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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2020945

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2020945

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2020945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantBECHIEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 décembre 2020 et 19 février 2021, Mme A B, représentée par Me Bechieau, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 14 octobre 2020 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile, de la placer en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de l'admettre au séjour au titre de l'asile, de lui remettre un livret de l'office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant l'examen de sa demande d'asile ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle justifie de l'existence de la décision verbale attaquée ;

- les décisions attaquées méconnaissent le droit constitutionnel d'asile et les dispositions de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable dès lors que la requérante ne justifie pas de l'existence de la décision attaquée.

Par une décision du 18 mai 2021, le président de la cour administrative d'appel de Paris a accordé à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blusseau, conseiller,

- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante somalienne née le 25 novembre 1996, a présenté une demande d'asile à la préfecture de police le 22 janvier 2020. Par une décision du 4 mars 2020, le préfet de police a décidé de son transfert aux autorités allemandes. Mme B s'est rendue à la préfecture de police en dernier lieu le 14 octobre 2020 afin de demander l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Cette demande a fait l'objet d'un refus verbal de l'agent l'ayant examinée. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision verbale du 14 octobre 2020 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en France, de la placer en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale en cours d'instance, sa demande tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur la recevabilité :

3. Contrairement à ce que fait valoir le préfet de police en défense, Mme B justifie, par les différents courriers et attestations qu'elle produit, s'être effectivement présentée à la préfecture le 14 octobre 2020 afin de demander l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et que l'agent au guichet a verbalement refusé de faire droit à cette demande. Il suit de là que la fin de non-recevoir tirée de ce que la requérante ne justifie pas de l'existence de la décision attaquée doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors en vigueur : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride (). L'enregistrement a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande à l'autorité administrative compétente, sans condition préalable de domiciliation. (). Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La délivrance de cette attestation ne peut être refusée au motif que l'étranger est démuni des documents et visas mentionnés à l'article L. 211-1. Elle ne peut être refusée que dans les cas prévus aux 5° et 6° de l'article L. 743-2. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'exécution de la décision du 4 mars 2020 la transférant en Allemagne, Etat membre alors responsable de l'examen de sa demande d'asile, Mme B est revenue en France le 22 juillet 2020 et justifie n'avoir pu accéder au guichet de la préfecture de police afin de demander l'enregistrement de sa demande d'asile puis avoir pu formuler cette demande le 14 octobre 2020, sans toutefois obtenir que celle-ci soit enregistrée. Mme B ayant ainsi exécuté la mesure de transfert, le refus d'enregistrer sa demande d'asile en France est entaché d'erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de police du 14 octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de police procède à l'enregistrement de la demande d'asile de Mme B et lui délivre une attestation de demande d'asile. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique à Me Bechieau, avocate de Mme B, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à ce qu'elle soit admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du préfet de police du 14 octobre 2020 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de procèder à l'enregistrement de la demande d'asile de Mme B et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai d'un mois.

Article 4 : Sous réserve que Me Bechieau renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat à l'aide juridique, ce dernier versera à Me Bechieau, avocate de

Mme B, une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Béchieau et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le rapporteur,

A. BLUSSEAU

La présidente,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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