licenciement, qui serait à ce titre entachée d'une erreur de droit ou constitutive d'une sanction déguisée.

7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision de ne pas renouveler le contrat d'engagement de Mme D d'Angelo a été motivée par la nécessité de renforcer le secrétariat scientifique du Consortium international de Recherche sur les Maladies Rares (IRDiRC) afin d'améliorer la coordination des activités de ce secrétariat avec le programme européen EJP RD. La requérante, qui n'assortit au demeurant sa contestation d'aucune précision, n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision litigieuse aurait été prise pour des motifs étrangers à l'intérêt du service.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D d'Angelo n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Inserm, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme D F au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D d'Angelo est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D F et à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marino, président,

M. Le Broussois, premier conseiller,

M. Thulard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

Le rapporteur,

N. E

Le président,

Y. Marino

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2020768/6-1

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